Isabelle Légaré
Sylvie Blais est bénévole à la Société protectrice des animaux de la Mauricie. Plusieurs heures par semaine, elle s’y rend pour marcher avec des chiens qui, comme Mylo, ont grandement besoin de dépenser leur énergie.
Sylvie Blais est bénévole à la Société protectrice des animaux de la Mauricie. Plusieurs heures par semaine, elle s’y rend pour marcher avec des chiens qui, comme Mylo, ont grandement besoin de dépenser leur énergie.

La promeneuse

CHRONIQUE / La sortie se termine souvent de la même façon. Mylo avance d’un pas rapide et enjoué jusqu’au moment où, sur le chemin du retour, il aperçoit la bâtisse et ralentit soudainement la cadence. Cette promenade au grand air lui fait un bien fou. S’il n’en tenait qu’à lui, le chien ferait durer le plaisir encore longtemps.

Sylvie Blais doit alors faire appel à une deuxième paire de bras pour l’aider à attirer le gros toutou de 37 kilos dans son enclos. Depuis janvier, Mylo, 4 ans, attend désespérément d’être adopté pour la vie.

Lorsque le mâle aux yeux de husky comprend que la balade est finie pour aujourd’hui, c’est au tour de Jen d’avoir le museau entre les barreaux et les yeux remplis d’espoir. Si la femelle pouvait parler, elle dirait sûrement «Moi aussi!»

Incapable de résister, Sylvie remet sa tuque, ouvre la porte et accroche la laisse au collier de l’animal qui ne tient déjà plus en place.

«Ok, c’est bon. J’ai le temps. On y va!»

Et la voilà repartie pour une deuxième virée à pied, en agréable compagnie.

Sylvie Blais est bénévole à la Société protectrice des animaux de la Mauricie. Quatre fois par semaine, à raison de quatre heures chaque fois, elle se présente au centre d’adoption de Shawinigan pour permettre à des chiens de sortir d’une routine qui peut être déprimante à la longue.

Prenons le cas de Mylo et de Jen qui ont d’abord été rescapés par Chiots nordiques, un organisme qui intervient dans les communautés autochtones où on enregistre une surpopulation canine. Depuis plusieurs semaines - quatre mois dans le cas de Jen – ils attendent de l’autre côté du grillage.

Logés, nourris, soignés et sortis dans le parc du refuge, ces chiens ont également besoin de s’en donner à cœur joie dans un sentier ou de rapporter la balle qu’un humain veut bien leur lancer. Ils méritent de bénéficier d’une qualité de vie digne de ce nom, en attendant...

C’est là que des personnes comme Sylvie sont une véritable bénédiction.

La femme de 62 ans se consacre à eux l’équivalent de seize heures par semaine. C’est énormément de dévouement. Les bénévoles ne sont pas obligés d’être aussi disponibles que cette retraitée qui maintient ce rythme en plus de s’assurer que son propre labrador croisé, Bud, ne manque pas d’activité physique à la maison.

«Il y a des gens qui font de la course à pied plusieurs fois par semaine pour se tenir en forme. Moi, je joue avec des chiens. Je leur fais faire de l’exercice et j’en fais aussi.»

Les chiens disponibles à l’adoption peuvent bénéficier d’une promenade avec des bénévoles comme Sylvie Blais.

Pas bête du tout.

Pendant longtemps, Sylvie a évité de mettre les pieds dans un refuge où les animaux ne sont pas là par choix, mais parce qu’ils ont été abandonnés, négligés ou maltraités.

«Entendre les chiens qui jappent dans les cages pour sortir, voir leur souffrance et leur désarroi, je n’étais pas capable... Ça venait trop me chercher.»

Elle s’est finalement décidée il y a sept ans. Sylvie a demandé à sa fille de l’accompagner aux locaux de Trois-Rivières. «Est-ce qu’on essaie?»

L’expérience a été concluante. Certes, elle devait remettre le chien dans son enclos une fois la promenade terminée, mais la bénévole avait pris le temps de lui parler, de le caresser et de lui changer les idées.

«Je me sentais moins impuissante.»

Le bien-être des animaux est devenu sa cause.

«Si je suis deux jours sans venir ici, je le ressens physiquement et mentalement. J’ai besoin de m’oxygéner avec eux», dit-elle pendant que nous déambulons dans les rues avoisinantes du centre d’adoption.

Sylvie est la plus heureuse des bénévoles lorsqu’elle apprend qu’un de ses compagnons a trouvé une nouvelle famille. «Il va avoir enfin une vie normale!», se réjouit la dame dont le teint est légèrement bronzé par le soleil d’hiver.

Peu importe le temps qu’il fait à l’extérieur, Sylvie respecte son rendez-vous avec ses infatigables amis.

«S’il fait trop froid, on marche moins longtemps, mais on sort quand même.»

Les chiens lui redonnent l’énergie qu’elle leur permet de déployer. Marcher avec eux est une forme de méditation active.

«Je leur fais du bien et ils m’en font aussi.»