Andrew Scheer a lancé la campagne du Parti conservateur du Canada à Trois-Rivières sous un ciel nuageux mercredi.

Un homme, son chef et des maths

CHRONIQUE / Peut-être que les stratèges conservateurs auraient-ils dû laisser savoir que pour ceux qui viendraient au parc portuaire acclamer, ou faire semblant, leur chef Andrew Scheer, le lunch serait gratuit.

Probablement qu’à ce moment-là le traiteur Grill Express aurait pu manquer d’ailes de poulet, de tronçons de saucisses et de chips. Non ce n’était pas dans l’air du temps. Ce n’était pas vraiment végane.

Mais c’était gratuit et si cela avait été su, tout le centre-ville aurait pu aller s’y sustenter aux frais du PCC ainsi que les nombreux résidents des vieux quartiers voisins.

Ça aurait fait toute une foule. Ça n’a pas été le cas, loin de là.

Certains minimalistes ont évalué l’assistance à 200 personnes. Les plus euphoriques, à près de 500. Si on enlevait les candidats et leurs proches collaborateurs, les responsables de la sécurité et les journalistes, qui ne faisaient que leur devoir, il restait peut-être difficilement 200 sympathisants ou curieux.

Surtout des supporteurs d’Yves Lévesque d’ailleurs, qui pour beaucoup d’entre eux sont d’anciens libéraux connus. Donc des lévesquistes plus que des libéraux réformés en conservateurs.

On se serait d’ailleurs attendu à ce qu’une majorité des 78 candidats conservateurs au Québec s’y présentent, avec de grosses équipes d’accompagnement et même quelques longs autobus remplis de militants survoltés. Pour que les «Andrew, Andrew, Andrew» ou encore «On bloque, on bloque le PLC» que l’on scandait comme des cris de ralliement soient entendus partout, au moins dans la basse ville et au-delà du fleuve, jusque dans les terres de Plamondon.

On le sait. Un ciel si gris et bas qu’un canard s’y serait pendu, comme dirait Brel, a forcé l’avion du chef conservateur à atterrir à Québec plutôt qu’à Trois-Rivières.

Malgré tous les efforts d’Alain Rayes pour voir sur le coup de midi un ciel aussi complice qu’annonciateur d’embellie conservatrice, qui se serait dégagé pour devenir tout bleu, le plafond nuageux était résolument gris, le soleil plus que timide et c’est au galop que la foule a plus tard déguerpi, un orage sévère forçant le chef conservateur à remonter dans son autobus de campagne pour ne pas être balayé par le mauvais temps. Cela dit pour ceux qui se plaisent à décoder des messages dans les événements.

Pour un lancement de campagne qu’on voulait aussi symbolique qu’éclatant, le Parti conservateur n’a pas vraiment réussi mercredi midi à épater la galerie.

Dommage dans un sens parce que, de mémoire, c’était la première fois qu’une campagne électorale fédérale était lancée à partir de Trois-Rivières. Il y avait là quelque chose d’historique.

On a même vu des campagnes fédérales où des chefs de grands partis ne s’étaient jamais arrêtés à Trois-Rivières. Il faut dire que d’une mare à l’autre, le Canada c’est long… et Trois-Rivières, un petit point sur la carte, surtout quand l’espoir électoral n’y est pas.

Mais là, depuis l’été, Jagmeet Singh en est à son troisième passage dans la région. Le chef libéral Justin Trudeau en était vendredi à sa deuxième visite et Andrew Scheer, après avoir assisté au lancement de campagne de son candidat, porté le chapeau de cow-boy à Saint-Tite, en était aussi à sa troisième présence, ce qui est énorme pour un chef conservateur.

C’est assez indicatif des espoirs que ces partis nourrissent pour un ou l’autre des comtés de la région. Seul le chef bloquiste ne s’y était pas encore officiellement présenté jusqu’à ce vendredi. Il avait sans doute ses raisons… On se doute bien qu’il y vient quand même fréquemment, ne serait-ce que pour retrouver de temps en temps sa blonde à Shawinigan.

On s’est demandé pourquoi les stratèges conservateurs avaient choisi Trois-Rivières pour y amorcer avec le chef leur campagne nationale. Parce qu’Yves Lévesque est un bon symbole pour envoyer comme message aux électeurs québécois qu’on a recruté des candidats connus au Québec et que le parti va vraiment y faire des gains?

Ou parce qu’Yves Lévesque a besoin d’un bon appui d’en haut pour remporter une circonscription qui ne lui est pas tout à fait acquise?

Pour faire une histoire courte, ce n’est pas Lévesque qui a demandé ce coup de pouce. Mais il a été ravi d’apprendre que ça se passerait ainsi, bien que cela ait laissé insuffisamment de temps à son équipe pour organiser un vrai gros déploiement de foule pouvant impressionner Andrew Scheer.

Il reste que pour Yves Lévesque, le fait que son chef ait été présent à sa soirée de lancement de campagne et qu’il ait choisi ses terres pour partir la campagne nationale conservatrice, envoie de bons signaux sur l’importance qu’il pourrait avoir dans un éventuel gouvernement conservateur... Si, si et si...

On l’a vu cette semaine avec la publication des résultats d’un sondage Mainstreet commandé par Le Nouvelliste. Au signal de départ, les conservateurs accusent un retard d’un peu plus de sept points sur leurs rivaux libéraux dans Trois-Rivières.

Dans l'organisation d'Yves Lévesque, on a pris acte des résultats, mais on demeure toujours très confiant. On y fait des mathématiques.

Leur calcul est simple. Yves Lévesque obtenait plus ou moins 50 pour cent des votes au municipal. Avec un peu de pertes, on présume qu’il en resterait 35 pour cent.

C’est vrai que la circonscription fédérale de Trois-Rivières englobe tout le bas du Cap, où il ne faisait pas ses 50 pour cent. C’est largement compensé par Trois-Rivières et la partie de Trois-Rivières-Ouest comprise dans le comté, où il obtenait ses majorités.

À la différence du municipal, au fédéral il y a en plus des bureaux de vote dans les résidences de personnes âgées... une clientèle que ses organisateurs lui évaluent favorable.

On ne peut plus vraiment dire, comme on le suggérait du temps qu’il était maire, qu’en plus du vote de ceux qui l’apprécient il obtiendrait celui de ceux qui ne l’aiment pas parce qu’ils pourraient ainsi se débarrasser de lui en l’envoyant à Ottawa. Ce n’est plus bon comme déduction, il n’est plus maire.

Avec 35 pour cent, ce serait suffisant. Robert Aubin a remporté le comté en 2015 avec 31,74 % des suffrages exprimés. Ça reste des maths… Et c’est justement ce que Mainstreet accorde en ce moment à Valérie Renaud-Martin.

Coup de griffe

Saint-Tite devrait offrir à Alain Roy et à la SPCA de Montréal de monter un taureau sauvage... pour analyser où est le stress.

Coup de cœur

Au Festival de Saint-Tite pour son succès et le rayonnement qu’il apporte à la région.