François Legault aura l’embarras du choix pour créer son cabinet des ministres.

Vers un autre Miracle Whip?

CHRONIQUE / «Souhaitons que le bon et fidèle serviteur soit au moins au même rang que les nouvelles vedettes», a plaidé cette semaine le maire Jean-Guy Dubois de Bécancour.

Pourrait-on voir d’ici moins d’une dizaine de jours le député caquiste de Nicolet-Bécancour, Donald Martel, se promener en limousine ministérielle sur les routes de sa circonscription?

Quand il parlait du «bon et fidèle serviteur», le maire Dubois se référait évidemment au député Martel qui affiche des états de service caquiste impeccables.

Proche de François Legault depuis la fondation du parti, il vient après tout de livrer pour une troisième fois Nicolet-Bécancour à la Coalition avenir Québec. Ça devrait déjà lui valoir quelques étoiles à la marge et justifier quelques considérations à son endroit.

Mais l’homme a surtout été un véritable combattant pour la CAQ, s’acquittant sans rechigner, avec une grande efficacité, de toutes les missions qu’on lui a confiées. Un croisé.

Bref, il s’est révélé un lieutenant d’une grande fiabilité pour son chef et son parti.

Il serait difficile de ne pas le lui reconnaître puisqu’il avait le mandat de s’occuper de la Mauricie d’en face, entièrement libérale, et d’y recruter des candidats de valeur en prévision des élections.

On peut dire que sur ce plan, il a parfaitement réussi puisque tout le monde reconnaît que la nouvelle députée de Champlain, Sonia LeBel, est très ministrable et qu’il en est de même de l’avocat Jean Boulet, dans Trois-Rivières.

Mais le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs irait comme un gant à la nouvelle députée de Laviolette–Saint-Maurice, Marie-Louise Tardif, compte tenu de sa formation universitaire en génie forestier et de la nature d’une grande partie du territoire qu’elle représente. Et si François Legault voulait insuffler un certain air de jeunesse économique à son cabinet, Simon Allaire, dans Maskinongé cadrerait parfaitement.

On peut d’ailleurs se demander, quand le maire Dubois dit espérer que Donald Martel mérite d’être considéré au même niveau que «les nouvelles vedettes» de la CAQ, s’il n’a pas dans son œil de tir la députée d’en face, Sonia LeBel.

Il s’est créé tout un mouvement sur la rive sud, dans Nicolet-Bécancour, pour faire pression afin que leur député fasse partie du premier cabinet d’un gouvernement caquiste. Les élus municipaux ont de leur côté signé une lettre dans laquelle ils réitèrent cette même demande à François Legault.

Il faut dire que sur le plan de la représentation ministérielle, ce territoire a été plutôt comme oublié depuis longtemps.

Par contre, on doit comprendre que si on sent la nécessité de se manifester ainsi au chef de la CAQ, c’est qu’on juge que le député Martel a certes les qualités requises pour être ministre, mais que la partie apparaît loin d’être gagnée pour lui.

Bien sûr, on voit bien que de l’autre côté du fleuve, il y aura au moins une ministre et peut-être deux. Avec Donald Martel, il y en aurait trois dans la ZEN (zone économique naturelle Bécancour–Trois-Rivières).

Autant dire qu’en recrutant des candidats de niveau pour les comtés d’en face, le député de Nicolet-Bécancour aurait contribué à limiter son potentiel ministériel.

On voit d’instinct les nuages gris de l’autre côté du fleuve. Mais la concurrence à Donald Martel viendra peut-être avant tout de sa propre région.

S’il était nommé ministre responsable de la région du Centre-du-Québec, on peut se demander si on ne ruerait pas dans les brancards de l’autre côté de la 20.

La proximité de leur ministre régional avec Trois-Rivières en hérisserait quelques-uns à Victoriaville et Drummondville. Déjà qu’on grimace, avec parfois quelques invectives d’accompagnement, aux amitiés affichées qu’ont nouées les villes de Trois-Rivières et de Bécancour.

La concurrence ministérielle à Donald Martel viendra de Drummondville.

Dans son jeu de cartes, François Legault n’aura pas le choix de considérer Sébastien Schneeberger. Le député de Drummond–Bois-Francs a lui aussi une longue feuille de route caquiste qui a même pris ses racines dans l’Action démocratique du Québec pour laquelle il avait été élu en 2007... l’année où Donald Martel avait été candidat péquiste dans Nicolet-Yamaska.

Comme la moitié de Drummondville fait partie de la circonscription de Johnson, celle qu’occupait Yves-François Blanchet, le caquiste André Lamontagne pourrait aussi nourrir quelques prétentions ministérielles.

Il a été depuis quatre ans le porte-parole de la CAQ sur les questions économiques et c’est à lui qu’avait été confiée la mission de développer la vision caquiste des régions.

Mais surtout, peut-être, c’est un homme d’affaires qui est proche sur le plan personnel de François Legault, puisqu’ils ont déjà fait des affaires ensemble du temps où ce dernier était à la direction d’Air Transat.

Donald Martel est donc loin d’avoir en concurrence pour accéder au premier cabinet caquiste seulement les élus du nord. Elle est aussi vive, plus au sud, de l’autre côté de l’autoroute.

C’est peut-être ce qui explique qu’à la limite, du bout des lèvres, on évoque dans Nicolet-Bécancour la possibilité qu’il soit au moins nommé whip de son parti en Chambre.

C’est ce qu’il a été dans la deuxième opposition. Il est donc rompu à la tâche. La fonction de whip apporte l’avantage de participer aux réunions du conseil des ministres avec droit d’intervention. C’est surtout la belle occasion de parler dans l’oreille des ministres pour faire avancer ses dossiers.

Si l’affaire se concluait ainsi, ça pourrait presque devenir une tradition que le whip du gouvernement soit le député de Nicolet-Bécancour, puisque quelques années avant lui, c’est le député Michel Morin qui remplissait cette fonction dans un gouvernement péquiste. On l’avait surnommé le «Miracle Whip».

Coup de cœur

En fait, c’est un coup de chapeau au premier ministre sortant Philippe Couillard et à ses députés libéraux défaits en Mauricie qui ont accepté le verdict populaire avec dignité.

Coup de griffe

L’expulsé du Parti libéral, l’ex-policier Guy Ouellette, se concevait-il en infiltré, en «agent source» pour la CAQ, ce que certains appellent un indic et dans le milieu, un stool?