Le maire de Trois-Rivières, Yves Lévesque, s’oppose à l’idée d’augmenter la rémunération des membres du conseil municipal.

T.-R: des visions qui s’affrontent

Il y en a qui ont failli, cette semaine, s’étouffer dans leur tasse de café en lisant dans leur journal la suggestion faite par le maire Yves Lévesque à ses conseillers municipaux qui souhaiteraient une réorganisation de leurs traitements d’aller en consultation publique pour faire approuver leur projet.

Il était difficile de ne pas se demander qu’est-ce qu’il ferait d’un tel registre si les résultats ne lui étaient pas favorables. Personne n’a oublié qu’il a envoyé dans le passé à deux reprises à la déchiqueteuse les registres qui indiquaient une vive opposition des citoyens à des règlements d’emprunt reliés à l’Amphithéâtre Cogeco et à des travaux d’aménagement sur le site de Trois-Rivières sur Saint-Laurent.

En offrant cette option de la consultation citoyenne, Yves Lévesque, qui s’oppose à tout remaniement des salaires des conseillers, se doutait bien qu’on n’y donnerait pas suite. C’est toujours plus que hasardeux et même périlleux de tenter de réclamer aux contribuables la permission de hausser son salaire.

Même si les conseillers qui espèrent une telle révision, dont certains ont toujours été les alliés du maire à la table du conseil, auraient de bons arguments pour justifier leur demande, dont en particulier que cela se ferait à coûts nuls.

On répartirait les primes versées pour siéger à l’exécutif de la Ville ou à des organismes comme la Société de transport, ce qui ferait que la rémunération globale resterait la même.

Mais en appliquant son droit de veto sur le projet comme il menaçait de le faire, le maire Lévesque était quand même conscient qu’il punissait avant tout un groupe de huit conseillers avec lesquels il est en conflit puisque c’est lui qui choisit les conseillers qui auront à occuper des fonctions rémunérées. Ceux-ci n’ont pas sa préférence.

Cela n’aura fait qu’illustrer une fois de plus la «guerre», on peut le dire ainsi puisque le mot a été mentionné dans les deux clans, de plus en plus ouverte qui s’est installée à l’hôtel de ville de Trois-Rivières.

Yves Lévesque, qui a exprimé sa lassitude à diriger une ville qu’il ne peut plus vraiment diriger, craint qu’on «débâtisse» ce qu’il a construit. Il s’est déjà ouvert là-dessus.

Même s’il a jusqu’ici brillé par son absence aux réunions préparatoires au prochain budget, il a entendu les murmures qu’on pourrait couper dans des choses qui lui tiennent à cœur comme le Grand Prix de Trois-Rivières qu’il a rescapé ou la Corporation des événements, qui gère entre autres l’amphithéâtre, en faveur duquel il s’était plus que peinturé.

On ne cache pas qu’on est en processus de révision et que ces deux groupes pourraient faire l’objet d’un resserrement budgétaire. Yves Lévesque en rage, mais c’est toute une vision différente de la sienne qui prend place avec cette réflexion à l’hôtel de ville et les investissements qu’on souhaite maintenant placer en priorité.

La Ville soutient à différents niveaux la majorité des festivals et grands événements qui ponctuent l’année trifluvienne. Dans le cas du Grand Prix, son aide financière directe approche du million de dollars et dans celui de la Corporation des événements, le soutien atteint presque les trois millions, si l’on tient compte du remboursement de la dette de l’amphithéâtre.

Tout peut se discuter et il faudrait voir jusqu’où la vision des uns et des autres se moule le plus ou le mieux à celle de l’ensemble des Trifluviens.

Dans ce sens, l’étude sur l’économie touristique de la ville commandée par Innovation et développement économique Trois-Rivières apporte plutôt de bons arguments au maire Lévesque.

On peut parfois penser que ceux à qui on confie ces analyses ont souvent tendance à être un peu complaisants envers leur mandataire, ce qui les porte parfois à souffler les résultats positifs pour plaire au client.

On parle quand même dans ce cas-ci d’une firme réputée, Raymond Chabot Grant Thornton et d’une compétence reconnue en Denis Brisebois, qui fait autorité en la matière.

L’analyse révèle une croissance presque exponentielle du nombre des visiteurs à Trois-Rivières depuis dix ans, qui atteint aujourd’hui les trois millions par année. En dépenses touristiques et en emplois générés, c’est considérable. Au point qu’on ambitionne sans complexe atteindre d’ici quelques années les quatre millions de visiteurs.

On n’avait pas besoin de l’étude de RCGT pour savoir que le tourisme était en forte expansion à Trois-Rivières. À vue d’œil, c’était l’évidence. Surtout cet été, au cours duquel tous les festivals et événements ont fracassé des records de participation.

Trois-Rivières a la cote. On aime y venir et y revenir. Ça n’a pas toujours été ainsi, on le sait. La ville a traversé de grandes périodes moroses. Aujourd’hui, elle rayonne. Elle est presque glamour. Qui l’aurait cru?

En commentant que cela est le résultat «de dix ans d’investissement» dont on n’a pas le choix de présumer qu’ils ont été profitables et judicieux, Denis Brisebois vient donner raison aux décisions prises souvent dans la controverse par le maire Yves Lévesque. On a entre autres identifié l’Amphithéâtre Cogeco et le Grand Prix.

Les principaux responsables du développement touristique, dont le président d’IDE Trois-Rivières, Yves Lacroix, ne cachent pas qu’ils souhaitent qu’on «ne lésine» pas sur les efforts à consentir pour soutenir le rythme et développer l’économie touristique de la ville. Ce qui veut dire ne pas couper l’aide actuelle, peut-être même l’accroître.

Dans l’état d’esprit actuel, il y a peut-être du monde qui aurait besoin de se parler.

Coup de cœur: C’est le temps de sortir son denim élimé, ses bottes et son chapeau de cow-boy et de transformer un urbain en rancher... à Saint-Tite.

Coup de griffe: Qu’est-ce qui se passe sur le terrain? Tous les candidats, même quand les sondages les déboulonnent, disent qu’ils le sentent à leur avantage.