Jean-Marc Beaudoin
L’Organisation mondiale de la santé prévient qu’une relance des activités n’est pas sans danger. Le premier ministre Justin Trudeau parlait dans le même sens, en prévoyant d’atteindre la pointe seulement à la fin du printemps... soit presque deux mois après le Québec.
L’Organisation mondiale de la santé prévient qu’une relance des activités n’est pas sans danger. Le premier ministre Justin Trudeau parlait dans le même sens, en prévoyant d’atteindre la pointe seulement à la fin du printemps... soit presque deux mois après le Québec.

Vive le Québec…. libéré!

CHRONIQUE / Faudrait peut-être trouver un vieux chasseur qui sait cacarder pour expliquer aux oies de Baie-du-Febvre qu’elles ne doivent pas en faire une affaire personnelle.

S’il n’y a pas foule cette année pour les admirer et les immortaliser en photos, ce n’est pas par indifférence.

C’est aussi comme ça pour le monde.

Les maires de la MRC de Nicolet-Yamaska ont même songé à demander la fermeture du pont Laviolette. On s’en tiendra, selon la préfète Geneviève Dubois, à inviter les propriétaires de chalets et de résidences secondaires à rester chez eux, pour un bon bout de temps encore, au risque de se faire montrer le poing par leurs voisins s’ils ne comprennent pas le message.

Le préfet de la MRC de Mékinac vient de faire la même exhortation aux villégiateurs qui ne sont pas du territoire: gardez votre COVID-19 chez vous. Enfin, presque... Quant aux chutes de Shawinigan, c’est déjà acquis qu’elles devront pleurer toutes seules ce printemps.

Et à La Tuque, on peut soupçonner le maire de la ville, Pierre-David Tremblay, un ancien policier, d’avoir par moments le goût de reprendre du service pour s’assurer que le décret ministériel fermant son immense territoire aux étrangers soit respecté... et que le satané virus ne sera pas importé par ses propres concitoyens qui vont magasiner à Shawinigan et à Trois-Rivières.

Mais à Louiseville, le maire Yvon Deshaies se dit déjà disposé à consoler tout le monde en évoquant un possible Woodstock commémoratif, avec de gros «pétards», légaux, pour tout le monde.

Partout à travers le Québec, dans les zones peu ou pas infectées par le coronavirus, on tente de se protéger en s’isolant autant qu’on peut, décret ou pas, jusqu’à interdire comme on l’a fait à Terrebonne, l’accès au Costco aux gens de l’extérieur... comprendre surtout aux Montréalais, les plus infectés du Québec.

Cela peut paraître irréel quand on sait tous les efforts, y compris économiques, qui sont généralement déployés pour développer le tourisme chez soi. Là, c’est «si vous passez par chez nous, faites-le vite et ne vous arrêtez surtout pas.»

Ce monde à l’envers ne fera qu’un temps. C’est un recroquevillement territorial passager.

On risque par contre de se diriger vers un isolationnisme social beaucoup plus trouble dans les prochains mois.

Le premier ministre François Legault a sorti les chiffres et il les a répétés avec insistance, pour que ça rentre.

Ils ont beau représenter à peu près le quart de la population du Québec atteinte par la COVID-19, les 60 ans et plus comptent pour les décès, la seule statistique qui va signifier quelque chose à la fin, pour 99 pour cent des victimes. C’est un chiffre qui parle. Un chiffre éloquent.

En bas de 60 ans, on peut être infecté et là, on les compte par milliers. Mais les conséquences médicales sont généralement moindres ou inexistantes. C’est ce que l’expérience québécoise, à ce jour, semble révéler.

Alors, la tentation est forte de confiner le problème à ceux qui sont potentiellement à risques d’engorger les soins palliatifs et de déconfiner les autres.

On a bien compris que c’est l’idée qui trotte maintenant dans la tête du premier ministre du Québec en suppliant les plus jeunes (les 60 ans et moins) de ne vraiment plus s’approcher de leurs aînés, tout en consignant à ces derniers une solide prolongation de leur réclusion. Et il rappelle à ceux-ci les conditions spartiates que devrait impliquer ce retrait de la société. Ce n’est pas de suggérer de s’en tenir à rester tapis derrière les rideaux, mais presque.

On n’est pas loin de vouloir faire porter en quasi-exclusivité tout le poids de cette pandémie sur une portion de la population qui n’est pas la plus contagieuse.

Il faut quand même prendre conscience que six CHSLD, dont celui de Laflèche, comptent pour la moitié des décès et que pour le reste, ce sont essentiellement des personnes éprouvant déjà des problèmes sévères de santé qui ont succombé au virus. Il y a danger à trop généraliser.

Dans une région vieillissante comme la Mauricie, c’est à un très gros morceau de la population qu’on s’adresse. Il ne faudrait pas non plus que le grand élan délateur qui a traversé le Québec, et fait inonder d’appels plus souvent qu’autrement fallacieux les postes de police, soit de nouveau redirigé vers les personnes âgées.

Il ne faudrait pas que la situation dégénère en conflit générationnel. On ne va pas établir un âge légal de péremption humaine. Il serait trop facile pour quelques esprits tordus de tenir un groupe responsable de tous ses maux.

Le Dr Horacio Arruda semble lui aussi disposé à favoriser une reprise progressive des activités. Autrement, le «monde va devenir fou». Il a raison.

C’est ce que tout le monde souhaite.

L’Organisation mondiale de la santé prévient qu’une relance des activités n’est pas sans danger. Le premier ministre Justin Trudeau parlait dans le même sens, en prévoyant d’atteindre la pointe seulement à la fin du printemps... soit presque deux mois après le Québec.

On veut croire au Québec, et on a toutes les raisons de le croire, qu’on a agi plus vite et bien, qu’on a accepté de faire les sacrifices qui s’imposaient, et qu’on peut donc sortir plus vite de la crise. On a probablement déjà atteint, avec Pâques, la fameuse pointe.

Ce qui a permis au premier ministre Legault de se permettre de nous prédire, avec un beau sourire empreint d’un grand d’esprit souverain, l’arrivée distinctive des beaux jours québécois.

Que tout le monde sorte de derrière les rideaux et ça va bien aller.