Les projets commerciaux et résidentiels se multiplient. On investit notamment presque 50 millions $ dans ce qui deviendra le Centre d’événements et de congrès interactifs de l’hôtel Delta.

Une économie au bord de l’emballement dans la région?

On avait pressenti que l’année 2017 allait en être une dans la région de transition vers une économie plus vigoureuse.

Il est difficile, à la lumière des nombreuses annonces d’investissements qui ont été réalisés ou en cours qui se sont reflétés, entre autres dans les statistiques de l’emploi, de conclure qu’il en a été autrement. L’économie régionale s’est même un peu emballée, ce qu’on n’avait pas vu depuis longtemps. 

Tant dans le domaine commercial, résidentiel qu’industriel, les investissements ont été considérables. Dans une analyse produite en novembre, Desjardins a évalué qu’ils avaient dépassé les 800 millions $.

Le secteur manufacturier a été particulièrement productif. On peut évidemment penser à Kruger qui a complété au coût de 250 millions $ la transformation pour la production de carton de la machine no 10, apportant en même temps une stabilité à long terme à son usine du boulevard Gene-H.-Kruger. Saint-Augustin Canada Électric, un fournisseur d’équipements électriques, a pour sa part confirmé un investissement de 28 millions $ pour la fabrication de panneaux solaires de haute technologie. Et il y en a eu beaucoup d’autres, dont au port de Trois-Rivières qui s’est métamorphosé depuis quelques années. 

Peu importe où l’on regarde dans la région, le secteur industriel a été actif. À Yamachiche, Olymel a grossi son projet d’agrandissement de sa division ATrahan pour consacrer, non plus 80 millions $ comme prévu au départ, mais 110 millions $ pour parvenir à doubler ses capacités d’abattage de porcs.

À Louiseville, on a mis en construction une usine de marijuana de 60 000 pieds carrés; à Shawinigan, sur le site de l’ancienne usine Laurentide, Nemaska Lithium a inauguré sa phase 1 et produit ses premières tonnes d’hydroxyde de lithium. À La Tuque, WestRock a mis en marche deux projets pour améliorer son efficacité énergétique et certaines technologies. Et conclut par la suite une entente de cinq ans avec son syndicat, ce qui assure une solide stabilité au premier employeur privé de la ville.

Plusieurs de ces projets vont être complétés en 2018, mais les choses ne vont pas s’arrêter là. L’année 2018 pourrait être encore plus explosive.

Les projets commerciaux et résidentiels se multiplient. On investit presque 50 millions$ dans ce qui deviendra le Centre d’événements et de congrès interactifs de l’hôtel Delta et plusieurs dizaines d’autres millions le seront au District 55, entre autres avec la mise en chantier du futur colisée qui coûtera plus de 50 millions $ à lui seul. Quant aux développements résidentiels, les promoteurs sont déjà actifs à Trois-Rivières comme à Shawinigan avec des projets qui se calculent par dizaines de millions$.

Si tout ce qui est en cogitation sur les plans industriel, commercial et résidentiel se confirme et se met en marche dans les mois qui viennent, 2018 va être phénoménale.

Depuis plusieurs années maintenant, on fait de grandes annonces au parc industriel et portuaire de Bécancour, mais on ne se rend jamais à la première pelletée de terre. On peut penser qu’il y a beaucoup de sérieux avec le projet de la Société internationale métallique qui voudrait produire, dans sa nouvelle usine, deux millions de tonnes par année de briquettes de fer pré-réduit à chaud. L’investissement requis est d’un milliard $ et créera 250 emplois permanents. D’autre part, le projet d’IFFCO, qui était en dormance, vient d’être modifié et relancé pour produire de l’urée, mais aussi du méthanol. Le projet initial d’IFFCO était de deux milliards$. Là aussi, si on arrive à la conclusion du projet, on créera plus de 200 emplois. 

De son côté, après sa première usine expérimentale, Nemaska Lithium devrait pouvoir entrer en phase de commercialisation, ce qui impliquera la construction d’une grande usine qui nécessitera un investissement évalué à 310 millions $. 

Et s’il fallait que le projet depuis longtemps caressé à La Tuque d’une bioraffinerie pouvant produire du diesel à partir de résidus forestiers, qui est très avancé, se réalise, on pourrait bien ne plus reconnaître la Mauricie.

Il va falloir des cerveaux et des bras. Ce sera le grand défi: accroître de façon importante et vite le potentiel en ressources humaines et parvenir à offrir, pour y arriver, des conditions d’emploi convaincantes.

On a pu s’étonner, mais la Mauricie a affiché un taux de chômage moyen autour de 6 pour cent en 2017, légèrement inférieur dans les derniers mois à la moyenne québécoise. On n’est pas loin du plein emploi théorique. Mais cela veut aussi dire qu’on touche à la limite de la force de travail. Il y a encore un peu de place, car le taux d’activité, c’est-à-dire le pourcentage de travailleurs actifs par rapport aux 18-65 ans aptes au travail est resté sous la barre des 60 pour cent alors que la moyenne québécoise approche des 65 %, des niveaux que l’on ne voyait autrefois qu’en Alberta. 

Le coût de la vie encore très abordable et un accès facile aux services publics, à la culture ou aux activités sportives et de détente peuvent expliquer que la région a moins besoin d’être besogneuse qu’ailleurs pour bien vivre ou se la couler douce. 

Il faudra quand même que ça change. La qualité de vie de la région a certes constitué un facteur d’attraction, mais pas vraiment pour la relève ouvrière et professionnelle. C’est que le profil économique du Mauricien, comme du Centriquois, est loin d’être édifiant. Quand le revenu disponible par habitant est parmi les plus bas du Québec, ça ne donne pas le goût très fort aux jeunes qui entrent sur le marché du travail de venir s’y établir ou d’y demeurer quand ils sont originaires de la région. 

Pour les séduire, il faut pouvoir leur proposer des conditions de départ alléchantes et presque concurrentielles avec celles de Québec et de Montréal, mais en plus des perspectives d’avancement et de carrière bien réelles et pour les deux membres d’un couple, lorsqu’ils en forment un.

Les organismes de développement économique s’y attellent. On a parlé de pénurie de main-d’œuvre en 2017. On l’a constaté dans la quantité d’offres faites lors des salons de l’emploi. Jusqu’à 1400 postes disponibles lors du Salon de l’emploi Trois-Rivières-Bécancour. La clé du succès n’est plus dans les terrains ou les conduites d’eau et d’égout industriels qu’on pourrait faire valoir comme dans une certaine abondance de jeunes femmes et hommes bien formés, aptes et désireux de travailler ici. 

La région s’est mise en mode séduction. Après les ententes entre Trois-Rivières et Bécancour sur la promotion économique, Trois-Rivières et Shawinigan travaillent à leur tour ensemble pour importer de la main-d’œuvre. 

On a parlé de projets d’investissement, mais il y a déjà une multitude de plans d’agrandissement d’usines ou d’accroissement de production qui ont dû être repoussés, faute de capacités à pouvoir combler les postes additionnels que cela impliquait. 

Bien sûr, il y a quelques nuages gris qui planent au-dessus de l’économie régionale comme les ententes sur le libre-échange et sur le bois d’œuvre avec les Américains

Mais dans l’ensemble, ça ressemble plutôt à du en avant toute… Sans compter que 2018 sera une grande année d’élection générale au Québec et que les partis politiques ont eux aussi une grande opération séduction à mener, dans une région qui sera peut-être déterminante sur la désignation du prochain gouvernement.