Le premier ministre Philippe Couillard était de passage au Digihub de Shawinigan lundi pour annoncer la création de 18 pôles régionaux d’innovation.

Shawinigan... en attendant Ubisoft

Shawinigan aura rarement été un point de mire québécois comme elle l’a été depuis quelques semaines, et pour de bonnes raisons.

Une toute petite infirmière aux cheveux de couleur rose nanane, à l’allure de squeegee comme l’a décrite le coloré Pierre Mailloux sur les ondes du 106,9, dont on aura fièrement retenu qu’elle était originaire de Shawinigan, a contraint le gouvernement à mettre un genou à terre devant ses infirmières et à métamorphoser en presque gentilhomme son bouillant ministre de la Santé, Gaétan Barrette.

On apprenait ces derniers jours qu’un autre fils de Shawinigan, Jacques Goulet, après une brillante carrière au sein de grandes entreprises, tant au Canada qu’aux États-Unis, venait d’accéder à la présidence de la Financière Sun Life, à Toronto.

Peut-être apprendrons-nous en fin de semaine que Simon Kean, à Shawinigan, avec un douzième K.-O. en carrière, mais pas acquis cette fois contre un gros jambon, mais aux dépens du redoutable américain Santos, s’est érigé au niveau d’aspirant obligatoire à une ceinture internationale.

Shawinigan s’est aussi couverte d’éloges pour la qualité de son accueil et de l’organisation du Championnat junior canadien de curling.

L’entreprise Nemaska Lithium, qui s’est installée dans une partie de l’ancienne papetière Laurentide, a fait l’objet d’un dossier à l’émission Découverte de Radio-Canada. L’hydroxide de lithium qu’on y a produit à titre expérimental, dont la demande est appelée à exploser, pourrait devenir la norme mondiale de référence pour ce produit essentiel dans la fabrication des batteries des véhicules électriques.

Le jour où un ancien conseiller municipal, découragé par l’allure que prenaient les choses et la toxique morosité ambiante contre laquelle il se sentait impuissant, avait dit qu’il ne voulait pas être celui qui fermerait les lumières de la ville, parce qu’il serait le dernier à la quitter, est bien oublié.

Shawinigan apparaît souvent sous les phares de l’actualité depuis un certain temps et on peut se demander si elle n’est pas devenue la coqueluche du gouvernement.

C’est l’impression qu’a encore une fois laissée en début de semaine le premier ministre Philippe Couillard en venant confirmer que le DigiHub de Shawinigan, dont il s’était déjà montré admiratif, avait été retenu pour être le maître d’œuvre de l’implantation d’un réseau de dix-huit pôles régionaux d’innovation à son image.

Au-delà des quelques millions $ qui seront versés au DigiHub au cours des quatre prochaines années pour se cloner à travers le Québec, c’est toute l’image de Shawinigan qui s’en trouvera façonnée par ce prestigieux mandat.

Pas facile de se débarrasser de l’idée qu’on peut se faire d’une petite ville régionale au glorieux passé industriel, certes, mais depuis massivement désindustrialisée et à la population vieillissante, même agonisante pour ce que s’en était moqué l’humoriste Sugar Sammy.

Il est vrai que quand on consulte les données du profil socio-économique de Shawinigan, compte tenu de l’âge moyen de ses habitants, on peut penser qu’on rentre les trottoirs et qu’on ferme les lampadaires dès l’heure du souper. Ce serait oublier que pour se rajeunir dans la bière, Molson-Coors vient tout juste d’y acquérir le Trou du Diable.

Avec son DigiHub, Shawinigan peut envoyer comme signal que la ville est bel et bien tournée vers l’avenir, d’autant qu’elle se conçoit comme le troisième pôle du numérique au Québec, après Montréal et Québec.

