Pierre Karl Péladeau, candidat du Parti québécois dans la circonscription de Saint-Jérôme.

Une élection qui tient du bon polar

Il devrait y avoir publication d'un ou deux sondages au cours du week-end. Ils sont très attendus.
Après une dizaine de jours de campagne électorale, ces premiers coups de sonde permettront de mesurer, mieux souvent que les analystes, si l'humeur des électeurs a changé depuis le déclenchement des élections, mais surtout, si tel est le cas, dans quel sens.
Sauf que dans ce cas-ci, c'est peut-être moins la performance des chefs et de leurs équipes qui sera révélée que l'impact de l'entrée en scène explosive, poing en l'air, on s'en rappelle, à la façon des Black Panthers, de l'homme d'affaires et magnat de la presse Pierre Karl Péladeau.
Le poids médiatique attribuable à son arrivée en politique au sein du Parti québécois a dépassé cette semaine celui des chefs de parti. C'est dire à quel point la curiosité des électeurs sera élevée à la publication des premières mesures de l'opinion publique. Car elles permettront d'établir dans quel sens a joué l'entrée en campagne électorale de celui que tout le monde appelle familièrement PKP, avec sa radicale profession de foi indépendantiste.
Avec toutes les controverses qui ont entouré son engagement politique, il est bien difficile de préciser quel versant a pu prendre la campagne électorale. Le Parti québécois de Pauline Marois a-t-il été propulsé par le haut, ou si en imposant le thème référendaire, les rangs fédéralistes se sont plutôt frileusement resserrés derrière le Parti libéral de Philippe Couillard, larguant dans l'accotement la trop médium saignante Coalition avenir Québec de François Legault, sur la question.
Il y a certes eu un premier sondage CROP cette semaine, dans la région de Québec, qui a pu apporter un premier éclairage sur la situation électorale. Mais la région de Québec, ce n'est pas le Québec.
N'empêche qu'on y indiquait une véritable ascension du PLQ, devançant de sept points le PQ, et un effondrement, à 19 % dans les intentions de vote, d'une CAQ qui détenait pourtant dans la région de la capitale, ses meilleurs et plus fidèles appuis. L'arrivée de Péladeau au PQ, qui était pourtant perçu comme un sauveur de la Nordiques Nation, aurait fait le Bonhomme se réfugier dans les bras de Philippe Couillard, comme l'illustrait une caricature.
Le fait que Mme Marois tente maintenant désespérément de faire sortir la campagne de l'ornière référendaire dans laquelle son candidat-vedette l'a fait s'enliser, nous laisse peut-être déjà comprendre que le présumé bon coup PKP a eu un effet pervers sur le PQ.
Si les prochains sondages témoignent d'une remontée libérale, mais surtout de son ampleur soupçonnée dans la région de Québec, ce ne sera pas sans effet sur les circonscriptions de la Mauricie.
Il suffit d'analyser les résultats des élections générales dans le passé, et encore celle de 2012, pour constater que la région se comporte toujours comme si elle était sous influence de Québec. C'est ce qu'on peut appeler l'effet domino. Il y a dix-huit mois, la Mauricie a élu trois libéraux et deux péquistes. Mais il faut se rappeler que les candidats de la CAQ ont fini deuxièmes dans Maskinongé, Champlain et Saint-Maurice et qu'ils ont occupé une honnête troisième position dans Trois-Rivières et que le résultat dans Laviolette a été plutôt honorable. Les électeurs de la circonscription de Nicolet-Yamaska, qui est un peu mauricienne, ont élu Donald Martel. Les caquistes errants vont faire la différence.
On a pu observer dans les sondages qui ont précédé le déclenchement des élections que les premières pertes caquistes ont plutôt favorisé le Parti québécois. Mais depuis, la seconde vague de défections caquistes semble vouloir très nettement favoriser le Parti libéral. Dès lors, les circonscriptions libérales de la région, en particulier celles de Trois-Rivières et de Maskinongé, que les péquistes, avec leurs candidats-vedettes ou ministrables, sont déterminés à faire basculer dans leur camp, seront beaucoup plus difficiles à gagner.
Il faudra quand même patienter quelques heures encore pour savoir ce qu'il en retourne des intentions de vote des Québécois et voir si la donne politique de départ a été perturbée cette semaine. Mais même si c'était le cas, il ne faudra pas conclure que la partie est jouée. Il reste trois semaines de campagne pour qu'un camp ou l'autre redresse ses affaires qui seront ponctuées de deux débats des chefs où, parfois, tout peut arriver. Gardons le suspense électoral. L'intrigue, avec tous ses rebondissements, est menée cette année comme dans un vrai polar.