L'usine ABI de Bécancour.

Un plan patronal? Plus que probable!

Il y a maintenant deux questions qui se posent. D’abord, combien de temps va durer le conflit de travail à l’Aluminerie de Bécancour. La seconde: pourrait-on aller jusqu’à la fermeture de l’usine?

Même si, de l’extérieur, les parties ne semblaient pas tellement éloignées de la possibilité de s’entendre, les plus récents événements tendent à nous indiquer que la direction d’Alcoa et de Rio Tinto, son partenaire minoritaire dans l’ABI, ne semble pas pressée de voir son millier de lockoutés réintégrer leurs postes de travail.

Il serait délicat d’affirmer que l’employeur a provoqué l’actuel conflit. Mais il apparaît assez évident que s’il n’a pas mis le feu aux poudres et qu’il a évité d’être revanchard dans l’espace public, il avait par contre bien planifié l’issue à laquelle on en est rendu.

Sa promptitude à déclencher le lock-out et sa présence «pour la forme» à une ultime rencontre convoquée par le médiateur du ministère du Travail, dans les heures qui ont suivi, sont assez éclairantes sur l’état d’esprit de la direction et la rigidité qu’elle entend désormais adopter.

L’employeur avait obtenu à la fin de novembre une ordonnance de la cour qui interdisait aux 1030 membres des Métallos toutes mesures de ralentissement de la production. Or, en dépit du rejet massif (à 80,3 %) de l’offre dite finale et globale, l’injonction demeurait encore valide pour quelques jours.

Cela aurait donc pu permettre, si on l’espérait de bonne foi, une reprise des discussions, appelons-les ainsi, de la dernière chance. C’était d’autant plus possible que le syndicat, même s’il disposait aussi d’un vote de grève accordé en novembre, avait évité d’en menacer l’application imminente.

Le syndicat a-t-il mal évalué la détermination d’Alcoa d’entrer en conflit si on voulait aller au-delà de ses offres? On peut le penser. À se demander si l’ABI n’était pas «l’élue» du groupe Alcoa, à tout le moins son unité de production idéale, pour tracer les nouvelles lignes de ses conventions collectives dans ses alumineries du Québec et mettre l’ABI à son goût.

Alcoa a beaucoup investi pour moderniser son usine de Baie-Comeau, sa plus grosse aluminerie au Québec. Ce n’est pas l’endroit idéal pour risquer un conflit. Quant à son autre usine de Deschambault, non syndiquée après plus d’un quart de siècle d’existence, elle est sans histoire.

S’il fallait entrer en conflit, la préférée ne saurait être autre que l’Aluminerie de Bécancour. Son histoire syndicale est assez éloquente à cet égard. L’employeur ne pouvait même pas douter qu’on rejetterait ses premières propositions, qu’on adopterait un vote de grève lénifiant et qu’on n’hésiterait pas à rejeter son offre finale.

Tout le scénario de l’exhibition de la musculature syndicale visant à établir un présumé rapport de force et à faire peur, qui s’est répété à chaque négociation, était donc connu et plus que prévisible. Espéré de la part de l’employeur? C’est ce qu’on peut craindre. Son impatience à décréter le lock-out alors qu’il n’y avait pas encore menace de débrayage et son absence de désir de rapprochement signifié au conciliateur nous le laissent comprendre ainsi.

Tant mieux si on se trompe, mais l’état d’esprit patronal manifesté par ses décisions récentes et sa froideur nous annonce un conflit qui risque d’être long et périlleux. L’employeur voudra peut-être régler plus que ses relations de travail difficiles à cette usine.

Doit-on craindre que le précédent conflit se termine par l’annonce de la fermeture de l’ABI?

Tout le milieu socio-économique et en particulier, le maire de Bécancour, Jean Guy Dubois, le redoutent.

Tout le monde est à même de constater qu’après trente ans, l’Aluminerie de Bécancour commence à être dépassée sur le plan technologique, d’autant que si on y a amélioré certaines choses, on n’y a pas vraiment consenti les investissements requis à sa mise à niveau.

Certes, le prix de l’aluminium est excellent en ce moment et suffisant pour rentabiliser la production de l’ABI. Mais le cours du métal varie beaucoup et pour peu qu’il descende à 1500 $ la tonne métrique, comme c’était le cas il y a deux ans, l’usine n’est plus vraiment profitable.

À défaut de moderniser les installations avec des procédés plus performants, la seule façon de rester à flot tout le temps, c’est de réduire les coûts de production. Outre le prix des matières premières qui est à peu près le même pour tout le monde, il n’y a que sur les coûts de l’énergie et les conditions de travail (salaires et avantages sociaux) qu’on peut se rebattre.

C’est pas mal ce qui se passe à l’ABI. En 2013, Alcoa avait menacé de fermer ses trois alumineries québécoises si on ne réduisait pas le prix de l’électricité. Le chantage a fonctionné, car le gouvernement a concédé un tarif bien inférieur au tarif industriel régulier d’Hydro-Québec. On était autour de 3,3 cents le kwh, avec des hausses possibles, mais très légères si le prix de l’aluminium venait à monter. Des prix qui resteront bien inférieurs à celui du bloc patrimonial des Québécois.

En contrepartie, Alcoa s’engageait à investir 250 millions $ dans ses trois usines québécoises et à assurer la pérennité de celles-ci jusqu’en au moins 2030 dans le cas d’ABI. Il n’y avait pas deux ans d’écoulés qu’Alcoa menaçait à nouveau de fermer ABI, devenue la plus énergivore de ses alumineries canadiennes et la moins profitable, semble-t-il. À Québec, on n’a pas voulu rouvrir l’entente. La remontée du prix de l’aluminium a calmé, bien momentanément, les réclamations d’Alcoa pour son usine de Bécancour.

Avec les cadres, le tiers de la production sera pour l’instant maintenu. Cela permet de croire que la compagnie a encore un intérêt dans cette usine. Au moins pour liquider les inventaires. Mais on peut aussi se demander si l’actuel conflit ne sera pas le prétexte pour remettre de la pression sur les travailleurs comme sur le gouvernement pour ce qui est des tarifs d’électricité.

Qu’on veuille tout régler… pour finir d’user l’usine de façon payante.

Le syndicat avouait maintenant soupçonner que leur employeur ait un agenda caché. On vient peut-être de comprendre ce qui se passe vraiment avec l’ABI. Le syndicat avait tout de même un certain devoir de voir venir le coup.

Coup de griffe: S’il y a des pays de merde, comme le dit Trump, il lui faudra admettre qu’il y a aussi des mangeux de merde. On ne nomme personne…

Coup de cœur: Cannabis: jusqu’où iront les villes? Faudrait peut-être faire circuler un gros «pétard» autour de la table du conseil municipal de Trois-Rivières.