Un Québec qui n’aurait plus de quotidiens francophones qu’à Montréal et un seul à Québec, c’est un Québec démocratiquement démembré.

Une semaine sismique

CHRONIQUE / C’est une semaine que l’on pourrait qualifier de sismique que l’on vient de traverser dans la région, tant les secousses ont été fortes.

Une première onde de choc a été générée par la démarche entreprise par celui qui est devenu l’ex-président du Groupe Capitales Médias, Martin Cauchon, visant à placer le groupe sous la protection de la Loi sur les arrangements avec les créanciers.

La deuxième onde de choc est arrivée presque en même temps quand on a appris que la Trifluvienne Laurence Vincent-Lapointe, championne mondiale sans partage en canoë-kayak, avait échoué à un contrôle antidopage.

La troisième s’est produite mercredi avec l’annonce du dépôt d’une requête de 10,5 millions $ contre la Sûreté du Québec et la procureure générale du Québec par Jonathan Bettez et des membres de sa famille.

Peut-être parce qu’ils sont centenaires ou proches de l’être, qu’ils sont depuis toujours ancrés profondément dans la société québécoise, qu’ils ont pris avec le temps et leur nécessité sociale des allures d’institution, on n’osait imaginer que les quotidiens de GCM pouvaient être emportés par des difficultés financières.

Comme si cela était inconcevable qu’un journal comme Le Nouvelliste, après 99 ans, puisse soudainement cesser de publier, peu en importe la raison.

Il y avait quand même eu plusieurs signaux d’alerte envoyés en ce sens mais c’est comme si on n’avait pas voulu les entendre.

Même l’actuel gouvernement caquiste à Québec, qui s’est résigné à débloquer une aide de transition, n’avait pas semblé mesurer l’urgence de la situation. Encore moins le gouvernement Trudeau, qui a bien adopté dans son dernier budget des mesures d’aide importantes en crédits d’impôt... mais qui ne seront appliquées que l’an prochain.

On verra pour la suite des choses, mais en dépit de la dureté de cette nouvelle, il s’est dégagé du positif.

D’abord, et on le constate tous les jours dans les commentaires publics et les lettres d’opinion qui affluent au Nouvelliste, on a vécu un puissant élan de solidarité et d’expression d’affection à l’endroit du journal et de ses artisans.

Il y a des gens qui se sont réabonnés au Nouvelliste, qui ont brandi dans leur lieu de travail comme un étendard de victoire et de fierté, leur édition du Nouvelliste.

Un mouvement s’est dessiné chez les commerçants pour réaffecter à leur quotidien régional leur budget publicitaire ou une partie de celui-ci.

On a aussi senti qu’il y a eu comme un grand vertige collectif en découvrant l’immensité du vide médiatique qui allait être creusé si les journaux régionaux comme Le Nouvelliste n’existaient plus, si l’impensable devenait réalité.

Un Québec qui n’aurait plus de quotidiens francophones qu’à Montréal et un seul à Québec, c’est un Québec démocratiquement démembré.

Un non-sens quand on sait que loin de s’effriter, leur lectorat combiné de l’imprimé et du numérique est en croissance.

Mais l’argent, ce nerf de la guerre qui provenait des recettes publicitaires, a été détourné, presque totalement confisqué, par les géants du web, principalement Google et Facebook, qui ne perçoivent pas de taxes et ne versent pas d’impôt. Il y a là une logique politique dure à comprendre.

Si mardi, quand elle s’est présentée devant les médias, d’abord à Montréal puis à Trois-Rivières, Laurence Vincent-Lapointe s’était adressée à un grand jury, celui-ci l’aurait innocentée sur-le-champ.

Il était difficile de rester insensible à la douleur qu’elle exprimait, aux explications qu’elle tentait d’apporter à l’insoutenable situation à laquelle elle est confrontée, au doute qui persistera à son endroit, malgré son déni, malgré sa sincérité flagrante et qui lui a fait dire: «Sur le coup, j’aurais voulu me cacher». Elle a mal. Très mal.

Laurence Vincent-Lapointe dominait, on peut le dire ainsi, outrageusement sa discipline, le canoë-kayak féminin, qui allait être inscrit pour la première fois l’an prochain aux Olympiques.

Elle n’avait pas besoin de produits artificiels, de stéroïdes, peut-être même pas de ces suppléments alimentaires qui auraient été contaminés, suppléments qu’elle n’utilisait même pas quand elle était en compétition.

Mais selon les règles olympiques, dès qu’un test se révèle positif, la suspension de l’athlète visé est immédiate et il appartient à celui-ci de démontrer son innocence, hors de tout doute. Même si tous ceux qui connaissent Laurence Vincent-Lapointe n’ont aucune réserve à son endroit et même si le grand public le lui accorde, le bénéfice du doute n’existe pas dans les cas de dopage présumé aux Olympiques. L’athlète a le fardeau de la preuve de son innocence, ce qui n’est pas facile à établir, même si c’est le cas.

Lui, au contraire, il n’a jamais pu jouir de la part d’une grande partie de l’opinion publique du bénéfice du doute et encore moins des enquêteurs affectés au dossier de la petite Cédrika Provencher.

Jonathan Bettez a été très rapidement profilé comme le suspect numéro un des policiers aux enquêtes criminelles de la Sûreté du Québec et on s’est arrangé pour que le public le sache.

Il n’y a rien qu’on n’a pas tenté pour le faire se compromettre, jusqu’à une opération Mister Big et dans l’espoir de le faire craquer, on a planifié une spectaculaire arrestation grand média avec une discréditante accusation de possession de pornographie juvénile qui a été rejetée par le juge Jacques Lacoursière, qui a plutôt sévèrement blâmé les policiers pour leur travail. Il a même qualifié leurs interventions de «partie de pêche».

On verra si la poursuite civile est concluante, mais elle était prévisible. On apprend aujourd’hui qu’il avait plutôt bien collaboré au début à l’enquête policière. Jusqu’à ce qu’il soit pointé par les policiers comme le suspect numéro un, presque exclusif, ce qui a déchaîné contre lui une opinion publique qui ne faisait pas dans la dentelle, accordant foi aux rumeurs les plus grotesques le concernant.

Pour le tribunal populaire, qui ne veut surtout pas s’embarrasser de doutes et de vérités qui pourraient compromettre son entendement, l’homme a déjà été jugé.

Coup de cœur: Un bon anniversaire au parc national de la Mauricie pour la jeune cinquantaine.

Coup de griffe: Il va finalement prendre beaucoup plus de temps à démolir la Belgo et à décontaminer son sol qu’il n’en a fallu pour la construire.