Une baisse de l’utilisation de la navette fluviale a été constatée.

La navette de la ZEN

On peut comprendre la déception exprimée par le maire de Bécancour, Jean-Guy Dubois, après avoir constaté une baisse d’utilisation de la navette fluviale qui offre un lien estival entre Trois-Rivières et sa ville, ou vice versa.

Après l’explosion l’été dernier du nombre d’usagers de cette navette traversière, au point qu’il avait été impossible à certains moments d’accommoder tous les demandeurs, les attentes ne pouvaient qu’être gonflées à bloc cette année.

D’autant qu’on avait ajouté des traversées le samedi soir parce que c’est une demande qui avait été plusieurs fois mentionnée. Soit les résidents de la rive sud souhaitaient utiliser la navette pour venir festoyer le samedi soir au centre-ville de Trois-Rivières, soit ceux de la rive nord trouvaient que c’était une bonne idée de traverser le fleuve pour aller se sustenter au sud, en particulier au Quai des Brasseurs.

Mais les statistiques indiquent que l’expérience des navettes du samedi soir n’a pas tenu ses promesses et même que l’achalandage global a diminué de moitié par rapport à la saison 2017.

Du coup, le maire de Bécancour, qui a toujours été un ardent promoteur de la navette fluviale, annonce que l’offre du samedi soir sera retirée l’an prochain… et qu’il doit rediscuter du projet avec son vis-à-vis de Trois-Rivières.

On peut tenir pour acquis que le maire Dubois n’envisage pas de renoncer à sa navette fluviale. D’autant que la ville de Bécancour recevra bientôt un joli trolley, «unique au Canada» selon le maire, pour balader les visiteurs, en particulier ceux qui arrivent par le fleuve et qui débarquent au quai de Sainte-Angèle-de-Laval.

S’il y a eu à ce jour moins de passagers, à pied ou en vélo, cela signifie qu’il y aura moins de rentrées d’argent et qu’il faudra peut-être compenser d’un côté comme de l’autre le manque à gagner.

Les deux magistrats devront bien sûr aussi discuter de l’avenir de la navette et de la hauteur de la contribution financière à lui consacrer.

Le scénario de son abandon ne peut être envisagé. Il ne devrait même pas être évoqué.

Si l’on adressait un questionnaire sur la satisfaction de ceux qui ont fait l’expérience de ce transport fluvial à bord de l’AML Suroît, les résultats caracoleraient à coup sûr près du 100 pour cent.

Cette navette, c’est un grand clin d’œil historique à toute cette époque des traversiers qui pendant plus d’une centaine d’années ont fait le lien entre le sud et le nord, soit jusqu’à l’ouverture du pont de Trois-Rivières, en décembre 1967.

Mais c’est aussi un fort symbole des liens qui unissent Trois-Rivières et Bécancour.

C’est au milieu du fleuve, à bord de ce même Suroît, qu’à l’été 2014 les maires des deux villes, accompagnés de plusieurs de leurs conseillers municipaux et de représentants du milieu socio-économique des deux rives ont scellé, même si elle n’a pas de statut légal, ce qu’on a appelé la ZEN, la Zone économique naturelle.

Même si Bécancour et Trois-Rivières font partie de régions administratives différentes, elles partagent un même univers socio-économique. Il y a là une évidence difficilement réfutable.

Depuis cette rencontre symbolique, les deux villes ont tissé des liens très serrés.

D’abord, on a institué cette navette fluviale dont on partage en partie les coûts.

Mais on est allé beaucoup plus loin. Bécancour a favorisé un partenariat pour son développement économique avec IDÉ-Trois-Rivières.

Au début de l’été, afin de souligner le 25e anniversaire de Plein Sud et du FestiVoix, mais aussi le 50e de l’ouverture du pont Laviolette, les deux organisations se sont alliées pour présenter trois spectacles sur le quai de Sainte-Angèle. C’est comme si le FestiVoix avait traversé le fleuve pour s’offrir une autre scène au cadre naturel exceptionnel.

Peut-être pour ne pas être en reste, voilà que la Classique internationale de canots de la Mauricie présentera un challenge outrigger entre le quai de Sainte-Angèle et l’île Saint-Quentin.

La Classique va s’étirer jusqu’à Bécancour avec cette nouvelle compétition d’embarcations dotées de flotteurs stabilisateurs.

Si la navette a subi une baisse d’achalandage, on aurait tort de croire qu’elle ne constitue pas une expérience touristique exceptionnelle.

Le maire Dubois attribue les mauvaises statistiques de cette année à plusieurs facteurs, dont certains événements qui ont pu l’an passé constituer de forts incitatifs comme la présence des grands voiliers qui a attiré des milliers de visiteurs au parc portuaire de Trois-Rivières et par conséquent, mis de la visibilité et de l’attrait à la navette fluviale.

Mais peut-être que le facteur qui a le plus joué cet été, ce sont les canicules à répétition, ces temps lourds et chargés d’humidité qui n’ont certainement pas stimulé le goût de sauter aussi souvent qu’on l’aurait aimé sur son vélo pour aller d’un côté comme de l’autre, faire les pistes du vis-à-vis.

La preuve en est peut-être que loin d’avoir diminué, la fréquentation du quai de Sainte-Angèle avec sa programmation du Quai en fête a littéralement explosé.

Les Trifluviens aiment bien monter dans la tour d’où on dit que Bécancour surveille Trois-Rivières pour voir les grosses lettres accolées à leur amphithéâtre.

Et si en fin de compte la navette fluviale n’avait manqué que d’un peu de marketing? Pas toujours facile de se rappeler à tous dans la surabondance des occasions estivales.

Coup de cœur: Déjà que la prévente du GP3R pour le Championnat de rallycross des Amériques ARX allait plutôt bien, avec Jacques Villeneuve en piste, les réservations vont exploser.

Coup de griffe: Hydro-Québec va hausser le prix de notre kwh en deçà de l’inflation. On aurait plus apprécié qu’elle nous le vende au prix qu’elle fait à la Nouvelle-Angleterre.