Donald Trump aurait pu faire un petit détour en Mauricie pour serrer la main du maire de Louiseville, Yvon Deshaies.

Trump... autant en rire!

Le chicanier international en chef est arrivé vendredi à La Malbaie pour le sommet du G6-plus-lui qu’il quittera ce samedi sans avoir prévu un arrêt dans la région.

On mesure là l’ampleur de son ingratitude.

Donald Trump avait deux bonnes raisons de se permettre un petit détour en Mauricie.

La première, il aurait pu enfin serrer la main d’un élu québécois, probablement le seul, qui l’admire: Yvon Deshaies, le maire de Louiseville.

C’est une rencontre qui aurait au moins comblé la moitié des besoins de son imbue personnalité, soit les louanges. Le maire Deshaies n’aurait certainement pas hésité à se transformer, sans grands efforts, en thuriféraire exemplaire.

Le lendemain de son élection présidentielle, pour ne prendre aucun risque, il avait rédigé pas moins d’une quinzaine de lettres de félicitations qu’il a expédiées à autant d’adresses aux États-Unis pour s’assurer que son idole Trump en lise au moins une.

On n’a pas su que le maire Deshaies n’ait encore reçu à ce jour le moindre accusé de réception.

Bien sûr, ce dernier avait un peu justifié son geste par le fait que l’économie de sa ville repose beaucoup sur la fabrication de meubles. La région compte au-delà de 80 entreprises reliées à la fabrication de meubles, dont la majorité sont concentrées à Louiseville et dans la MRC de Maskinongé.

Leurs expéditions aux États-Unis approchent les deux milliards de dollars. Le maire Deshaies avait probablement flairé les sautes d’humeur de son préféré et sa propension qui se confirme à tout sanctionner ce qui n’est pas américain.

Qui sait? C’est peut-être pour cela que les exportations de meubles ont été épargnées de tarifs douaniers. Sauf que Trump promet une nouvelle salve de droits punitifs...

Mais on s’entend que le maire Deshaies était avant tout un fan avéré de Trump en qui il a réitéré en quelques occasions depuis sa haute cote d’affection. Si leur rencontre au sommet avait eu lieu, peut-être le maire aurait-il pu offrir à Trump comme produit local un échantillon de sa future usine de pot. À dessein thérapeutique ou pas, cela n’aurait pu qu’améliorer celui-ci.

L’autre raison, elle est historique.

On sait maintenant que Donald Trump s’intéresse à l’histoire, même si c’est avec une certaine confusion. Il a reproché plus tôt cette semaine aux Canadiens d’avoir incendié la Maison-Blanche en 1812. D’abord, c’était en 1814 et l’assaut avait été porté par les troupes britanniques cantonnées dans le Haut-Canada.

Or, le jour de son arrivée, c’était l’anniversaire de la bataille de Trois-Rivières. Il lui fallait célébrer l’événement. Il est vrai que ce fut une cruelle défaite pour ceux qui allaient bientôt devenir des Américains.

On connaît l’histoire. Au petit matin du huit juin 1776, les Bostonnais se sont fait canarder pas à peu près au pied de la Côte Plouffe (déjà surnommée côte à Deux-Fesses). Leur guide, un certain Antoine Gauthier, cultivateur de Pointe-du-Lac, sommé de guider les troupes d’invasion à Trois-Rivières, leur avait fait emprunter ce qui allait devenir le chemin Sainte-Marguerite, rallongeant leur parcours. Cela avait permis de prévenir de leur arrivée la garnison britannique installée à Trois-Rivières. Rien en principe à commémorer pour Trump. Sauf qu’il faut savoir que les Bostonnais étaient accompagnés dans leur offensive par le First Canadian Regiment et que bien que les Britanniques aient constitué des milices locales, près d’un milicien sur cinq était plutôt sympathisant des présumés «rebelles». Ils faisaient avec, mais n’aimaient pas les Anglais. Ce n’est pas d’aujourd’hui…

D’ailleurs, c’est même un capitaine de milice, François Guillot dit Larose, qui conduisit à Pointe-du-Lac les troupes d’invasion débarquées quelque part entre Yamachiche et Pointe-du-Lac. Il faut dire que ledit Larose était un marchand de… Louiseville. Il a été aidé dans son travail par Pierre Dupaul, un cabaretier de Yamachiche.

Ça mérite d’un peu de reconnaissance. Il faut savoir qu’il y avait un grand courant de solidarité qui avait cours au Québec à l’égard de la révolution américaine qui avait expulsé les Britanniques de leur territoire. Moins d’un mois après la bataille de Trois-Rivières, les Provinces-Unies de l’Amérique septentrionale proclamaient leur indépendance et devenaient les États-Unis d’Amérique.

Il est vrai que Trump n’a pas la réputation d’être un bon payeur. S’il était venu ici rendre quelque hommage, on en aurait sans doute profité pour lui remettre une petite facture en souffrance.

À l’issue de la bataille du huit juin, les Ursulines ont soigné, logé et nourri une vingtaine de soldats américains blessés au combat. Leur réclamation pour ce travail et ces dépenses, environ 130 $ à l’époque, malgré bien des promesses, n’a jamais été acquittée. L’historien trifluvien Daniel Robert évaluait déjà, en 1980, qu’elle s’établirait à 20 millions $.

À moins que Trump ait été effarouché par l’idée de rencontrer ici Marco Gauvin, le président de la succession Gagnon.

Parti aux États-Unis au début du 19e siècle, Gilbert Gagnon fit fortune dans les mines et l’immobilier. On évalue qu’à sa mort dans le Montana, il laissa une fortune de 50 millions$, spoliée par le gouvernement américain.

Au nom des héritiers québécois, Marco Gauvin réclame en vain au gouvernement américain, depuis de nombreuses années, le remboursement de cet héritage évalué aujourd’hui à... 5 milliards$.

Le Québec a peut-être failli devenir la 14e colonie américaine. On en serait un peu puni aujourd’hui en ayant comme président un certain Donald Trump. Quoique... l’État du Québec n’aurait certainement pas voté pour lui. Il ne serait donc pas devenu président des USA.

Coup de cœur: À Trois-Rivières qui deviendra ce week-end une véritable capitale de l’élégance et de la grâce, mais surtout de la danse, pour une 24e fois, grâce à Claire Mayer et à son unique Festival Danse Encore.

Coup de griffe: Un G-7 sans manifs... dévastatrices. Où s’en va la démocratie? Les manifs animées, c’est comme un off festival. C’est ce qui donne du crédit à l’événement. C’est ce qui lui confère de l’importance. Ce qui l’internationalise, dans les médias.