L’ancien maire Yves Lévesque

Star Wars? Le retour d’Yves Lévesque

On ne l’attendait pas. En fait, on ne l’attendait plus.

Yves Lévesque, l’ex-maire de Trois-Rivières, est sorti de sa convalescence pour entrer dans la campagne électorale comme un coup de vent.

Et, peut-on dire, fidèle à lui-même, il a aussitôt rallumé de vieilles controverses avec l’actuel conseil municipal, à propos duquel il s’inscrit en porte à faux, mais principalement avec le groupe des huit conseillers contre lesquels il croisait le fer, en s’indignant de prétendues rencontres secrètes chez le conseiller Pierre Montreuil et en qualifiant le groupe de parti souterrain, «underground», a-t-il dit.

C’est comme si Yves Lévesque s’était couché un soir cet automne, mais s’était réveillé sept mois plus tard, car il a repris les hostilités là où il les avait laissées en annonçant son abandon de la mairie pour des raisons de santé.

Sa réapparition «impromptue» a fait le bonheur de ceux qui en avaient la nostalgie et suscité la grogne, quand ce n’est pas la rage, chez ceux qui se réjouissaient de s’en être «débarrassé».

On a eu droit dans les médias sociaux aux éloges les plus dithyrambiques à son endroit, mais aussi aux invectives les plus salées. Toute la gamme des émotions y est passée avec toute la liberté du vocabulaire que cela implique, des propos les plus châtiés aux plus grossiers. C’est comme ça maintenant.

On pourrait croire que c’est par grand hasard qu’Yves Lévesque est tombé sur des journalistes qui lui ont tendu le micro en le voyant sortir d’un restaurant.

Ce n’est pas le cas. Il n’avait certes pas convoqué l’ensemble des médias pour se manifester et rompre son mutisme résigné, mais il y a déjà plusieurs semaines que lui et son entourage cherchaient une façon de le réinstaller dans l’espace public. Une opération délicate dans un sens étant donné qu’il s’était complètement effacé de la vie publique, mais aussi qu’il avait empoché une prime de départ et de transition de 250 000 $, révisée à un peu moins de 200 000 $... ce qui, pour ceux qui ne le blairaient pas, devait signifier qu’il lui fallait disparaître ad vitam aeternam.

Concédons à l’homme… qu’il a le droit de guérir. Il le serait à 70 pour cent. Il atteindra à temps les 100 pour cent de rétablissement pour entrer en campagne électorale sous la bannière conservatrice.

C’est réglé, il va remettre en totalité sa prime… à la condition qu’il gagne. Un argument de vente, mais aussi une nécessité pour calmer à l’avance l’énorme tempête citoyenne qui se serait levée autrement. À 175 000 $ de salaire de base au fédéral, dans un mandat de quatre ans, il va se refaire. C’est plus payant que la mairie de Trois-Rivières et c’est beaucoup moins stressant.

Comme Yves Lévesque s’est appliqué à dresser un bilan élogieux de ses années à la direction de la ville et de s’attaquer avec autant d’empressement à un certain nombre de décisions prises par le conseil municipal depuis qu’il n’est plus là, on l’a tout de suite soupçonné et accusé de vouloir interférer dans la campagne municipale.

En fait, la pression se faisait de plus en plus forte chez les conservateurs pour qu’il prenne une décision sur sa candidature ou au moins qu’il affiche ouvertement ses couleurs.

Cela s’est d’ailleurs produit le lendemain du passage dans la région du député conservateur Pierre Paul-Hus, venu appuyer la candidate du PC dans Berthier-Maskinongé, Josée Bélanger. Il ne s’y est pas présenté, mais il y avait délégué l’un de ses organisateurs.

Yves Lévesque devait se compromettre publiquement et il l’a fait.

N’empêche que c’est du côté municipal qu’il a tiré l’essentiel de ses flèches.

Beau joueur en apparence, il a même dit à l’animateur Robert Pilotte du 106,9 qu’il serait prêt à appuyer n’importe quel des candidats en lice en y mettant trois conditions. Qu’il propose de ramener les conseillers à leurs anciens salaires, qu’il se prononce carrément contre Vision zéro et qu’il partage ses vues sur la gestion de la dette.

Ça peut être avantageux sous certains aspects d’obtenir son appui puisqu’il raflait cinquante pour cent des votes et que beaucoup de supporteurs s’en ennuient. Mais ça en braque aussi tout autant contre soi.

De toute façon, il serait difficile d’imaginer Yves Lévesque voter pour Jean-François Aubin, peu importe les positions, même compatibles à lui, qu’il pourrait adopter. Aubin a été son adversaire en 2017 et, grand sacrilège, il a des appuis solides au sein de «l’underground party».

Il grimacerait presque autant à l’idée de soutenir Éric Lord, avec lequel il a déjà eu de grosses divergences au point que ce dernier a failli être lui aussi candidat en 2017.

On oublie Pierre-Benoît Fortin. Reste Jean Lamarche.

Soyons clairs. Lamarche n’est pas le candidat du maire. Mais d’instinct, c’est vers lui que se sont tournés les nostalgiques d’Yves Lévesque. Il y a quelques proches de ce dernier qui ont joint son organisation. Mais c’est loin d’être son équipe électorale.

Par contre, tous les ténors qui gravitaient autour de l’ancien maire s’affichent en faveur de Lamarche. Tant mieux ou tant pis pour lui. C’est selon. Il n’y a pas de contentieux entre les deux hommes.

Il reste que, voulu plus que pas, Lévesque est venu bousculer la campagne municipale avec encore trois semaines à débattre.

Est-ce que tout le monde lui souhaite bon rétablissement? Hum…

Coup de cœur: À tort ou à raison, rarement aura-t-on vu des lockoutés comme ceux d’ABI subir autant de pression pour accepter une proposition. Souhaitons leurs bonnes Pâques.

Coup de griffe: Tous les nids sont faits dans nos rues pour accueillir nos futures poules urbaines. On vise le volume.