Catherine Dorion

Une intruse au Salon de la race ?

CHRONIQUE / «Par les coquerelles de parlement, les crosseurs d’élections, les patineurs de fantaisie, les tarzans du salut public… par les écrapoutis de l’Assemblée nationale… les visages de peau de fesse… la puanterie des antichambres de ministres…»

On pourrait poursuivre avec une litanie de jurons, car aucun objet liturgique n’avait été oublié par Gérald Godin dans son célèbre «Mal au pays».

Pour aussi cru que puisse paraître ce poème, cela n’a pas empêché notre illustre Trifluvien d’être élu à l’Assemblée nationale à quatre reprises et même d’y avoir défait la première fois un certain Robert Bourassa, jusque-là premier ministre du Québec.

L’organisation libérale de Mercier, un comté cosmopolitique réputé bastion libéral, avait fait circuler certaines de ces strophes virulentes du poème de Godin afin de le discréditer auprès des électeurs.

La manœuvre a eu l’effet tout à fait contraire et on a ainsi vu arriver au parlement de Québec un poète-député.

C’est ainsi que les médias et un peu tout le monde ont classé Godin.

On peut penser qu’il a de la relève en Catherine Dorion, qu’on pourrait présenter comme slameuse-députée. Son élection dans Taschereau, une circonscription historiquement libérale et plus récemment péquiste avec Agnès Maltais comme députée, était au moins aussi imprévisible, au départ, qu’avait pu l’être celle de Godin dans Mercier.

Elle tient facilement des propos qui ne sont peut-être pas aussi violents que les siens, mais qui ne manquent pas de couleur et elle adopte une attitude aussi décontractée que celui-ci. Avec peut-être un peu plus de provocation dans la tenue vestimentaire. Godin portait certes la cravate, mais résolument dénouée.

La population québécoise s’est beaucoup attachée à Godin. Est-ce qu’elle livrera avec le temps le même élan d’affection à l’endroit de Catherine Dorion?

Il faudra attendre pour le savoir, mais en dépit de toute la poussée d’outrances qu’a suscitée cette semaine son arrivée à l’Assemblée nationale vêtue d’un t-shirt à manches courtes, coiffée d’une tuque et chaussée de Doc Martens, elle a peut-être posé les premiers jalons d’une future distinction.

La députée qui a fait son arrivée au parlement ressemblait parfaitement à la candidate de QS que les électeurs de Taschereau ont très majoritairement élue. Il y en a beaucoup qui auraient porté un t-shirt à flamands roses pour obtenir une majorité de 8511 voix.

Elle ne s’est pas «dénaturée» comme elle l’a dit, car on ne l’a pas connue autrement.

Alors, où est le mal? Parce qu’on est à l’Assemblée nationale? Le présumé décorum nécessaire, c’est une question de point de vue, surtout dans l’habillement.

Dans la rue, Catherine Dorion n’aurait rien de vraiment excentrique et si elle affichait quelques tatouages, cela ne ferait pas pour autant d’elle une curiosité. La populaire députée néo-démocrate de Berthier-Maskinongé, Ruth-Ellen Brosseau, en a... aux chevilles. Elle est relativement jeune, elle aussi.

On a peut-être tendance à devenir Tartuffe avec le temps.

Prenez le doc Pierre Mailloux. Il est devenu une célébrité. Pourtant, il a le verbe parfois assez gras et il est loin d’être endimanché, comme on s’attendrait que le soit un médecin. On dirait plutôt qu’il sort de l’écurie ou du poulailler, ce qui est peut-être le cas.

Imaginez-vous si c’était Anne-France Goldwater qui avait été élue dans Taschereau. Un jour qu’elle se présentait à la Cour en jupe un peu courte et avec un corsage qui ne parvenait vraiment pas à contenir une poitrine aussi généreuse que visible, elle n’avait pas hésité à répliquer au juge qui la sermonnait sur sa tenue qu’il ne lui appartenait pas de lui dire comment s’habiller. Goldwater a tenu son bout et est devenue populaire auprès des Québécois.

On applaudit la simplicité rustre d’une Safia Nolin jusqu’à l’élire chanteuse de l’année au Québec, on accepte les gaguettes androgynes d’un Hubert Lenoir et on chante en karaoké collectif avec Lisa Leblanc que notre vie «c’est de la marde».

C’est plus il est où le bonheur. C’est elle est où notre cohérence pour qu’on s’offusque que Catherine Dorion fasse dire en vidéo à des participants à un forum communiste à Bilbao, en Espagne, que le troisième lien, «c’est de la marde».

Michel Chartrand, ça vous dit quelque chose?

On redoute bien sûr qu’elle porte la tuque dans le Salon Bleu. Jagmeet Singh, le chef du NPD, ne dévissera pas son turban s’il est élu à la Chambre des communes pas plus que l’actuel ministre de la Défense nationale, Harjit Sajjan n’a retiré sa coiffe de sikh, un signe religieux plutôt ostentatoire. Que penser des bibis d’Elizabeth «The Second»?

Est-ce qu’elle ferait mieux de s’enturbanner? La tuque de Dorion, ça fait un peu granola mais c’est pas loin d’être patrimonial québécois. Ça pourrait être considéré comme une référence au bonnet des héroïques patriotes de 1837-1838. Dans ce cas, on la statufierait.

On n’est pas obligé de partager ses points de vue ou de copier ses façons d’être et de paraître pas plus que d’avaliser les propositions de son parti. Mais elle et son parti ont amené aux urnes plus de jeunes que tous les efforts déployés en ce sens par le Directeur général des élections.

Ça décroute un peu notre société sclérosée et vieillissante, qui a un peu oublié son passé de «beat generation». Les révolutionnaires pas toujours tranquilles qu’on était auraient muté en frileux grognards embourgeoisés, bungalowillageoisés, cottagés ou condominionisés, c’est selon, cela dit à la manière de Godin.

Avec Catherine Dorion, faire de la politique autrement, ce n’est plus un slogan politique vide.

C’est sûr que des Doc Martens à 16 ans, ça fait rebelle. À 36, c’est bébelle.

Coup de cœur

Aux médias de la région, mais avant tout à ceux qui ont donné si généreusement à leur guignolée et hier soir au Noël du pauvre de Radio-Canada.

Coup de griffe

En Mauricie, on est les plus vieux du Canada mais aussi les plus violents envers nos enfants. Ça va bien!