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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste
Jean-Marc Beaudoin
Reste que pendant qu’on va s’inquiéter de basculer dans le rouge, on aura quand même un intérêt à écouter Chrystia Freeland et à prendre connaissance de l’ampleur de son rouge budgétaire... de notre rouge communautaire.
Reste que pendant qu’on va s’inquiéter de basculer dans le rouge, on aura quand même un intérêt à écouter Chrystia Freeland et à prendre connaissance de l’ampleur de son rouge budgétaire... de notre rouge communautaire.

Un lundi sombre?

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CHRONIQUE / Quand la ministre canadienne des Finances, Chrystia Freeland, présentera lundi ses prévisions budgétaires, l’attention en Mauricie et au Centre-du-Québec risque fort d’être détournée.

Plus que l’ampleur assurément vertigineuse du déficit budgétaire fédéral, l’intérêt des Mauriciens et des Centricois, en raison des craintes qui s’y rattachent, devrait davantage porter sur les statistiques concernant les nouveaux cas de COVID recensés dans la région au cours du week-end.

Ces données régionales sont toujours diffusées en milieu d’après-midi.

Alors qu’avec l’Estrie, on semblait être devenus au Québec les bons élèves dans l’application des mesures qui font barrière au plus sournois et agressif des virus qu’on ait connus, qu’il serait plus juste d’appeler le «déviant», on a été secoué ces derniers jours par la montée fulgurante des nouveaux cas.

Du coup, la Santé publique nous a prévenus qu’on était désormais en probation sous très haute surveillance... question de jours si on ne rentre pas dans le rang.

Sauf que quand on apprend que l’Ontario, qui semble déjà avoir échappé toute maîtrise sur la pandémie, pourrait rapporter jusqu’à 18 000 cas par jour en mai (c’est pas très loin), il n’y a là rien pour nous rassurer.

Si proche voisin, on se demande bien comment on pourrait ne pas être aussi submergé par cette troisième vague. On ne parlera bientôt plus, du moins en Ontario, de déferlante, mais de tsunami. On est encore loin de Gibraltar, où toute la population (très petite, il est vrai) est déjà vaccinée, même deux fois.

Alors, lundi, on va être nerveux.

Reste que pendant qu’on va s’inquiéter de basculer dans le rouge, on aura quand même un intérêt à écouter Chrystia Freeland et à prendre connaissance de l’ampleur de son rouge budgétaire... de notre rouge communautaire.

Ça fait quand même deux ans qu’on n’a pas déposé de budget à Ottawa.

C’est un budget qui fera histoire parce que ce sera le premier signé par une femme comme ministre des Finances du Canada... et, pauvre Chrystia (et pauvre nous aussi), d’une hauteur déficitaire inégalée.

On saura enfin si on dépasse les 400 milliards $ pour le seul exercice 2020-21 et jusqu’où on prévoit le creuser dans l’année qui vient et dans celles qui vont suivre.

On sait que ce budget devra avoir une grande saveur électorale puisqu’il est peu probable que le gouvernement, minoritaire, ne doive pas, ou ne souhaite pas, aller en élections d’ici un an.

Dans un tel contexte de séduction obligée, le budget devrait contenir une volée de peppermints, ce que Trudeau père appelait des «candies», mais qu’on appellera plutôt plus sobrement plan de relance économique.

Sauf qu’au gouvernement, on s’attendait d’entrer en post-pandémie et les données statistiques nous font présentement croire que la troisième vague va se prolonger et qu’elle pourrait se révéler plus dommageable que les précédentes.

Or, depuis un an, la pandémie a coûté un milliard $ par jour au gouvernement canadien en mesures de soutien de toutes sortes et en pertes de revenus.

Si on doit continuer à ce rythme, on peut se demander où il pourra trouver l’argent pour ajouter peut-être jusqu’à 100 milliards $ en stimulants pour relancer au maximum l’économie canadienne.

On aura donc quand même intérêt à vérifier s’il y a des retombées directes pour la région et en particulier, si certains dossiers, depuis longtemps revendiqués, pourraient enfin débloquer.

À Trois-Rivières, par exemple, on parle depuis longtemps du port avec son grand projet de «waterfront».

Il y a bien sûr la reconstruction de l’aérogare à l’aéroport, déjà approuvée par le ministre François-Philippe Champagne, mais qui ne parvient pas à se rattacher à un programme d’aide fédéral.

Il faudra aussi vérifier si la subvention de 15,6 millions $ pour le sanctuaire de Notre-Dame-du-Cap, l’équivalent de ce que Québec a consenti, et promise par Ottawa, sera inscrite au budget fédéral de lundi.

Enfin, il y a cet éternel projet d’un train de passagers entre Québec, Trois-Rivières, Montréal et Toronto, sur lequel on devrait être fixé.

À la veille des dernières élections fédérales, on nous avait annoncé... une «étude» de 71 millions $. Elle est terminée. Faut passer au train.

Le ministre Champagne s’est échiné ces derniers temps à tenter de faire une coalition entre Québec, Trois-Rivières, Montréal et Toronto pour réclamer le TGF.

C’est louable, mais ça peut être mauvais signe, en ce sens qu’il a probablement compris qu’il doive faire une forte pression pour ne pas que le projet, ou une partie de celui-ci, reste en gare.

C’est que Michael Sabia, nouveau sous-ministre aux Finances, vient à peine de suggérer de mettre de l’avant le tronçon Montréal-Toronto, peut-être même en modèle Train à grande vitesse, et d’oublier celui de Québec-Trois-Rivières-Montréal, même en version TGF, en raison d’une rentabilité moins acquise.

Ça fait tellement longtemps qu’à Trois-Rivières on pousse sur ce projet sans qu’il ne parvienne à aboutir qu’on y croit de moins en moins.

Dans certains milieux, on va jusqu’à souhaiter que le projet de TGF ne soit pas inscrit au budget, parce qu’on est convaincu que ce ne serait que de la frime électorale, une illusion de plus.

Ce qui est sûr, c’est que s’il n’y a rien de prévu en ce sens au budget, ce sera le déraillement du projet.

Alors oui, ce sera un gros lundi pour la région. Un lundi sombre?

Coup de coeur: Un bon prétexte pour tromper la pandémie: vérifier, par soi-même, en y goûtant, pourquoi le Sophia de la Distillerie du Quai de Bécancour a été proclamé meilleur «gin» au monde. Il faut parfois accepter de se sacrifier.

Coup de griffe: Après les présidents Boris Johnson, de Grande-Bretagne, Donald Trump, des États-Unis et Jair Bolsonaro, du Brésil, qui ont tous attrapé la COVID après n’y avoir pas cru, voilà qu’un illustre Beauceron, Maxime Bernier, chef du Parti populaire du Canada, s’autoproclame à son tour invincible. Qu’est-ce qu’on devrait lui souhaiter?