Yvon Deshaies

Un maire qui plane... wow!

Remarquez que cela pourrait expliquer bien des choses.
Le maire de Louiseville, Yvon Deshaies ne manque pas de couleur, tant dans ses choix vestimentaires qui peuvent paraître excentriques à plusieurs, avec ses petits chapeaux, ses noeuds papillon assortis aux couleurs de ses chemises flamboyantes, qu'en raison de certaines de ses déclarations pour le moins ahurissantes. Comme vouloir rétablir la peine de mort, promettre d'arracher son niqab à la première musulmane qui osera le porter sur les trottoirs de Louiseville ou se confondre en admiration en se décrivant comme le plus grand des groupies du président américain Donald Trump.
«Yvon, c'est Yvon!», se sont, à peu près, résumés à commenter la plupart des membres de son conseil municipal. 
Combien de fois on s'est dit qu'il en avait sûrement fumé du bon pour tenir les propos qu'il tenait ? On était peut-être moins dans le champ qu'on ne le croyait. 
On connaît l'histoire. À des ados, lors d'un match de hockey à l'aréna, auxquels il donnait son opinion sur la légalisation de la marijuana, Yvon Deshaies en a mis plus que les jeunes n'en attendaient, se proclamant ardent consommateur, contraint de fumer en cachette et impatient que le pot soit légalisé pour enfin pouvoir s'allumer un «pétard» dans son bureau de maire.
«Si c'est pas "in" ça ! Cool man»! Une simple blague, se défendra-t-il par la suite, quand il découvrira qu'il avait été enregistré par le cellulaire auquel il s'adressait pourtant très directement et que la vidéo circule maintenant largement. 
Difficile de nier quand on se reconnaît bel et bien dans les images, sans montage, sans truquage et qu'on risque même de devenir une gloire, éphémère sans doute, mais bien réelle sur Youtube.
«C'est un geste toto de ma part.» Ne vous excusez pas monsieur le maire. Ce qui était «toto», c'était de vouloir faire le trop grand gentilhomme, le maire qui comprend les jeunes, qui parle comme eux, qui vit les mêmes expériences qu'eux, qui peut être de la gang.
Pour tout autre maire, un tel impair risquerait de se révéler catastrophique en année d'élections au municipal. Les adversaires sauteraient sur l'affaire pour faire tourner au maximum le canif dans la plaie. 
Peut-être parce qu'il nous a habitués à toutes sortes d'extravagances et parce qu'on ne lui soupçonne pas de malice, tout le monde a jusqu'ici été plutôt complaisant à son endroit. On a plus le goût de sourire que de s'offusquer d'un aveu aussi naïf de sa part, même s'il prétend que c'était simplement une mauvaise blague. 
Faut le croire quoique... C'est suspect. Yvon Deshaies a été rapide à espérer l'établissement dans les limites de sa ville d'une production de cannabis thérapeutique. Peut-être parce qu'il souhaite s'y approvisionner directement, sans intermédiaire, afin de se soulager à bon prix d'une douleur persistance à l'épaule, à la suite d'une chute dans le stationnement de l'église. Un prétexte pour des envolées lyriques? 
Qu'il n'ait pas eu la patience d'attendre la législation fédérale qui légalisera la consommation de marijuana à travers le Canada, dans le fond, on s'en fout. Qu'il tire son petit joint en cachette, cela pourrait ne le rendre qu'un peu plus sympathique.
Au moins, on se dirait lorsqu'il fait une déclaration incendiaire qu'il devait être sur un buzz.
L'indolence avec laquelle a été accueillie la divulgation de la vidéo compromettante prouve surtout une chose. Non pas qu'on peut tolérer toutes les excentricités tant qu'elles viennent du maire de Louiseville, mais qu'il y a une acceptation sociale assez élevée maintenant sur la consommation de la marijuana, qu'on en fume déjà ou pas et sur sa prochaine légalisation.
Il y a comme un haussement d'épaules collectif sur cette question. 
Il faut dire que même si le cannabis n'est pas encore légalisé, on en est à la quatrième, si ce n'est cinquième génération de consommateurs. Voilà plus d'un demi-siècle qu'on se passe le joint entre connaissances ou amis... sans trop se soucier du regard des autres. 
Qu'on en use ou pas, le niveau de tolérance à sa consommation s'est considérablement élevé. On en est presque à sa banalisation.
On ne croit plus que le cannabis puisse être un produit hautement dangereux pour la santé, qu'il puisse générer des comportements troubles ou qu'il ne soit qu'une introduction à des drogues beaucoup plus dommageables.
Bien sûr, plusieurs études nous préviennent que sa consommation, surtout si elle est abusive, peut causer des problèmes, cognitifs entre autres. Tout comme la bière ou le vin.
Légalisation ou pas, ceux qui apprécient le produit ne s'en privent pas, car ils ne manquent pas de fournisseurs. 
Malgré tout, même si en s'étirant le cou, il est assez facile de repérer dans les lieux publics ou dans les cabinets des établissements licenciés des fumeurs de pot ou d'en renifler involontairement à l'occasion leurs volutes, on reste quand même assez discret au Québec. Les usagers se sont gardé une petite gêne. 
Mais n'allez pas à Vancouver. Il y a même, vers 16 h, le «pot hour». On vide les bureaux pour aller tirer sa touche à l'extérieur au vu et au su de tout le monde, sans crainte de représailles patronales ou policières.
Peut-être finalement, notre coloré maire de Louiseville est-il un précurseur, un visionnaire. Alors, laissons-le planer.
Coup de coeur
Il n'y a pas que le maire de Louiseville, le Cirque du Soleil sera lui aussi Stone cet été. 
Coup de griffe
Il y a un ministre des Transports qui aura intérêt à ne plus aller se coucher sans pelle à neige au pied du lit.