C’est vrai que pour en arriver à cette prétention, il a fallu affronter bien des vents contraires. Le DigiHub, c’est la suite de l’ancienne Station du numérique. La Ville a souvent dû faire des pirouettes pour soutenir financièrement cet incubateur de jeunes entreprises du numérique et son maire, Michel Angers, essuyer parfois de virulentes critiques.

Quand on héberge de toutes petites entreprises pour les aider à prendre forme et à concrétiser leur plan d’affaires, la seule constante, c’est l’instabilité et l’insécurité financière. Il y a plus d’échecs que de réussites et la rentabilité de l’investissement public n’est pas toujours acquise.

Mais il suffit qu’il y ait une entreprise qui émerge, dans son domaine, le Trou du Diable pourrait en être une, pour qu’on se convainque que l’effort en valait la chandelle. Tout le monde rêve de générer une ou plusieurs «startups» modernes qui contribueront à redéfinir sa ville comme un lieu d’avenir.

Le DigiHub de Shawinigan pourrait faire éclore quelques-unes de ce qu’on appelle aussi des «gazelles», ces entreprises qui affichent une croissance fulgurante et qui viennent aujourd’hui de tout cet univers du numérique et des technologies de l’information.

Il reste que Shawinigan a peut-être raté une occasion de se faire confirmer dans sa volonté d’être vraiment reconnue comme le troisième pôle du numérique au Québec et de se constituer de bonnes assises à cet égard.

On a bien rêvé qu’on croiserait sur la 5e de la Pointe, Place Willow ou ailleurs, des cracks de l’informatique à moitié sortis de leur bulle parce qu’accaparés à reconfigurer un Assassin’s Creed ou un Far Cry.

C’est plutôt à Saguenay qu’on inaugurait hier le nouveau studio d’Ubisoft au Québec. Cela aurait été tellement compatible avec le virage numérique qu’a entrepris Shawinigan. On s’était bien sûr mis sur les rangs, mais le jeu politique a favorisé Saguenay.

C’est quand même plusieurs dizaines de millions de dollars qui y seront investis et 125 emplois qui seront créés. Ça fait une différence. Ça contribue surtout à constituer une masse critique de cerveaux dans le secteur le plus porteur de l’économie actuelle.

Quand le gouvernement rembourse à hauteur de 37,5 % la masse salariale de ces fabricants de jeux vidéo, il doit bien avoir un petit mot à dire sur l’emplacement d’un nouveau studio de production.

Le maire Angers s’est montré beau joueur et diplomate. Il n’a pas déchiré sa chemise en guise de protestation. Il est vrai qu’il a reçu pas mal du gouvernement et qu’il est toujours en demande pour d’autres projets.

Tout n’est pas perdu pour Shawinigan puisque Ubisoft, qui est engagée dans une phase de croissance, prévoit investir 780 millions $ d’ici 2027. Elle prévoit surtout ouvrir, dans les années qui viennent, un autre studio… en région.

L’histoire de CGI pourrait bien se répéter. Après avoir ouvert un bureau à Saguenay, CGI est venue, sous inspiration gouvernementale, s’installer à Shawinigan.

Ce serait bien mérité. Si la multinationale française Ubisoft est venue s’implanter au Québec il y vingt ans, c’est qu’un certain Sylvain Vaugeois, un fils d’Hérouxville, avait convaincu le gouvernement que c’était la voie à emprunter. Une petite dette de reconnaissance.

Coup de griffe: On respire. Notre dangereux terroriste de Maskinongé, Saïd Namouh va demeurer en prison. Il voulait peut-être se faire exploser en Allemagne ou en Autriche. Mais ici, c’est dans des bonhommes de neige qu’il voulait faire sauter des bombes. On l’a échappé belle!

Coup de cœur: Il veut peut-être pendre les méchants, fumer du pot, vénérer Donald Trump, mais qu’il est donc généreux le maire de Louiseville, Yvon Deshaies. Le voilà qu’il offre à Tom Harding d’être nourri et logé à la condition de purger sa peine communautaire à Louiseville. À sonner les choses de l’église, sans doute.