Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste
Jean-Marc Beaudoin
Si les piscines publiques demeurent fermées et que les grandes plages sablonneuses de l’île Saint-Quentin restent interdites en raison des importants travaux d’infrastructure qui y sont menés, les Trifluviens n’auront plus grand choix.
Si les piscines publiques demeurent fermées et que les grandes plages sablonneuses de l’île Saint-Quentin restent interdites en raison des importants travaux d’infrastructure qui y sont menés, les Trifluviens n’auront plus grand choix.

Si on pouvait jouer dans l’île… un peu!

CHRONIQUE / Ce n’est pas tant cette canicule inattendue, qui entre deux froidures, est comme apparue pour nous émoustiller à la perspective d’un bel été chaud... si on a la patience d’attendre encore un peu, comme nous le recommande notre Horacio national.

Comme si la nature, à sa façon, voulait s’associer à la formule populaire la plus répandue: «Ça va bien aller».

On n’allait certes pas bouder cette douceur inespérée, mais ce qui a vraiment fait chaud au cœur cette semaine, c’est bien les statistiques publiées jeudi et vendredi dans Le Nouvelliste sur les cas de COVID-19 recensés par le CIUSSS Mauricie-Centre-du-Québec.

Zéro décès jeudi et quatorze cas nouveaux; un décès, mais un seul quand même vendredi et treize nouveaux cas d’infection pour les deux régions.

Rien à voir avec les chiffres troublants d’il y a quelques semaines à peine alors qu’on semblait se hisser parmi les régions les plus infectées du Québec.

C’est comme si, enfin, après tant d’efforts, de sacrifices et de règles de confinement en général très rigoureusement observées, on arrivait, et ce n’était pas trop tôt, au bout de ce mauvais chemin qu’on avait été contraint d’emprunter collectivement. On atteignait enfin, comme nous l’avait bien illustré le Dr Arruda, en se tapant sur le dos de la main, à aplatir ces maudites courbes infernales ascendantes de la COVID. On peut même prétendre qu’on ne les a pas seulement aplaties, mais qu’on les a écrasées.

On le sait, le virus rode encore et on doit s’en méfier. Il est hypocrite et il nous affectionne.

Ce qui est apparu dans le journal quand on a vu tous ces gens en liesse, sans aucun souci de distanciation physique, piétiner le sable de la Petite Floride au coude-à-coude, la peur a refait surface. Des allures de véritables beach partys à l’américaine, comme on nous en avait rapporté la semaine dernière, dans l’incompréhension générale.

Ce n’était plus sur des plages du sud des États-Unis, où un grand nombre se foute des règles et des statistiques effarantes sur les décès qui en découlent, mais chez nous, tout près, dans une petite plage de Bécancour que les autorités ont dû fermer.

On a vu un phénomène semblable se reproduire sur la plage dite à Bozo, à Pointe-du-Lac et à la grandeur qu’elle a et à la discrétion qu’elle procure, la plage aux Chiens, là où le rapide des Forges expire, qui porte bien son nom compte tenu de ses fréquentations, pourrait difficilement ne pas avoir subi les mêmes encombrements et le même esprit fêtard.

Tout est devenu à grand risque et de potentiels foyers de transmission du virus, avec cette proximité un peu trop complice.

Ce n’est peut-être pas une mauvaise chose que cela se soit produit à la faveur d’un été aussi précoce que furtif. On n’aura pas vraiment besoin de se rafraîchir dimanche et en début de semaine.

Mais on est prévenu qu’il y aura un été et pour peu qu’il se compare aux étés précédents, ça pourrait être comme une farandole de canicules, les unes après les autres, sans presque de répit.

Si tel est le cas, on mesure le problème à venir.

Si les piscines publiques demeurent fermées et que les grandes plages sablonneuses de l’île Saint-Quentin restent interdites en raison des importants travaux d’infrastructure qui y sont menés, les Trifluviens qui n’ont pas de piscines privées, ou qui ne sont pas invités chez ceux qui en ont, n’auront plus grand choix.

Outre une petite pointe de sable à l’embouchure du bras du Saint-Maurice, du côté de Cap-de-la-Madeleine, il n’y a plus d’autre endroit à Trois-Rivières pour de la baignade.

Il y a risque qu’on se fasse regarder de travers à Port-Saint-François ou au quai de Batiscan si les Trifluviens décident de s’y précipiter pour s’y étaler au soleil, s’y jeter à l’eau, ou, en toute délinquance assumée, y faire des virées, diurnes comme nocturnes.

Si les choses restent comme elles sont, les chaleurs de l’été seront invivables pour une bonne partie de la population, souvent la plus démunie, qui voudra bien, d’une façon ou d’une autre, se rafraîchir.

Les adultes ne vont quand même pas aller bousculer les enfants qui joueront avec les jets d’eau pour leur voler leur place et, même si la Ville propose des salles climatisées, c’est bien, mais ça manque de charme.

Est-ce qu’il serait possible de rendre accessibles les plages de l’île, sans nuire aux travaux et sans vraiment offrir d’îlots sanitaires? La question se pose.

On se rend bien compte qu’avec l’amélioration des statistiques sur la pandémie, qui n’est presque plus que montréalaise, les gens veulent être plus communautaires. C’est comme s’ils en avaient un besoin... essentiel. On s’en va sur trois mois de confinement, certains diront d’internement, même si c’est devenu beaucoup moins vrai.

Il faut quand même trouver tous les trucs, comme la réouverture proposée des terrasses, pour combler ce désir de se retrouver un peu en public, en société, en vie.

Il faut des exutoires... contrôlés.

Car en même temps qu’on prenait connaissance de l’embellie de notre situation pandémique, l’Institut national de la santé publique nous présentait deux scénarios. En premier, si on maintient convenablement nos mesures de protection, la courbe des cas et des décès de la COVID-19 ferait la planche. Autrement, si on n’écoute plus, ce sera une nouvelle envolée vers le haut, mais foudroyante, dès juillet.

On ne s’en remettrait pas.

Coup de cœur: Tant pis pour les indignés de tout et de rien, les fanas de la rectitude de n’importe quoi, Martin Matte avait l’air drôle en maxi-gros.

Coup de griffe: God bless America! Je pense que même lui en haut est pas loin de plutôt leur faire un doigt d’honneur, mais pas comme celui du plafond de la chapelle Sixtine.