Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste
Jean-Marc Beaudoin
C’est aux aînés qu’on a imposé les règles les plus contraignantes de la retraite collective décrétée à la mi-mars par le gouvernement du Québec.
C’est aux aînés qu’on a imposé les règles les plus contraignantes de la retraite collective décrétée à la mi-mars par le gouvernement du Québec.

Une pause COVID pour tous

CHRONIQUE / Maintenant que les bouts de chou peuvent se lancer des ballons, patauger à plusieurs dans les barboteuses, se chamailler même à l’occasion et que leurs aînés de quelques années vont pouvoir se côtoyer à la rentrée scolaire, même si c’est en bulles, l’heure serait peut-être aussi enfin venue de déconfiner ceux qui leur ressemblent le plus... les aînés.

C’est à eux qu’on a imposé les règles les plus contraignantes de la retraite collective décrétée à la mi-mars par le gouvernement du Québec. Pour les protéger, peut-être, parce qu’ils ont rapidement été pointés comme les plus vulnérables de notre société.

Mais maintenant qu’on a franchi le cap des 100 jours d’une mise à l’écart presque totale de l’activité courante, et qu’ils ont respecté avec une quasi-exemplarité les règles strictes de disparition sociale qui leur étaient demandées, ils méritent assurément une belle récompense.

Le gouvernement et la direction de la Santé publique sont engagés depuis quelques semaines dans un exercice, genre d’effeuillage du déconfinement, qui fait en sorte que la frustration et le sentiment d’injustice, et surtout d’impatience manifeste, gagnent ceux qui apparaissent comme les recalés de la libération covidée.

Qu’on fasse tournoyer du doigt les derniers morceaux enlevés, à la manière de Lili Saint-Cyr, si on veut, pour en obtenir un peu de reconnaissance publique, ou politique, cela importe peu.

Tout en conservant un certain nombre de directives, et d’appels à la prudence, il est temps que l’on passe à un déconfinement élargi et égalitaire.

L’approche de la fête nationale des Québécois serait socialement indiquée pour procéder à cette grande «libération nationale». Ça ne compensera pas tout le monde pour les autres grandes libérations nationales qui n’ont pas été atteintes, mais ça serait comme un baume. Un Québec... libéré!

C’est d’autant possible que les statistiques quotidiennes sur l’état de la situation semblent nous indiquer que la COVID-19 aurait peut-être choisi de se calmer et de prendre des vacances. Après une pause économique de plus de douze semaines, si tant est que la pandémie pourrait revenir en force à l’automne, on devrait s’accorder au moins un équivalent de semaines de pause-COVID.

On pense bien sûr aux personnes âgées qui ne doivent encore en principe ne quitter le domicile que pour des raisons de force majeure, mais aussi à beaucoup d’activités toujours suspendues ou de secteurs économiques toujours mis au ban de la reprise comme les gîtes touristiques.

Certes, on peut considérer ces affaires à de la grenaille économique, mais elles sont le fait de gens bien de chez nous qui n’ont pas grand-chose à déposer dans des paradis fiscaux.

Si les hostilités contre le virus doivent reprendre à l’automne, comme le prédisent en majorité les spécialistes et comme en est convaincu à 100 pour cent le Dr Arruda, il va devenir plus qu’essentiel, un mot-clé, d’accorder un répit à tout le monde. Pour se refaire des forces.

Il serait impensable qu’on prolonge à tout l’été pour certaines catégories de personnes et d’entreprises, les plus petites bien sûr, ce long confinement subi jusqu’ici et qu’on doive le leur prolonger à l’automne, advenant que le virus décide de se réarmer et de réattaquer.

Sans délestage majeur, il y aura de la désobéissance civile à prévoir, mais aussi, plus que des maisons des aînés, des lieux d’internement, car la folie et la violence vont aussi devenir pandémiques.

Déjà que les services de santé évaluent que les problèmes de santé mentale et les états dépressifs sont en forte hausse. On est comme au bout d’un élastique. S’il fend, on ne maîtrisera plus rien. Après les pédiatres, ce sont les psychiatres.

Qu’en contrepartie on maintienne des règles comme la distanciation physique, d’un mètre, un mètre et demi ou deux, selon le cas, en admettant qu’il y aura un peu de tricherie ça et là, c’est très acceptable, qu’on oblige à la limite le couvre-visage dans les transports publics, dans les lieux commerciaux fermés, ou parce qu’on a une bonne cause à défendre et qu’on veut participer à une manif, on ne devrait pas s’en formaliser.

Que dans quelques circonstances on doive faire comme si on célébrait l’Halloween à l’année ou avoir des têtes de brigands, c’est un compromis qui ne serait pas si difficile à obtenir. Après tout, au Québec, on s’attribue souvent des affinités californiennes... Nos Américains préférés doivent justement porter le masque.

Dans la balance des risques et des inconvénients qui a souvent été évoquée pour expliquer qu’on ajoutait ou soustrayait des mesures au confinement, on peut penser que trop insister cet été pour un maintien de règles sévères pour certains groupes seulement serait très périlleux pour le nécessaire respect civil et la santé publique.

Ce sera bon pour le moral.

Déjà que le ministre des Finances du Québec nous a quand même un peu réconfortés en nous promettant aucune hausse de taxes ou d’impôt dans les années à venir pour compenser les pertes de revenus et les coûts reliés à la pandémie.

Certes, Québec accusera cette année un déficit record de 15 milliards $, mais la moitié sera en économies versées au Fonds des générations ou en réserves, au cas où...

Ça devrait bien aller... Jusqu’à ce que le fédéral fasse à son tour sa mise à jour financière. Ce sera aussi grimaçant à recevoir qu’un écouvillon qu’on vous twiste dans le fond de la gorge. Ce sera de la COVID fiscale par emprunt collectif.

Mais, si le Québec est libéré!