Éric Lord, Jean Lamarche et Jean-François Aubin lors du débat de jeudi à Radio-Canada.

Un sondage, un débat et elle est partie!

Il n’y a rien comme la publication d’un sondage, suivi d’un bon débat public, pour lancer une campagne électorale qui jusque-là apparaissait somnifère dans l’esprit des citoyens de Trois-Rivières.

C’est ce qui s’est produit cette semaine avec les résultats très éclairants d’un sondage Mainstreet pour le compte du Nouvelliste et la tenue, le même jour, d’un premier débat des trois principaux candidats à la mairie de Trois-Rivières.

Le sondage nous a révélé que Jean-François Aubin caracolait en tête auprès de ceux qui se déclaraient déjà «décidés ou enclins» dans leur choix des candidats.

À 44,7 % des intentions en sa faveur, l’homme a donc en principe refait le plein des appuis qu’il avait obtenus il y a un an et demi aux élections générales municipales contre le maire sortant, Yves Lévesque.

Aubin peut donc être rassuré en raison de cela, mais en même temps un peu déçu s’il se demande pourquoi il n’est pas parvenu à grignoter quelques points de plus.

Même avec un retard de neuf points dans le vote électoral présumé, le clan de Jean Lamarche était très heureux d’occuper le deuxième rang, avec 35,7 % de la faveur populaire.

Du coup, le parcours pour se hisser en tête n’apparaît pas insurmontable. Surtout, dans cette campagne à trois des quatre candidats (on oublie PB Fortin à 1,2 %), le sondage Mainstreet a révélé qu’on serait dans les faits engagé dans une lutte à deux.

À hauteur de 17,7 % dans l’électorat, Éric Lord tire trop de l’arrière pour constituer en ce moment une menace pour ses adversaires. Aubin le devance par 27 points et Lamarche fait le double de lui.

Cela n’a quand même pas mis Lord à l’abri de ses concurrents qui l’ont à quelques reprises mitraillé au débat de RC animé par Sophie Bernier.

Il faut comprendre que ses deux adversaires ont besoin de lui arracher quelques votes. Aubin pour consolider sa position de tête mais surtout Lamarche qui devra aller faire récolte dans les rangs de celui-ci s’il veut espérer souffler davantage dans le cou d’Aubin et, ultime défi, le doubler.

La partie ne sera pas facile pour l’un comme pour l’autre. On s’entend que Lord ne se laissera pas dépouiller sans rien faire. On l’a vu, il a tenu son bout au débat de RC. Mais il lui faudra être moins cérébral et un peu plus sanguin.

Il joue fort la carte environnementale. Il a eu beau avoir placé le mot vert ou verdir à sept reprises dans une seule intervention l’autre soir, ça fait certes écolofan pas à peu près, mais même si le souci de la planète est à la mode, ça ne sera pas la question de l’urne.

À moins d’une grosse enfarge de l’un ou l’autre de ses adversaires d’ici le 5 mai, Éric Lord devra se trouver quelque chose d’original, de percutant et d’électoralement emballant s’il veut prétendre à la mairie de Trois-Rivières.

Outre d’être bon deuxième, Jean Lamarche a d’autres raisons d’apprécier le sondage de Mainstreet-Le Nouvelliste.

Il domine Aubin, et d’une façon très appréciable, chez les électeurs de 35 à 64 ans. C’est là que se trouve le gros des électeurs, mais surtout des électeurs plus susceptibles d’aller voter.

Lamarche ne s’en est pas si mal tiré au débat de RC. Mais il est apparu un peu déstabilisé vers la fin après avoir subi un assaut, même involontairement concerté, de ses deux adversaires sur son énoncé environnemental qui manquait de concret.

Par contre, le hasard l’avait favorisé en le plaçant au centre pour le débat. Et, on dira que c’est un aspect secondaire, mais il avait eu le bon «instinct», pour un débat télévisé, de porter un veston de couleur bleu qui, par grand hasard, sans doute, s’harmonisait avec la couleur de ses yeux, en plus d’une cravate, bleue elle aussi, comme en rappel. Ça faisait télégénique.

Il y a une question qui est souvent posée lors des élections: avec lequel des candidats vous préféreriez vous asseoir pour prendre une bière? Il y a des chances que Lamarche, en raison de sa convivialité naturelle, sans être populiste, remporte ce quizz. On est quand même loin d’un Doug Ford. Sauf que, c’est un peu plate pour lui, mais la théorie du plus sympathique avec qui trinquer n’a pas été validée sur son automatisme en bénéfices électoraux.

Ce n’était pas vraiment une surprise de voir Jean-François Aubin surgir dans le haut des intentions de vote.

Au lendemain de sa défaite à la mairie, en octobre 2017, il avait déjà annoncé ses couleurs en prévenant qu’il allait remettre ça lors des prochaines élections, qui sont venues plus vite que prévu.

Dès qu’il a été question qu’Yves Lévesque tâte le pouls au fédéral, Aubin a levé la main. Quand l’ex-maire a annoncé qu’il quitterait ses fonctions pour cause de maladie, Aubin s’est mis en campagne.

Il a pris dès le départ une avance sur tous ses éventuels adversaires et s’est appliqué depuis à la maintenir, avec, jusqu’à présent, un succès confirmé.

Il a été facile de constater au débat de jeudi soir qu’il maîtrisait parfaitement bien les dossiers municipaux. Il est le seul des candidats à avoir une expérience à l’hôtel de ville puisqu’il a été conseiller municipal.

Il s’est appliqué au débat à afficher beaucoup d’assurance, question de démontrer qu’il est celui qui a la stature requise pour être le prochain maire de Trois-Rivières. Mais une assurance mal dosée peut aussi dégager par moments une mauvaise impression.

Le plus grand des défis restera de faire voter les gens le 5 mai. En dehors de la qualité des candidats, l’efficacité de leurs machines électorales pourrait faire une différence.

Coup de griffe: Dans le contexte, et pour faire plaisir au premier ministre François Legault, il faudrait peut-être songer à changer le nom d’ABI pour celui d’OBI.

Coup de cœur: Avec Raphaël Gladu dans l’alignement des Aigles cet été, ça va être dangereux de l’autre bord de la clôture de recevoir une balle sur la tête, parce que ça va cogner dur.