La défaite ne peut qu’être douloureuse pour Jean-François Aubin, qui en était à son second essai pour occuper la mairie de Trois-Rivières.

Une victoire totale

CHRONIQUE / Avec largement plus de 50 pour cent des votes exprimés en sa faveur, la victoire de Jean Lamarche à la mairie de Trois-Rivières peut être qualifiée de spectaculaire et de totale.

On avait cru à une lutte finale plus serrée entre lui et Jean-François Aubin. Mais on comprend que l’homme a gagné en popularité au fur et à mesure qu’on avançait dans la campagne électorale. Une irrésistible poussée victorieuse qui se précisait depuis quelques jours alors que les intentions de vote à son endroit s’exprimaient de plus en plus ouvertement.

Dès le dévoilement des premiers résultats provenant du district de La-Vérendrye, Jean Lamarche a pris les devants et a maintenu et accru son avance tout le reste de la soirée. À l’exception du district de Marie-de-l’Incarnation, anciennement représenté au poste de conseiller par Jean-François Aubin, qui lui a résisté, Jean Lamarche a constamment dominé dans tous les autres secteurs de la ville, y compris dans les trois districts où les conseillers municipaux en place avaient pris position en faveur de M. Aubin.

On peut dire qu’à l’est comme à l’ouest et du sud au nord, le nouveau maire de Trois-Rivières aura été le choix d’une nette majorité de citoyens. Ces résultats lui apporteront une légitimité certaine à l’hôtel de ville de Trois-Rivières et une autorité morale qu’il serait difficile de ne pas lui concéder de la part de l’ensemble des conseillers municipaux.

On pourrait craindre que son arrivée à la tête de la ville sera difficile, étant donné qu’un certain nombre de ses appuis lui sont venus de l’entourage de l’ancien maire Yves Lévesque, mais ce ne devrait pas être le cas.

S’il n’a jamais nié qu’il se présentait comme l’homme d’une certaine continuité à la ville de Trois-Rivières, reconnaissant l’ampleur du travail accompli par l’ancien maire, il rappelait toujours qu’il était Jean Lamarche et que c’est sa personnalité et ses idées qu’il offrait aux Trifluviens.

L’homme a promis de se faire rassembleur et il a déjà démontré cette capacité dans la formation de son équipe électorale.

Il avait recruté des gens venant de toutes les factions politiques, mais aussi, il avait convaincu beaucoup de citoyennes et citoyens des générations X et Y, de s’engager à ses côtés dans l’aventure électorale.

Dès le premier coup de sonde de la maison Mainstreet, on avait pu réaliser qu’il dominait dans ses intentions de vote, l’électorat des 35-65 ans. Les futures analyses nous permettront sans doute de constater que Jean Lamarche avait élargi sa popularité aux boomers et peut-être même aux milléniaux, moins enclins à fréquenter les urnes municipales. Sa victoire sans équivoque le suggère.

La défaite ne peut qu’être douloureuse pour Jean-François Aubin, qui en était à son second essai pour occuper la mairie de Trois-Rivières. L’homme a mené une campagne impeccable et d’évidence, il était celui qui affichait la connaissance la plus fine des dossiers municipaux. Une expérience qu’il a bien tenté de faire valoir mais qui n’a pas suffisamment séduit les électeurs trifluviens.

Sa proximité et aussi une certaine communion de pensée avec ce qu’on appelle le groupe des huit à l’hôtel de ville, avec son appui, au départ sans restriction, au contesté projet de Vision zéro, lui ont probablement fait perdre des appuis.

Les résultats ne peuvent aussi qu’être très décevants pour Éric Lord, qui a mené lui aussi une forte campagne d’idées. Il a beaucoup misé sur le dossier de l’environnement sans parvenir à l’imposer comme priorité trifluvienne. Le pourcentage d’appuis qu’il a reçu ne rend pas justice à la qualité de son offre.

Pierre-Benoît Fortin, le quatrième candidat, est resté quantité négligeable, mais il a obtenu plus de votes que le nombre de signatures de son bulletin de présentation, ce qui est, dans une certaine mesure, un exploit.

Avec un conseil municipal déjà rajeuni depuis les dernières élections, c’est finalement une équipe relativement jeune, le nouveau maire étant dans quarantaine, qui assumera les rênes de la ville.

Certes, pour sa campagne électorale, Jean Lamarche avait attiré à ses côtés des organisateurs politiques chevronnés. Mais il avait aussi convaincu plusieurs dizaines de jeunes gens de plus ou moins quarante ans de s’engager dans cette aventure.

Cette combinaison lui a apporté beaucoup d’énergie et d’efficacité la journée des élections. On a fait sortir son vote, ce qui pouvait s’avérer la clé de l’élection, et cela explique en bonne partie qu’on ait atteint un taux de participation beaucoup plus élevé que ce qui était présumé.

Maintenant, l’ombre d’Yves Lévesque va-t-elle peser sur le nouveau maire?

Quand on connaît Jean Lamarche, on peut se rassurer sur ce point. On peut cependant penser, étant donné que tous ses proches étaient derrière Jean Lamarche, qu’Yves Lévesque s’accorde un certain mérite personnel de la victoire de celui-ci et que cela le convainque de confirmer très rapidement sa candidature pour le Parti conservateur aux prochaines élections.