Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste
Jean-Marc Beaudoin

Un «pas de vagues» qui fera de la vague

CHRONIQUE / «Ça presse. Il faut faire quelque chose.»

S’il y a un homme qui connaît bien la rivière Saint-Maurice, puisqu’il la côtoie et la fréquente depuis toujours, qu’il l’admire même peut-on suggérer sans hésitation, c’est bien Richard Dober.

Ce n’était pas un cri désespéré, mais l’urgence d’agir qu’il a lancée vendredi matin sur le bord de la rivière, à la conférence de sensibilisation organisée par la Ville de Trois-Rivières.

À plus d’une reprise, le président du club de canotage Radisson a prévenu que si la situation ne changeait pas rapidement, on s’exposait à de lourdes conséquences et probablement à des accidents nautiques, comme cela s’est dramatiquement produit récemment entre deux motomarines, sur la rivière Nicolet.

La veille, c’est notre grande championne olympique en canoë-kayak, Laurence Vincent Lapointe qui lançait dans nos pages un cri d’alarme parce qu’elle craignait pour la sécurité de ces jeunes pagayeurs qu’on initie à la pratique du kayak.

Laurence Vincent Lapointe pointait en particulier les motomarines qui se livrent à toutes sortes de manœuvres aussi acrobatiques que périlleuses sans, semble-t-il, grand souci pour les dangers que cela comporte pour les usagers plus vulnérables de la rivière.

La cohabitation entre les différents types d’embarcation ou d’activités nautiques, surtout sur le bras occidental de la rivière, depuis toujours le plus prisé, est devenue compliquée depuis quelques années et de plus en plus une source d’incompréhension et de conflit entre certains usagers.

Avec une pandémie qui retient plus les gens dans leur région, mais aussi des canicules en cascades, la rivière est devenue un incroyable terrain de jeux. On assiste à une explosion de sa fréquentation.

Les amateurs de canot, de kayak ou de paddleboard (planche ou surf à pagaie) se sont multipliés en même temps que les embarcations motorisées de toutes sortes.

On a beau avoir développé un long couloir le long de la rive ouest pour protéger des autres usagers tous les sports à pagaie, le problème n’est pas réglé pour autant.

D’abord, les motomarines ne sont pas vraiment conçues pour la basse vitesse. C’est pour cette griserie de vitesse qu’on se les procure et pour y accomplir les plus incroyables pirouettes et voltiges. Elles sont devenues très populaires. Comme elles ont peu de tirants d’eau, elles peuvent s’aventurer un peu partout sur un plan d’eau. Et on le fait. Ce qui peut facilement compliquer la vie de planchistes ou de kayakistes, et de pas seulement qu’eux.

Le conseiller municipal Pierre Montreuil, qui est aussi président du comité de mobilité durable et de sécurité routière de la Ville, a parlé de réglementations à venir plus sévères sur la rivière. Il est même allé jusqu’à dire: «Pas de vagues».

Ça serait impossible pour les wakeboards, aussi en hausse de popularité auprès des jeunes adultes, avec projection puissante de musique à bord et esprit fêtard. Les wakes ont été conçus pour produire une forte vague à l’arrière afin d’y faire surfer celui que l’on tracte, comme autrefois on le faisait de skieurs nautiques.

On les voit peu dans le fleuve, mais beaucoup dans la rivière où ils transportent l’ambiance disco.

Si on en arrive à «pas de vagues», cela équivaudrait à leur expulsion de ce bras de rivière.

Est-ce que cela serait possible pour les autres embarcations motorisées? Peu de problèmes à entrevoir avec les pontons. Mais même au ralenti, beaucoup d’embarcations, comme les «cruisers» font un peu de vagues. Même si ceux-ci, par sens civique, s’éloignent en général des adeptes du canot et du kayak, leurs vagues ne meurent pas rapidement.

En fait, pour faire en sorte que la rivière reste calme, qu’elle perde les allures d’autoroute nautique qu’elle prend de plus en plus souvent, ce serait d’abaisser la vitesse autorisée à 10 kilomètres ou moins... comme dans le parc national des îles de Boucherville.

C’est probablement le modèle qu’a en tête le conseiller Montreuil qui a avoué vendredi que certains ne détesteraient pas transformer le delta en réserve verte...

Les embarcations motorisées ne sont pas exclues à Boucherville, mais elles doivent glisser très délicatement sur les bras d’eau autorisés.

La différence, c’est qu’à Boucherville, les canaux qui accueillent les plaisanciers sont relativement courts.

Entre l’embouchure de la rivière Saint-Maurice et la plage aux chiens, on doit compter entre cinq et six kilomètres. Même en s’en tenant à la protection du couloir des kayakistes, cela fait trois kilomètres à tenir presque morte la manette des gaz. C’est dur pour les impatients et c’est impossible pour les écervelés qui veulent épater la galerie.

Ça pourrait faire des vagues ce «pas de vagues», d’autant que beaucoup de membres de la marina de Trois-Rivières, qui vient de traverser une longue et laborieuse négociation pour enfin renouveler son bail, se demandent si on n’envisage pas éventuellement de les faire sortir de l’île.

Tout ce qui est motorisé... même les voiliers ont un moteur. L’élimination de l’aire d’entreposage des bateaux va justement en éliminer un certain nombre, les plus grosses embarcations.

Y a-t-il un agenda en ce sens, plus ou moins caché, à l’hôtel de ville? Ne posons pas trop fort la question.

Entre-temps, il faudra quand même régler le problème de la rivière Saint-Maurice. Avec une nouvelle marina à Trois-Rivières sur Saint-Laurent, l’agrandissement projeté de celle du Quai des Brasseurs, à Sainte-Angèle-de-Laval, et la multiplication prévisible des pratiques nautiques, il va y en avoir du trafic sur la rivière.

La rendre fréquentable à tous, c’est tout un défi.

Coup de cœur: On pourrait souhaiter bonne fête aux Américains, mais on va plutôt la souhaiter aux Trifluviennes et Trifluviens dont c’est aussi la fête.

Coup de griffe: Connaissez-vous quelqu’un qui n’aurait pas touché de PCU ou d’une quelconque aide financière fédérale? Si c’est le cas, prière de le faire savoir au PM du Canada.