Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste
Jean-Marc Beaudoin
Jean-Guy Dubois
Jean-Guy Dubois

Virage zen du maire de la ZEN

CHRONIQUE / À la conclusion mercredi matin de sa conférence économique annuelle, le maire de Bécancour, Jean-Guy Dubois a prédit qu’il allait «faire soleil» cet été dans sa municipalité.

Question d’avoir de la suite dans les idées, il avait auparavant fait déposer sur toutes les tables, devant chaque convive, un échantillon de crème solaire de La Roche-Posay.

Non, le maire Dubois n’arrivait pas de Greentone, une usine du parc industriel et portuaire de Bécancour spécialisée dans la production d’une herbe médicinale, communément appelée du «pot».

Le maire de Bécancour, parfois surnommé le Zen de la ZEN (zone économique naturelle Trois-Rivières-Bécancour) s’est toujours plu à multiplier les citations et à faire image.

L’an passé, il avait posé la question «Il est où le bonheur?» pour pouvoir y répondre sans attendre. Évidemment, le bonheur ne pouvait être ailleurs qu’à Bécancour et il n’éprouva pas de difficultés à le démontrer.

Maclean’s a situé Bécancour au 21e rang au Québec des meilleures communautés pour les familles et Money Sense, au 36e rang des meilleures places où vivre au Québec, ce qui n’est quand même pas si mal.

On peut se demander s’il avait tenu sa conférence seulement deux jours plus tard, pour être dans le ton de l’heure, il n’aurait promis que sa ville est et sera épargnée du coronavirus. Et, peut-être que dans les circonstances, les invités auraient eu droit à quelque chose devenue semble-t-il extrêmement précieux, un rouleau de papier de toilette.

Cela dit à la blague, bien sûr. Dans cette grande tourmente internationale où tout le monde se tousse dans le coude, il faut bien se préserver un peu d’humour.

En fait, s’il y met toujours de l’humour et un brin de philosophie, c’est bien l’humeur de sa ville qu’il entendait décrire.

Or, si l’on s’en fie à son premier magistrat, on doit conclure que Bécancour est plutôt d’excellente humeur. Les revenus par ménage, par exemple, à près de 80 000 $, sont nettement supérieurs d’une bonne dizaine de milliers de dollars à ceux du Centre-du-Québec et de la Mauricie, avec une population légèrement plus jeune puisqu’un peu plus de la moitié de celle-ci a moins de 44 ans.

L’indice de vitalité économique situe Bécancour dans le 2e quintile à cet égard des municipalités du Québec. On ne s’étonnera pas que la valeur imposable des propriétés y soit aussi supérieure à la moyenne du Centre-du-Québec et de la Mauricie, ce qui griserait bien des maires.

Pourtant, quand on pense à Bécancour, on pense presque automatiquement à son parc industriel, le plus grand du Canada, mais aussi celui des projets avortés.

Certes, il y a bien quelques points de réconfort comme la reprise de l’Aluminerie de Bécancour (16 p.c. des revenus fiscaux), la relance de Sural… Mais depuis quelques décennies maintenant, aucun des mégaprojets industriels qu’on y a annoncés ne s’est rendu jusqu’à la levée de la première pelletée de terre. En dresser la liste prendrait des allures de litanie mortuaire. La belle pelle argentée du maire n’a pas de grafignes.

C’est vrai que dans plusieurs entreprises déjà installées de longue date, on «y investit par en dedans», comme s’amuse à le rappeler Maurice Richard, le p.d.g. du parc, pour démontrer qu’on y investit quand même encore beaucoup. Mais il n’évoque plus, comme il y a quelques années à peine, l’éventualité de devoir traverser l’autoroute 30 pour remplir d’usines les champs jusqu’à l’orée de Sainte-Gertrude.

Et pourtant, les choses semblent effectivement aller plutôt bien à Bécancour. Entre 2012 et 2020, il s’est rajouté plus d’un millier de citoyens, alors même qu’on a fermé Gentilly 2.

Il n’y a donc pas une corrélation si évidente entre grosse affaire industrielle et croissance de population. Tellement qu’entre 1985 et 1995, période qu’on a qualifiée d’âge d’or pour le parc industriel, la population n’a cru que de 500 personnes.

On ne s’étonnera pas que le maire Dubois décrive le «quotidien économique de Bécancour» à travers l’incubateur industriel qui ouvrira bientôt, le nouveau parc J-Demers, la Zone d’innovation Bécancour et le Fonds de développement.

On est plus PME que grande entreprise, en espérant qu’il s’y trouve des «gazelles», ces petites entreprises au départ qui connaissent des progressions fulgurantes.

Il faut bien le constater. Il n’y a à peu près plus de mégaprojets industriels en Amérique du Nord, sauf dans le domaine de la pétrochimie. Et au Québec, la pétrochimie…

Comme l’a écrit Klaus Schwab, le célèbre économiste allemand auquel il aime bien se référer, la quatrième révolution industrielle ne ressemble «à rien de ce que l’humanité a connu par le passé». Les nouvelles technologies nécessitent moins de personnel et des espaces de travail différents et beaucoup moins grands.

Réaliste, le maire mise donc maintenant avant tout sur les PME. Il l’avait déjà laissé comprendre en 2014 avec son Chantier économique. On ne refusera pas un mégaprojet si jamais il y en a un qui se concrétise, mais le bonheur est ailleurs.

D’ailleurs, si Schwab en est à sa 4e révolution, Jean-Guy Dubois est rendu dans la 5e, car il se conçoit «dans l’œil de la révolution environnementale». Et il se prend à faire l’éloge des millénariaux, avec leur esprit d’innovation et d’entrepreneuriat, leurs valeurs éthiques comme la famille et l’égalité des genres.

Des coups d’encensoir pour les convaincre d’aller voter aux prochaines élections municipales? Voter pour...

En annonçant sa candidature aux dernières élections, il avait laissé entendre que ce serait son dernier mandat. Et là, il invoque vaguement son âge pour justifier une possible fin de carrière en 2021. À son âge, il pourrait être président des États-Unis, mais pas maire de Bécancour.

En 2017, il avait remporté la mairie avec 75,5 % des voix. Autant dire un plébiscite. Pas surprenant qu’on ne lui connaisse aucun adversaire potentiel. On lui tire déjà sur la manche pour qu’il reste.

En attendant, on peut dire qu’il s’entend bien avec ses voisins puisque la mairesse de Nicolet, Geneviève Dubois et le maire de Trois-Rivières, Jean Lamarche étaient venus l’entendre… et l’ont applaudi, comme s’il était le maire de la ZEN.

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