Dans un décor beaucoup plus coloré qu'il y a une semaine, les chefs, assis, formaient un cercle avec l'animateur, de façon à pouvoir s'affronter en duels et en débats à quatre.

Un petit dopant pour les candidats

Il faut espérer que les candidats aux élections dans les diverses circonscriptions de la Mauricie ont trouvé dans les performances de leurs chefs jeudi soir la dose suffisante d'amphétamine propre à leur apporter l'énergie, mais surtout le requinquage moral nécessaire pour travailler fort jusqu'au 7 avril.
Car ce n'est pas la météo prévisible qui est susceptible de les doper plus qu'il ne faut. À long terme, les prévisions météorologiques n'annoncent que de la grisaille et de la pluie jusqu'à la journée même des élections.
Une élection en été, c'est l'inévitable tournée des épluchettes de blé d'Inde, jusqu'à parfois en éprouver des malaises, qu'on ne décrira pas. Mais avec des élections au printemps, qui annonce le réveil de la nature, avec les nouveaux rayons d'un soleil souriant qui apportent des montées de chaleur qui mettent les gens heureux, les candidats ont la vie beaucoup plus facile.
Mais cette année, on se serait cru dans un janvier rigoureux et si les candidats pensaient se sucrer le bec dans les cabanes à sucre et s'en gorger de bonne humeur et de vitalité, c'est carrément raté.
Le dernier débat, peu importe le parti, si on oublie qu'il y a quelques conservateurs provinciaux cette année et un dernier carré d'onistes résignés dans la course, aura quand même eu le mérite de procurer un peu d'oxygène à ceux qui commençaient à en manquer.
Il suffisait vendredi d'écouter tous les «spin doctors» des différents partis pour se convaincre que leur chef avait très bien performé et, presque toujours, qu'il avait été le meilleur. Suffit maintenant aux candidats de s'en persuader. Tout le monde peut se justifier d'être reparti pour la gloire.
C'est, dans les circonstances, le meilleur dopant électoral qu'ils pouvaient espérer. D'autant que, en dehors des projets de société que contiennent les plateformes électorales des principaux partis, dont plus personne ne parle vraiment, les chefs et leurs lieutenants perroquets ont jeté en pâture pour dégustation collective, la pire potée électorale qu'on n'ait sans doute jamais concoctée.
Faite de restes indigestes, mais camouflés dans une sauce de fausses indignations. Le coulis est gras. Jamais on n'a autant parlé d'éthique que dans la présente campagne et jamais le discours électoral des uns et des autres n'en a eu aussi peu. Rien pour dissiper le cynisme généralisé des citoyens à l'endroit de la classe politique.
On sent d'ailleurs une certaine lassitude des électeurs qui s'impatientent, quand ils ne s'exaspèrent pas, de ne pouvoir aller aux urnes immédiatement, question d'enfin passer à autre chose. Depuis vendredi, on a d'ailleurs pu commencer à voter dans les collèges et les universités et les bureaux de vote par anticipation seront ouverts demain et lundi. Depuis qu'on ne demande plus de justification pour devoir voter à l'avance, les b.v.a. sont souvent pris d'assaut. Signe que pour une grande partie des électeurs, la cause est entendue et que leur choix est fait. Dommage pour ceux qui pensent avoir encore un peu de travail pédagogique à réaliser.
Il reste que cette descente verbale des derniers jours, avec toutes ses lanières bardées de toxines, comporte quelques avantages pour les candidats en manque d'inspiration. Ils peuvent répéter ces phrases assassines avec la conviction d'avoir du mordant. C'est du bonbon, surtout pour ceux qui pourraient de toute façon difficilement dépasser ce niveau de langage, sans que les idées s'embrouillent dans leur tête et que les mots pour les dire n'arrivent que difficilement. Il y en a plus qu'on pense.
Ça approvisionne aussi en arguments tous les partisans qui n'en ont pas beaucoup. Dans la dernière semaine, avec les dernières poussées de fièvre, l'esprit sommaire reprend ses droits. On en est là. Malgré tout, il faut reconnaître que tous les chefs ont été au moins de bon niveau jeudi et que les candidats, quels qu'ils soient, peuvent dans leurs prestations puiser une bonne dose de confiance et d'encouragement.
Les caquistes ont retrouvé leur Legault des grands soirs. Les partisans de Québec solidaire, leur David contre Goliath. Les péquistes n'ont pas de reproche à faire à leur Pauline. Et les libéraux sont rassurés avec un docteur Philippe presque téflon.
Tout le monde peut penser qu'il y a encore des gains à réaliser. Dans une campagne où le moindre point peut faire une différence, ça gardera le suspense jusqu'au 7 au soir. L'énigme électorale n'est pas encore résolue.