Un bon débat, mais qui ne change rien (vidéo)

Même s'il n'a pas été explosif, le grand gagnant du débat a probablement été le débat lui-même. Il est resté plutôt sobre et presque serein. On redoutait qu'il glisse dans la hargne, tant la campagne a été forte en émotivité et tant il apparaissait nécessaire à la plupart des chefs de faire plus que de sauver les meubles, mais de marquer des points décisifs. Les coups bas allaient pleuvoir.
Cela ne s'est pas produit.
On est peut-être resté trop poli finalement pour espérer qu'un nouveau souffle soit donné à la campagne, en particulier de la part des partis qui tirent de l'arrière et qui avaient besoin de secouer l'électorat, comme c'est notamment le cas pour la Coalition avenir Québec, ou de grignoter de nouveaux points dans les intentions de vote pour Québec Solidaire.
François Legault a repris ses grandes lignes de campagne comme la nécessité de réduire les taxes des contribuables, promis comme toujours d'abolir les commissions scolaires, de sabrer dans les effectifs administratifs gouvernementaux et bien sûr, de créer des emplois, ce qui est devenu comme engagement le plus grand dénominateur commun de tous les chefs. Mais c'était un discours entendu et on ne peut voir en quoi il a pu stigmatiser ses troupes au point de ramener les déserteurs, nombreux dans ses rangs.
Peut-être parce que François Legault ne savait plus qui de Pauline Marois ou de Philippe Couillard il lui fallait maintenant attaquer, il n'en a déstabilisé aucun.
Sauf peut-être dans le dernier segment, la chef péquiste, qu'il a poussée dos au mur sur la question de la tenue, oui ou non, d'un référendum dans les quatre prochaines années. Mme Marois n'a jamais répondu directement à la question, esquivant son assaut en répétant que le référendum aura lieu lorsque les Québécois seront prêts.
Le chef caquiste, sur ce point, a peut-être servi davantage les intérêts du chef libéral Philippe Couillard, qui ne ratait par ailleurs pas une occasion de ramener le sujet dans le débat.
La première ministre a eu beau tenter de se faire rassurante, en disant qu'elle allait d'abord consulter les Québécois et que le référendum «ne se ferait quand même pas de nuit», on a tous compris qu'elle refusait de fermer la porte sur ce projet.
Ceux qui avaient cru qu'elle allait profiter du débat pour faire une déclaration solennelle sur un engagement à n'en pas tenir un dans un prochain mandat auront été déçus. Mais une telle promesse, qui aurait ébranlé ses propres troupes, aurait été perçue comme un racolage électoral désespéré et il aurait été improductif.
Mme Marois a bien tenté de ramener dans la campagne la question de la charte sur les valeurs québécoises, mais elle a été débordée par les interventions des trois autres chefs. Elle a défendu avec force le bilan de son court gouvernement. On voulait confirmer son slogan de «déterminée» et la présenter comme une femme forte. Il y avait risque à certains moments qu'on la trouve déchaînée.
Elle est plutôt apparue comme une femme politique parfaitement aguerrie. Sa prestation aura sans doute plu à ses partisans. Il lui fallait cependant aller plus loin pour reprendre ce leadership de la campagne qui lui a échappé. Il lui fallait convaincre les Québécois qu'il est nécessaire de lui apporter un mandat majoritaire.
Le chef libéral Philippe Couillard, compte tenu de son avance présumée, aurait dû être l'objet des tirs regroupés de ses adversaires. On ne peut pas dire qu'il a été malmené. On ne lui a pas vraiment porté de coups assassins, même si la coporte-parole de Québec solidaire, Françoise David a bien tenté quelques jabs sur son passage au privé et sur les cliniques médicales privées qu'il projette d'instaurer.
Le chef libéral avait presque toujours le doigt accusateur en l'air, pointé constamment sur la chef péquiste, mais il a pris bien garde d'élever la voix. Il a en ce sens bien manié le verbal et le non verbal. Il s'est appliqué à projeter l'image de la force tranquille, de ce «bon père de famille» qu'il promet d'être pour les Québécois et a cultivé son apparente stature d'homme d'État.
L'émotion n'y est pas vraiment avec lui, mais le ton est probablement efficace. On voit difficilement ce qu'il aurait pu dire ou faire qui lui ait valu jeudi une perte d'appuis chez les électeurs qu'il a acquis à son parti depuis le début de la campagne. C'était son défi.
Quant à Françoise David, qui ne manque généralement pas de mordant, elle n'a pas retrouvé la spontanéité et la fraîcheur qu'elle avait apportée au débat de 2012. On sait que ce n'est pas ce qui compte, mais en plus, la robe noire avec manches transparentes qu'elle avait choisi de porter, faisait presque mortuaire.
C'est globalement un match nul, en ce sens que personne n'a vraiment perdu de points. Mais personne n'en a gagné non plus. C'était quand même un peu pour cela qu'on était au débat. Pas pour simplement faire de la pédagogie.