Dans les jours qui ont suivi la fermeture abrupte du bistro-brasserie Les Soeurs Grises, deux autres restaurants ont ouvert leurs portes au centre-ville de Trois-Rivières.

Soeurs grises: ça marche dans le marché

Dans les jours qui ont suivi la fermeture abrupte du bistro-brasserie Les Soeurs Grises, deux autres restos ont ouvert leurs portes au centre-ville de Trois-Rivières.
L'Épi, qui se décrit comme une buvette de quartier, a installé son cachet sympathique sur la rue Radisson alors que des Libanais proposent maintenant au Basha leur cuisine ethnique sur la rue Hart, dans l'ancienne Planète Poutine, morte au combat de la concurrence et des poursuites juridiques.
C'est comme ça que les choses se passent, en particulier en restauration, au centre-ville de Trois-Rivières comme ailleurs. Certains disparaissent, d'autres apparaissent.
N'empêche que la fermeture pour cause de faillite des Soeurs Grises, au plus fort de la saison estivale, là où devraient normalement se brasser les meilleures affaires, a pu surprendre. 
Enfin, pas tout le monde. Chez les habitués du centre-ville, on flairait le coup depuis longtemps. L'établissement n'avait pas vraiment pu profiter, comme c'est généralement le cas, d'une période de grâce dans les semaines qui ont suivi son ouverture et l'achalandage n'a jamais été explosif par la suite. Les raisons? Chacun a les siennes. 
Dans sa défense contre la poursuite qui a été intentée par le propriétaire de l'immeuble dans l'espoir de recouvrer les loyers impayés, le président et actionnaire des Soeurs Grises, à Montréal, invoque la faiblesse du marché trifluvien qui ne peut justifier le prix au pied carré qu'on lui demandait.
On laissera à un juge le soin d'apprécier la pertinence de cet argument, mais cela soulève une question intéressante: Y a-t-il maintenant trop de restaurants au centre-ville?
C'est vrai que lorsqu'on regarde la liste récente des mises hors de combat, même incomplète, cela peut donner à réfléchir. 
Après avoir annoncé une fermeture pour rafraîchissent des lieux, le Presse Café, sur des Forges, n'a jamais rouvert. Il était pourtant au coeur même du centre-ville, devant un établissement qui s'appelle justement le Centro et qui tient bien le coup.
Le Canapé, angle Badeaux et Saint-Antoine, n'a pas levé, malgré de bons commentaires et son style «cosy». D'autres fermetures comme le Bistro Bonaventure et le Bistro Saint-Germain ont pu aussi surprendre, bien que dans le cas du Saint-Germain, les proprios ont simplement décidé que l'âge de la retraite était arrivé.
Si on faisait le compte, on se rendrait compte qu'il y a finalement beaucoup plus d'ouvertures que d'abandons, car les cuisines fermées sont presque toujours réactivées, sous d'autres raisons sociales et il se rajoute constamment de nouvelles adresses.
Avec des succès au rendez-vous. Qu'on pense au Temps d'une pinte, aux Contrebandiers, au Pot, au Jack Saloon, au Buck, au Café Frida, au Bureau de poste... et il y en a d'autres dont la réussite semble réellement au rendez-vous.
On pourrait aussi juger de la solidité du marché à la stabilité d'établissements qui peuvent être considérés comme des piliers parce qu'ils ont traversé les années et qu'ils sont toujours très populaires comme le Grill, l'Angéline, la Maison de Débauche, le Faste Fou, les Ailes Piquantes, le Mondo, Le Nord-Ouest... On pourrait en nommer une bonne vingtaine.
Cela ne veut pas dire qu'on ne traverse pas parfois des périodes difficiles et que la gestion doit être toujours très serrée.
Cette année, par exemple, avant l'arrivée du vrai beau temps, il y avait beaucoup de morosité dans l'air. Un printemps exécrable suivi d'un mois de juin orageux durant lequel il a plu presque tous les jours a fait en sorte que les caisses ne sonnaient pas très fort.
Il y a douze mois dans une année et ils ne sont pas tous productifs. 
La rue des Forges pleine à craquer durant les beaux soirs d'été avec un flot de touristes qui apparaît presque ininterrompu peut être trompeuse. Cela peut faire illusion.
Pour quelqu'un qui voudrait établir un projet d'affaires, emporté par l'ambiance du moment, en fonction de ce qu'il voit, risquerait de regretter son investissement.
Il faut avoir l'oeil. Ce n'est pas parce que la rue est pleine et que les places libres aux terrasses des restaurants sont rares que cela signifie qu'on y fait des affaires d'or. Souvent, on observe que si la terrasse est pleine, l'intérieur, qui peut compter trois à quatre fois plus de sièges, reste clairsemé. 
On convient que les affaires demeurent bonnes, mais c'est relatif.
On réalise aussi au centre-ville que dès qu'il fait mauvais temps, la clientèle s'effrite. Autant c'est irrésistible quand il faut beau et chaud, autant dans les hauteurs de la ville, d'où provient le gros de la clientèle, on a tendance alors à bouder le centre-ville.
On devrait pourtant savoir ces soirs-là qu'on ne sera pas confronté à des rues barrées et que de trouver un stationnement ne relèvera pas d'un rude parcours du combattant.
Si l'afflux touristique croissant que l'on connaît est précieux et apporte à beaucoup de commerces une bonne dose d'oxygène, il y a quand même quelques facteurs négatifs à considérer.
On voit une désertion des espaces administratifs privés mais aussi de la part des gouvernements. Les rationalisations de Québec ont eu comme conséquence de réduire les effectifs dans les bureaux trifluviens du gouvernement et le fédéral
s'est déplacé en frange du centre-ville. 
C'est autant de pertes de consommateurs qui venaient en soutien aux différents commerces, de restauration, de débit de boisson ou de vente au détail.
Comme on ne s'est jamais non plus vraiment soucié de la qualité de vie des résidents du centre-ville, on aime bien venir s'y divertir, mais moins y vivre. Là aussi, il y a une certaine désertion. On n'a pas vu depuis très longtemps s'ériger de nouveaux immeubles d'habitation. Ce n'est pas pour rien. 
On subit ainsi une perte en soutien de marché permanent, c'est-à-dire de douze mois par année.
Les Soeurs grises ont certes été contraintes de se replier dans leur populaire cloître montréalais, mais qu'on ne s'inquiète pas trop de l'avenir de leur ancienne place d'affaires trifluvienne. Les scellés pourrait être sciés rapidement 
On verra, mais il y aurait de la pizza dans l'air. Il est peut-être changeant, mais il y a encore du bon marché d'affaires en restauration au centre-ville. S'agit de le déceler.
Coup de griffe: Entre Trump et Kim Jong-Un, ne s'agit plus de savoir lequel est le plus fou. Mais lequel de ces deux fous a le plus hâte de peser sur ses boutons nucléaires. 
Coup de coeur: À La Tuque, notre reine mauricienne du nord, à son monde, à ses visiteurs, qui se sont envoyés en l'air et qui ont fait correctement sauter la baraque jeudi avec Simple Plan.