Yves Lévesque

Un risque de «loose cannon»?

Le plus ironique dans l’affaire, c’est que ceux qui ne l’apprécient pas vraiment, qui ne l’aiment tout simplement pas ou même, le détestent, car Yves Lévesque peut susciter une gamme large de sentiments à son endroit, pourraient devoir se résigner à l’appuyer s’ils souhaitent qu’ils fassent de l’air à la mairie de Trois-Rivières.

Ils sont nombreux dans ce clan. Si l’on s’en fie aux résultats des dernières élections, c’est pas loin de la moitié des citoyens qui ont voté contre lui qui ne brailleraient pas longtemps s’il devait quitter la mairie. Et si l’on s’en fie à plusieurs commentaires entendus depuis et à certains votes assez révélateurs, c’est aussi au moins la moitié de son conseil municipal qui, loin de s’en morfondre, serait susceptible de lâcher un grand soupir de soulagement et de s’exclamer : «Enfin ! Bon d… »(remplissez vous-mêmes les trois petits points).

C’est sûr que c’est moins glorieux que si ses opposants avaient obtenu son départ en lui infligeant une défaite électorale, ou à l’issue d’une forme «d’impeachment» à l’américaine qui l’aurait rendu inapte à continuer de siéger comme maire. Mais dans les circonstances, qu’Yves Lévesque choisisse d’aller prendre son air sur la Colline parlementaire à Ottawa, ça sera pour ceux-ci un moindre mal.

Même si pour ces derniers, sa candidature conservatrice et évidemment sa nécessaire victoire dans la circonscription de Trois-Rivières apparaissent comme la seule issue pour qu’il puisse libérer la place avant la fin de son mandat, on peut quand même douter que ses adversaires lèvent la main pour faire partie de son équipe électorale. S’ils l’appuient, ce ne sera que dans le secret de l’isoloir.

C’est que l’homme a le don pour cultiver les acrimonies à son endroit.

Sans même avoir encore officialisé sa propre candidature à l’élection fédérale, il s’est empressé, sans l’avoir au préalable consultée, de désigner la conseillère Valérie Renaud-Martin comme sa favorite pour lui succéder à la mairie.

Un souhait exprimé à voix haute qui a indisposé des conseillers municipaux, dont certains pourraient peut-être se concevoir dans le siège de maire. Et comme si ce n’était pas suffisant, le maire a suggéré que ceux-ci paralysaient presque l’administration municipale en pratiquant une «microgestion» tatillonne. Bref, en questionnant d’abondance les directions de services municipaux…

Comme si une forte implication de soi dans les affaires de la ville pouvait être considérée comme un facteur négatif. Il faudra sans doute s’y faire, car la charge de conseiller municipal d’une ville comme Trois-Rivières s’est fortement alourdie depuis quelques années. Ce qui fait que plusieurs parmi celles et ceux qui y siègent maintenant ont choisi de s’y consacrer à plein temps.

Évidemment, si on est à temps complet dans les affaires de la ville comme conseillère ou conseiller, on devrait être disposé à l’être comme maire, si la place est à occuper.

On a dit qu’Yves Lévesque était, brillant pour ceux qui l’admirent, mais machiavel pour ceux qui le haïssent, en désignant déjà une préférée pour lui succéder. On craint en effet que cela ait comme conséquence de disloquer la majorité qui s’est formée autour de la table du conseil. Qu’Yves Lévesque ait distillé par ses propos une matière à diviser pour mieux régner. Disons qu’il a agi beaucoup plus par impulsion que par savante analyse politique.

On verra! C’est sûr qu’il y a parmi les élus, récents ou pas, d’excellents potentiels pour occuper la mairie, ce qui peut provoquer des rivalités inattendues. Mais il y a aussi des alignements qui persistent avec Jean-François Aubin, le dernier adversaire d’Yves Lévesque qui serait forcément tenté d’être à nouveau candidat. Lévesque n’étant plus là, d’autres candidats pourraient aussi se manifester. Il y a déjà des noms qui circulent.

Il risque donc d’y avoir beaucoup de grenouillage d’ici les élections fédérales. Dix-huit mois, c’est beaucoup.

En fait, avant de tenir pour acquis que la mairie de Trois-Rivières sera éventuellement vacante, ce qui présume bien hâtivement qu’Yves Lévesque serait élu dans Trois-Rivières, la seule et vraie question qu’on devrait se poser à ce moment-ci est: est-ce qu’il va se rendre jusqu’à cette candidature?

Si on s’en tient à ce qu’il répète sur toutes les tribunes médiatiques depuis qu’Andrew Scheer, le chef conservateur, s’est arrêté à son bureau, c’est à toutes fins utiles chose faite pour lui. Ce serait juste que ce serait trop tôt pour le confirmer.

Voilà bien le risque, si l’on peut s’exprimer ainsi. On peut raisonnablement se demander si le 21 octobre 2019, c’est pas un peu trop loin pour un homme aussi vif de propos et impatient qu’Yves Lévesque.

C’est vrai qu’à chaque élection fédérale, son nom a circulé pour une candidature dans Trois-Rivières, en général du côté libéral. Chaque fois, la porte à peine entrebâillée s’est rapidement refermée.

Ce n’est pas tant en raison de ses attentes qui auraient pu être considérées comme trop élevées, même si elles ne manquaient pas de modestie. Il a d’ailleurs pris soin cette fois-ci de préciser qu’il n’avait pas exigé de Scheer un poste ministériel, bien qu’il l’ait prévenu qu’il n’entend pas être un docile député d’arrière-ban.

Son problème dans le passé, c’est qu’il a souvent été perçu comme un électron libre par les organisations électorales. L’homme est sanguin, intempestif et pense par lui-même. Ce qui accroît de beaucoup les risques qu’il échappe à un certain moment un commentaire susceptible de mettre son chef ou le parti dans l’embarras. Un risque que les partis politiques ne veulent pas prendre.

À le voir aller, Yves Lévesque n’est pas près de s’amender là-dessus. Alors, oui, dix-huit mois, ça sera ben ben long pour lui et… pour quelques autres.

Coup de griffe: À se demander si Pierre Giguère n’est pas plus prêt à aller au combat électoral que ne le paraît Julie Boulet. Il est vrai qu’avec Jean Boulet pour la CAQ dans Trois-Rivières, il y aura un Boulet de trop.

Coup de cœur: On n’aurait jamais pensé pouvoir suggérer que pour les travailleurs de l’ABI et les professeurs de l’UQTR, ça pouvait devenir même combat, le poing en l’air, de lockoutés.