Fred Pellerin

Tous ruraux avec Fred

«Tous ruraux?»

Ça se pourrait bien. C’est du moins ce que veut parvenir à faire accepter notre célèbre conteur mauricien.

Fred Pellerin a accepté, avec autant d’empressement que d’enthousiasme débordant, à devenir le parrain, ou l’ambassadeur si on préfère, du mouvement «Tous ruraux» initié par Solidarité rurale du Québec.

On a procédé mercredi, à Québec, après en avoir fait l’annonce un peu plus tôt, à Montréal, au lancement de ce qu’on espère devenir une grande mobilisation québécoise en faveur d’une ruralité forte, avec l’espoir aussi de rétablir les ponts entre les gens de la ville et ceux de la campagne.

On déduit donc qu’il devrait exister comme une forme de rupture entre les urbains, comprendre essentiellement Montréal et Québec, et les ruraux, soit le reste du Québec. On ne surprendra personne en affirmant qu’on assiste souvent à une abyssale incompréhension réciproque qui va parfois plus loin que la simple indifférence partagée.

Si on souhaite réconcilier ces deux solitudes que seraient les urbains et les ruraux, «Tous ruraux» veut surtout étaler une situation de la plupart des régions du Québec qui est devenue préoccupante.

On assiste à une inexorable décroissance démographique, mais aussi économique, dans presque toutes les régions. Les cas de dévitalisation villageoise rapportés sont multiples.

Depuis 1981, la décroissance de la population rurale est de 7 % alors que la croissance des centres urbains a été de 107 %. Et personne n’a dans l’idée que les choses puissent se stabiliser ou se corriger d’elle-même.

Marcel Groleau, le président de l’Union des producteurs agricoles du Québec, attire l’attention sur les investissements colossaux qui sont consentis à Montréal ou à Québec par les gouvernements en comparaison de ce qu’obtiennent les régions. «Les villes demandent beaucoup», constate-t-il, «mais les régions ont besoin de plus.»

Non seulement les régions se vident de leur population, mais elles perdent surtout leurs jeunes, leur relève.

«Il y a un devoir d’occupation du territoire», rappelle Pellerin.

On n’aurait pu trouver mieux que Fred Pellerin comme figure de proue de cette offensive citoyenne en faveur de la ruralité québécoise. Car s’il y a un village autrefois pointé comme un exemple de désuétude nonchalante mais qui s’est admirablement redressé et qui fait aujourd’hui la fierté de ses citoyens, c’est bien Saint-Élie-de-Caxton, ou Saint-Élie-des-Légendes, on ne sait plus.

Depuis qu’il a invité, il y a quelques années, les Québécois à ne pas venir à Saint-Élie parce qu’il n’y avait rien à y faire et rien à y voir, c’est l’affluence locale. La population a même gonflé depuis d’une centaine d’habitants et de nouveaux commerces sympathiques y ont pignon sur rue.

C’est un modèle inspirant. Il est vrai par contre que tous les villages ne sont pas en mesure d’installer une traverse de lutins, faute de lutins et de transformer en gloires nationales la moitié de leur population.

Par le biais de Fred Pellerin, le message que veut envoyer Tous ruraux, c’est qu’à défaut d’un préjugé favorable de la part des gouvernements (sauf dans les discours électoraux), pour en finir avec ce «Québec à deux vitesses», il appartient à chaque petit coin de pays de générer sa propre folie.

«Ce qu’on avait envie de faire, c’est de redonner un swing à la ruralité en embarquant tout le monde», explique Fred.

Il faut dire que si Saint-Élie est devenu un exemple, notre conteur national habite aussi une région, la Mauricie, qui connaît une croissance de la population alors qu’une région comme le Saguenay peut perdre jusqu’à un millier de ses citoyens par année. Au début des années 2000, on prédisait à la Mauricie et à sa capitale, Trois-Rivières, un déclin constant de leur population.

Le plus récent décret gouvernemental sur la population nous apprend pourtant que toutes les MRC de la Mauricie, à l’exception du Haut-Saint-Maurice, ont affiché l’an passé une hausse de leur nombre d’habitants. Trois-Rivières a même gagné un millier de citoyens en un an et Shawinigan a recoiffé le plateau des 49 000.

On avait aussi pu le constater avec le solde migratoire interrégional. Pour la première fois en vingt ans, celui-ci a été positif. C’est-à-dire qu’il y a plus de gens des autres régions qui sont venus s’installer en Mauricie qu’il y en a eu qui l’ont quittée.

On peut bien prendre un moment pour se péter les bretelles ou se bomber le torse si on veut. Mais on aurait aussi intérêt à prendre une grande respiration et à revenir sur terre.

Si on pense qu’en Mauricie le discours de Fred Pellerin et de ses amis de Tous ruraux ne nous concerne pas vraiment, c’est qu’on ne veut pas analyser les chiffres démographiques.

D’abord, sur le millier d’interrégionaux reçus, c’est Trois-Rivières, une ville avec son urbanité, qui s’accapare et de très loin, la part du lion.

Mais en plus, c’est que 70 % de ces nouveaux venus ont 45 ans et plus. Des retraités pour la majorité d’entre eux. Et c’est aussi le cas pour Trois-Rivières qui dans son bilan migratoire a même perdu du monde dans le groupe des 25-44 ans… dans sa force de travail. C’est un très mauvais signal quand on est un peu partout en pénurie de personnel et que pour assurer l’avenir, il faudra bien concurrencer Québec et Montréal sur le marché du travail.

Fred a raison. Finalement, on est tous ruraux.

Au fait, Fred devrait aussi se méfier. Au cours de la dernière année, la population de Saint-Élie a baissé… d’un citoyen.

Coup de cœur: On ne dit plus «Cours Forrest, cours!», mais «Cours Patrick, cours!». Patrick Charlebois pourra bientôt prétendre qu’il a en effet davantage couru dans sa vie que le célèbre Forrest Gump.

Coup de griffe: On devrait obliger les extrêmes sensibles de la SPCA de Montréal à monter au moins une fois un cheval ou un taureau de rodéo. Ils verraient bien qui de l’homme et de la bête est le plus stressé.