François-Philippe Champagne

Un nouveau p’tit gars de Shawinigan?

CHRONIQUE/ Avec la nomination de François-Philippe Champagne à la prestigieuse responsabilité de ministre des Affaires étrangères, on peut se demander si on n’est pas en train de façonner un nouveau P’tit gars de Shawinigan.

Le député de Saint-Maurice–Champlain est à l’évidence une étoile montante au sein du gouvernement libéral de Justin Trudeau et son ascension a été fulgurante.

Bon communicateur et généreux de sa personne, il s’est rapidement imposé comme l’un des plus fiables piliers de l’actuel gouvernement. Et en le faisant accéder au poste de ministre des Affaires étrangères, son chef le positionne assez directement comme un aspirant crédible et sérieux à une future direction du PLC.

Certes, il n’est pas le seul à occuper un portefeuille d’importance susceptible de servir de tremplin pour l’avenir.

C’est notamment le cas de Chrystia Freeland qui devient entre autres vice-première ministre et qui n’a jamais caché entretenir des espoirs de devenir un jour première ministre du Canada.

Certains ont souvent avoué voir aussi un jour à la direction du pays le ministre Champagne. Ce dernier n’a jamais nié ou confirmé nourrir de telles intentions. Il s’est chaque fois contenté de répondre sagement à cette perspective par un sourire... diplomatique.

Personne ne lui reprochera d’avoir, si c’est le cas, de légitimes ambitions politiques et ce n’est pas Jean Chrétien qui craint d’en avoir de l’ombrage, puisqu’il se fait tout éloge chaque fois qu’il parle de lui.

On ne peut que se réjouir de l’importance politique qu’acquiert François-Philippe Champagne et du rayonnement pancanadien et à travers le monde qui l’accompagnera.

Reste que si on était un peu égoïste, on aurait peut-être mieux souhaité qu’il demeure ministre de l’Infrastructure et des Collectivités.

On a pu apprécier dans la région, outre sa grande disponibilité, l’ampleur du chéquier qu’il possédait et dont il s’est servi avec jugement, bien sûr, mais aussi grande générosité. On ne compte plus le nombre de projets qui ont été soutenus financièrement par son ministère en à peine quinze mois.

S’il avait été reconduit à l’Infrastructure et aux Collectivités, on aurait eu l’impression que le robinet fédéral allait continuer de couler.

Si dans la région, on avait pu exprimer notre préférence, il y a un autre ministère qui aurait très bien fait l’affaire, car il aurait grandement servi les intérêts régionaux.

C’est le ministère des Transports.

Titulaire de ce ministère, François-Philippe Champagne n’aurait pas eu grand choix autre que de confirmer l’arrivée du fameux train à grande fréquence entre Québec et Montréal, avec arrêt à Trois-Rivières.

Après la coûteuse étude de préfaisabilité qui devrait être déposée l’an prochain, la région aurait exigé de lui qu’il passe au concret. Disons que comme il s’est peinturé souvent en faveur du projet, il aurait été attaché pas mal fort.

Mais comme ministre des Transports, il se serait aussi fait fortement tordre le bras pour qu’il aille plus loin avec l’aéroport de Trois-Rivières qu’une subvention pour un nouveau bâtiment. On lui aurait demandé de doter enfin l’aéroport des équipements et des ressources nécessaires pour que s’y organisent des vols internationaux de passagers... au moins vers le sud.

Ça ne serait pas arrêté là. Le port aussi est sous l’autorité du ministère fédéral des Transports.

Il lui aurait été impossible de se soustraire à l’affirmation qu’il a faite juste avant le déclenchement des élections qui autoriserait le Port de Trois-Rivières à réaliser son fabuleux projet de «waterfront» avec tours d’habitation et espaces administratifs et commerciaux, un genre de Dubaï-sur-Saint-Laurent.

Mais bon! Le député de Saint-Maurice–Champlain est ministre des Affaires internationales.

On le laissera bien s’envoler à tout bout de champ pour l’étranger, mais entre deux atterrissages au bout du monde ou ailleurs, on va lui rappeler ses promesses et lui présenter toutes les nouvelles attentes. On va lui demander, à défaut d’être titulaire des ministères décisionnels, d’exercer l’influence au sein du gouvernement que lui confèrent ses prestigieuses fonctions pour faire aboutir les projets régionaux.

Pour le reste, François-Philippe Champagne a toutes les qualités requises pour bien s’acquitter de son mandat aux Affaires étrangères. Il est taillé sur mesure pour remplir cette fonction.

Avant son entrée en politique, il a eu une grande carrière à l’international au sein d’entreprises multinationales comme ABB, dont il a été un vice-président, ou Amec. Il a vécu dans plusieurs pays et sur différents continents et parle plusieurs langues.

Il lui faudra beaucoup de doigté pour regagner le siège que le Canada a perdu au conseil de sécurité de l’ONU. Il lui en faudra au moins autant pour renouer de bonnes relations avec la Chine, rétablir un honnête dialogue avec la Russie, faire décolérer l’Arabie Saoudite et ramener une meilleure humeur à l’Inde à l’endroit du Canada... sans vider la garde-robe de déguisements folkloriques indiens qu’appréciait tant son chef.

On peut penser qu’avec son nouveau ministre, le Canada va reprendre des positions dans son statut dans le monde.

Le Canada a besoin de ce nouveau p’tit gars de Shawinigan pour y arriver. Mais Shawinigan et sa région, aussi.

Pour ce qui est d’un éventuel couronnement comme PM du Canada, il est un peu tôt, pas pour y penser, mais pour en parler.

Jean Chrétien a bien mis trente ans pour y arriver. François-Philippe Champagne peut bien y mettre... une quinzaine d’années.

Coup de cœur: Nos collèges se distinguent souvent. Cette semaine, c’est le Cégep de Trois-Rivières qui mérite un gros coup de chapeau pour s’être classé premier au Québec et deuxième au Canada pour ses activités de recherche.

Coup de griffe: Saint-Élie-de-Caxton devrait prêter ses carrioles qui ne servent plus à Saint-Barnabé qui ne déneige pas et, pour un temps, peut-être s’échanger leurs maires.