Il faut cependant regarder la formation du nouveau conseil municipal pour comprendre qu’Yves Lévesque aura maintenant moins d’alliés plutôt inconditionnels autour de la table du conseil municipal.

Un peu d’effet Coderre dans la région

L’euphorie dans le clan des adversaires au maire sortant de Trois-Rivières, Yves Lévesque, n’aura duré qu’une demi-heure après la fermeture des bureaux de votation.

On l’a vu, le candidat Jean-François Aubin s’est installé dès le départ en tête dans les premiers résultats, en même temps qu’à Montréal, Valérie Plante, l’adversaire au maire sortant Denis Coderre marquait ses premiers points d’avance. 

Il y avait peut-être l’effet Coderre, que beaucoup de maires sortants à travers le Québec, redoutaient, depuis que de sondage en sondage, la défaite du maire sortant de Montréal était annoncée comme probable.

Est-ce qu’il y a eu un effet d’entraînement, il faudra voir. Mais les premières analyses nous montrent qu’il y a eu un ressac chez les élus sortants en faveur d’un grand changement.

Si les partisans d’Yves Lévesque ont pu échapper enfin un premier soupir vers 20 h 30, ils n’ont pas eu le choix de rester assis d’inquiétude sur le bout de leur chaise jusqu’à tard en soirée. Car si une avance de cinq à six points semblait vouloir se confirmer, la victoire est toujours restée courte avec à peine 51 ou 52 pour cent des voix exprimées. Une victoire qui s’est dessinée à la petite cuillère, sans grand éclat. 

Si les votes du troisième candidat, André Bertrand, qui pouvaient aussi être considérés de protestation à l’endroit d’Yves Lévesque, avaient été portés à Jean-François Aubin, on aurait vraiment pu parler d’une victoire à l’arrachée.

Il reste que pour un cinquième mandat, quand on considère des facteurs comme l’usure du pouvoir mais aussi les indispositions que génèrent au fil des ans les décisions controversées qu’un maire doit prendre, même une victoire raccourcie signifie une belle victoire.

Il faut cependant regarder la formation du nouveau conseil municipal pour comprendre qu’Yves Lévesque aura maintenant moins d’alliés plutôt inconditionnels autour de la table du conseil municipal. Le fait d’être perçu comme un pro-Lévesque n’a pas été cette fois-ci perçu comme un atout électoral. Lui qui, jusque-là, faisait la vie dure sur le plan électoral aux «récalcitrants» a perdu des appuis et ceux qui ont résisté sont apparus comme des survivants, avec des majorités plus qu’amoindries. 

On peut penser qu’on aura à Trois-Rivières un conseil municipal plutôt indépendant. 

On ne compte pas moins de sept nouveaux venus. Il faudra donc voir comment le maire Lévesque sera à l’aise de composer avec cela. Même si ce cinquième mandat est un exploit et qu’il égalera en temps, s’il remplit tout son mandat, le règne de Gilles Beaudoin, son ascendant politique sera forcément moins puissant qu’il ne l’a été jusque-là. 

La réélection pour un troisième mandat de Michel Angers à la mairie de Shawinigan a pris beaucoup moins de temps à être confirmée. Ce qui n’était pas une surprise. De tous les maires sortants de la région, il était celui dont la victoire était la plus acquise. 

Dès les premiers résultats et jusqu’à la fin, Michel Angers n’a jamais été menacé par son principal adversaire, François Bonenfant et encore moins par Judeline Corriveau, qui a malgré tout fait une performance respectable, compte tenu qu’elle était comme sortie de nulle part..

Sa victoire est sans équivoque et Michel Angers a reçu largement la pluralité des voix exprimées. Mais sa majorité aura quand même été amoindrie comme le pourcentage des votes exprimés en sa faveur qui avait atteint 77 pour cent en 2013.

Il y en a au moins un qui a semblé l’avoir facile et c’est le maire sortant de Louiseville, Yvon Deshaies, auquel deux électeurs sur trois ont accordé leur faveur. 

On se doutait que le maire au petit chapeau, aux boucles et aux chemises colorées, mais surtout au franc-parler somme toute rafraîchissant pouvait espérer la victoire. Elle s’est révélée beaucoup plus décisive qu’on l’attendait. 

Dans son cas, on peut reconnaître que ce ne sont sûrement pas les médias, qui l’ont sollicité d’abondance au cours des quatre dernières années, ne serait-ce que pour faire une bonne «cote», parce que ces réflexions pouvaient détonner, qui vont s’en plaindre. 

À La Tuque, on peut dire que la lutte a été très serrée jusqu’à la fin entre Rémy Beaudoin, qui était identifié comme le dauphin de l’ancien maire Normand Beaudoin et Pierre-David Tremblay, jusque-là maire de la Bostonnais. C’est finalement ce dernier qui l’a emporté, mais par moins de trois pourcent des suffrages.

Le leitmotiv du maire sortant de Bécancour, Jean-Guy Dubois, de «bien faire et laisser braire» aura finalement eu raison de Martine Pepin, l’ancienne directrice générale de la Chambre de commerce du Cœur-du-Québec, qui s’était révélée une adversaire coriace en multipliant les reproches et les attaques. 

Au niveau des mairies, les électeurs de la région sont en général demeurés conservateurs, ou prudents, en reportant les maires sortants au pouvoir, mais en leur signifiant quand même, par un manque d’enthousiasme électoral, des réserves.