Isabelle Pion
La Tribune
Isabelle Pion
La nature a beau se contempler peu importe où l’on est, le terrain de jeu avait considérablement rétréci avec la fermeture des parcs nationaux et d’une kyrielle de territoires.
La nature a beau se contempler peu importe où l’on est, le terrain de jeu avait considérablement rétréci avec la fermeture des parcs nationaux et d’une kyrielle de territoires.

La réouverture des sentiers, un chantier complexe

CHRONIQUE / Je crois que l’on est quelques-uns à s’être sentis comme des enfants de quatre ans devant une aire de jeu quand Québec a annoncé mercredi la réouverture graduelle des sentiers de randonnée à compter du 20 mai. Parce que la nature a beau se contempler peu importe où l’on est, le terrain de jeu avait considérablement rétréci.

Sans les parcs nationaux, additionnés à des endroits de prédilection comme le mont Ham ou les sentiers du Parc d’environnement naturel de Sutton, les possibilités de randonnée fondaient considérablement. J’ai eu beau sourire en voyant la nouvelle, j’appréhende un peu la foule qui se ruera vers les parcs et les sentiers.

Parce que, mine de rien, la suite des choses sera cruciale.

C’est ce que m’expliquait, quelques heures avant l’annonce, le directeur technique de Rando Québec, Nicholas Bergeron. La fédération en charge de la randonnée pédestre, de la raquette et de la marche au Québec venait tout juste de dévoiler le « code des pratiquants en contexte de pandémie de COVID-19 ».

La planification de la réouverture des sentiers dans l’ensemble du Québec est un travail titanesque. Rando Québec a diffusé ce code de conduite et elle fait parvenir aux gestionnaires de sentiers un guide de déconfinement conçu avec le Laboratoire d’expertise et de recherche en plein air (LERPA), le fruit d’un chantier réunissant plusieurs intervenants du secteur du plein air et d’un survol de l’éventail des consignes de santé publique et de marches à suivre.

« Tout le monde va avoir une responsabilité là-dedans. On veut préparer les randonneurs », explique Nicholas Bergeron, en rappelant qu’il s’agit d’une décision de santé publique. Il note au passage que certaines municipalités avaient déjà pris une certaine tangente en ouvrant des sentiers de proximité.

Le code prévoit différentes consignes, dont le paramètre de distanciation, le matériel nécessaire, les renseignements à prendre avant de se lancer. Il ne faudrait surtout pas perdre cette occasion extraordinaire d’aller jouer dehors, note Nicholas Bergeron.

« Il ne faudrait pas que ça se passe mal, il ne faudrait pas que ça dérape parce qu’on pourrait rapidement avoir une deuxième vague plus forte et se faire refermer les portes de la nature. Ce serait très dommageable pour la santé, le bien-être des gens et leur santé mentale. On en a besoin après deux mois de confinement », souligne celui qui a dirigé le projet. « La clé, c’est le pratiquant. Pour l’aider, le code est là, et le gestionnaire est outillé pour se préparer. »

Tous les aspects sont passés à la loupe, de l’imposition de sens unique dans certains sentiers, en passant par la gestion des belvédères et des relais. « On donne des mesures pour diminuer les risques. Si vous ne pouvez pas appliquer celles-ci, pensez à une autre », image M. Bergeron.

Le guide s’avance sur des règles de croisement en sentier.

« Si les gens ont à se croiser parce qu’un sentier ou une boucle ne peut être à sens unique, on dit : voici comment le croisement va se faire. Quand on est dans un croisement, que quelqu’un monte et l’autre descend, c’est la personne qui monte qui a la priorité, c’est elle qui va passer en premier. La personne qui va descendre, on va lui demander de se placer de côté et de faire dos à la personne pour ne pas être face à face… » illustre M. Bergeron.

« Si la COVID-19 est là pour rester pour la prochaine saison ou jusqu’à l’été prochain, il faut développer de nouvelles manières de faire. »

Les artisans du projet souhaitent aussi mener un grand travail d’analyse, cet été, afin de voir quelles pratiques fonctionnent bien. « Il y aura une veille constante sur cet outil-là. C’est une première version terminée, mais elle devra constamment être mise à jour… »

Ce ne sont pas tous les gestionnaires de sentiers qui seront en mesure de rouvrir immédiatement, même avec un feu vert.

D’abord, accueillir les amateurs de plein air demandera une planification complexe, et aussi ceux qui entretiennent les sentiers sont généralement, à cette période-ci, déjà fort occupés. « Habituellement, ça prend trois semaines pour préparer une ouverture. » Les aménageurs de sentiers viennent tout juste d’être reconnus à la liste des services essentiels, remarque M. Bergeron.

Les Sentiers de l’Estrie, qui regroupent environ 200 km, sont demeurés ouverts lorsque les parcs nationaux de la Sépaq ont fermé leurs portes, en mars. La période de dégel était sur le point d’arriver, note la directrice générale Nadia Fredette, en faisant allusion à cette période de fermeture. Les Sentiers de l’Estrie ont déjà planché sur leur plan de réouverture et s’appuieront aussi sur les travaux de Rando Québec.

Nadia Fredette insiste d’ailleurs sur la responsabilité individuelle pour la suite des choses, dont celle d’éviter les rassemblements. « Juste rouvrir comme si de rien n’était, ce ne serait pas cohérent. Certains propriétaires nous ont demandé de présenter un plan de réouverture. »

Souhaitons qu’après avoir perdu l’accès à cette nature momentanément, nous n’en serons que plus disciplinés.

La réouverture des sentiers ne change en rien certaines consignes de santé publique, dont celles d’éviter les rassemblements et de se tenir à deux mètres.

Des outils pour la clientèle jeunesse

Les Sentiers de l’Estrie planchent sur deux projets destinés à la clientèle jeunesse et aux familles.

Le premier vise les jeunes de 12 à 24 ans et ceux qui les encadrent, comme les éducateurs physiques. Des fiches proposeront des suggestions de parcours et de cartes, avec des renseignements sur la présence de services ou de choses à voir, par exemple. 

« Cet outil s’adresse d’abord aux encadrants de la clientèle 12-24, comme des professeurs du secondaire, du cégep ou d’autres intervenants qui veulent faire du plein air. On voulait leur faciliter la vie en leur proposant des fiches techniques », explique Nadia Fredette, directrice de l’organisme Les Sentiers de l’Estrie.   

« On va remettre cela dans une trousse avec du matériel aux encadrants scolaires probablement en septembre, lorsqu’ils auront le temps de prévoir des sorties en plein air. » On ne sait pas encore si le contexte se prêtera à ce genre d’activités. 

Le projet, qui a été lancé avant la crise, bénéficie d’une subvention du Secrétariat à la jeunesse. 

Un volet intitulé « Engagement en sentier » vise à réaliser des corvées sur les différents tronçons. Vu le contexte actuel, des travaux sont menés avec une famille à la fois. « Les familles s’inscrivent pour aller faire des corvées d’entretien léger. L’objectif est de les sensibiliser au bénévolat en sentier, leur donner le goût de s’impliquer à long terme comme bénévole… » 

Une portion des fiches créées serviront également dans les camps de jour (s’il y en a, l’annonce n’avait pas été faite au moment d’aller sous presse). L’initiative est menée avec la collaboration du Conseil Sport Loisir de l’Estrie. Si le contexte actuel le permet, de l’accompagnement pourrait aussi être offert à ces camps.

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