Éric Lord, Pierre-Benoît Fortin, Jean-François Aubin et Jean Lamarche.

Une campagne de gentlemen!

Les amateurs de suspense électoral pourraient bien être plutôt gâtés dimanche soir.

À quelques heures de l’ouverture des bureaux de vote pour élire un nouveau maire à la Ville de Trois-Rivières, on ne peut toujours pas prédire, sans d’énormes risques de se tromper, un gagnant tellement la course apparaît toujours extrêmement serrée entre Jean-François Aubin et Jean Lamarche.

Au point qu’on pourrait presque croire qu’il faudra réclamer une photo-finish pour déterminer le gagnant. Ce qui est plus que probable, c’est qu’il faudra au moins attendre le dépouillement de la presque totalité des boîtes de scrutin pour voir émerger celui qui deviendra le nouveau magistrat trifluvien.

C’est un véritable coude à coude entre les deux hommes que nous ont révélé lundi matin dans Le Nouvelliste les résultats d’un sondage de la firme Mainstreet.

Si Aubin maintenait toujours sa position de tête apparue au premier sondage de Mainstreet, à 45 pour cent des intentions de vote, on découvrait que Lamarche avait presque totalement comblé l’écart qui le séparait de celui-ci en obtenant 42,1 pour cent de la faveur populaire. Avant répartition des indécis, l’écart était d’à peine 1,2 pour cent.

Pour les sondeurs, compte tenu de la marge d’erreur qui peut jouer pour l’un comme pour l’autre, on doit parler d’égalité entre les deux candidats.

De quoi, à moins d’une semaine du scrutin, justifier le déclenchement des pires hostilités dans l’espoir d’obtenir les points manquants.

Pourtant, quelques heures après la publication du sondage serré, les quatre candidats, à l’invitation du marathonien Patrick Charlebois (un déjà pressenti pour la mairie), se retrouvaient en tenue athlétique sur la Place de l’hôtel de ville, pour une course amicale et joviale.

Non seulement on ne s’est pas regardé de travers, mais on s’est plutôt mutuellement taquiné gentiment, s’entendant même entre eux pour que personne ne force le jeu pour paraître en tête… de la course.

Ce qui n’a pas empêché que la photo de l’événement publiée dans Le Nouvelliste, (un hasard?), était bel et bien à l’image du sondage. Lamarche et Aubin joggaient côte à côte à l’avant, Éric Lord les suivait de quelques enjambées et Pierre-Benoît Fortin traînait plus lourdement à l’arrière du peloton.

Quelqu’un qui ne les aurait pas connus aurait conclu à une petite bande de copains qui s’amusent en tentant de tenir la forme.

On s’entend qu’on pouvait faire une pause et aussi qu’il fallait éviter d’adopter un comportement qui aurait pu faire prétentieux.

Mais jeudi matin, à trois jours du scrutin, à la dernière confrontation directe de la campagne animée par Barbara Leroux, à l’émission Facteur matinal de Radio-Canada Mauricie, les coups auraient pu pleuvoir et on aurait compris, peut-être même excusé qu’il y en ait sous la ceinture. Ce fut tout le contraire. On a badiné un peu avant d’entrer en ondes et les trois candidats qui y étaient invités ont expliqué leurs points de vue sur les sujets qui leur étaient soumis, en gardant toujours de bonnes manières. Pas un seul jab n’a été porté par l’un ou par l’autre contre un adversaire.

Aubin et Lamarche doivent quand même tenter de marquer quelques points pour distancer l’autre, aller en grignoter si possible chez les partisans de Lord. Ce dernier doit aussi se débattre pour récupérer ses appuis perdus ou s’en faire de nouveaux, car il a glissé selon le sondage sous la barre des 15 pour cent des intentions de vote. C’est le seuil requis pour obtenir le remboursement des dépenses électorales.

C’était le dernier débat de la campagne, mais aussi le 13e, ce qui est énorme. Il est vrai qu’en tant que maire sortant, il était facile de l’attaquer. Mais Yves Lévesque les limitait au maximum au point qu’il n’en avait même accepté aucun en 2017.

Cette fois, en dehors des débats, les candidats se sont croisés à de multiples reprises puisqu’ils se retrouvaient presque toujours dans les mêmes événements.

Ils ont répondu présent chaque fois et en aucun cas, il n’y a eu de montées de lait. On soupçonne qu’ils en sont arrivés, peut-être pas à s’apprécier, mais au moins à se respecter.

Ce fut une campagne où chacun a exposé sa vision, ses idées et ses intentions sur presque tous les aspects de la vie municipale et soumis ses qualités et ses compétences. Tous ont convenu de limiter les hausses de taxe et aucun ne s’est engagé dans la promesse d’un projet pharaonique. On s’en est tenu beaucoup plus à la dimension citoyenne de l’action municipale à venir.

Il y a quand même eu beaucoup de mouvements dans les différents clans, surtout ceux de Jean-François Aubin et de Jean Lamarche, au lendemain du dernier sondage. Mais cela est venu de leurs troupes.

Ça s’est vraiment échauffé dans les réseaux sociaux où l’on a échangé avec beaucoup de générosité choix et insultes.

C’est l’arrivée inattendue dans la campagne de l’ex-maire Yves Lévesque qui a stigmatisé les clans, d’un côté comme de l’autre, et qui a probablement révélé ce que sera la fameuse question de l’urne.

Est-ce que le vote sera comme un jugement sur le travail accompli depuis la dernière élection par le nouveau conseil municipal (comprendre par le groupe des huit) ou si on voudra en profiter pour venger l’ancien maire sur la «misère» qu’on lui aurait fait subir?

Il y aura des deux dans les bulletins de vote.

Il faudra maintenant voir si le beau temps de dimanche stimulera ou freinera la ruée vers les urnes. On peut redouter une faible participation. Le travail des équipes sera majeur.

Les Trifluviens peuvent se dire qu’ils ont eu droit à une campagne électorale de grande classe et que peu importe celui qui sera élu, ils auront un maire de qualité à la tête de leur ville.

Coup de cœur: Il ne peut pas y avoir d’autre élan du cœur que celui qui nous mène vers cette petite martyre de sept ans que l’on voudrait tous presser sur soi pour la remplir de cet amour dont on l’a privé.

Coup de griffe: Si pour une raison ou une autre, des Trifluviens n’aiment pas celui qui sera devenu dimanche soir leur nouveau maire, s’ils ne sont pas allés voter, qu’ils se la ferment.