Philippe Couillard

Savoureuse analyse d'une 6e année

Lorsqu'il y a des élections présidentielles aux États-Unis, l'un des sondages les plus attendus est celui des écoliers. Il s'est trouvé qu'à travers le temps, c'est souvent celui qui prédit avec le plus de justesse l'issue du scrutin.
On n'a pas d'équivalent ici, mais à chaque élection, des professeurs, généralement au secondaire ou au collégial, invitent leurs élèves à se prêter à l'exercice de la votation. Il y en a eu quelques-uns cette année encore.
Les résultats pourraient surprendre car chez les ados, le Parti libéral du Québec était fortement favorisé, mais suivi de très près dans leurs préférences par la Coalition avenir Québec. Le Parti québécois s'y est retrouvé recalé au niveau d'un tiers-parti comme Québec solidaire. Ce sont les électeurs de demain.
On dit souvent que l'âge mental d'un électeur moyen est de onze ou douze ans. Et qu'en conséquence, pour rejoindre la masse des électeurs, un politicien doit ramener son discours à ce niveau. Cela reste à vérifier, mais ce n'est pas impensable.
Il se trouve que dans une école primaire de Trois-Rivières, l'école de musique Jacques-Hétu, les élèves de 6e année (ils ont onze et douze ans), ont joué la semaine dernière le jeu de la démocratie, dans le contexte de leur cours d'éthique et de culture religieuse qui vise à développer l'esprit critique chez ces jeunes. Il faut dire que leur professeur titulaire, Pascale Pruneau, les avait bien préparés pour la circonstance.
D'abord, à la rentrée en septembre, on avait organisé comme une campagne électorale, qui a duré un mois, pour la formation du conseil de classe. Puis au cours de la récente campagne, les élèves ont été invités à lire des textes électoraux et à les commenter. Ils ont d'ailleurs dû analyser le dernier débat et en donner leur appréciation.
Puis à la fin de la campagne, leur titulaire les a invités à désigner le chef de parti qui leur apparaissait le mieux correspondre à leur vision des choses. Mais à la différence de l'électeur ordinaire, ils devaient aussi fournir trois des facteurs qui ont guidé leurs choix.
Ils étaient peut-être plus sensibilisés que la moyenne. À chacun d'en juger. Sur les bulletins qu'on a pu consulter, six ont accordé leur préférence à Philippe Couillard, cinq à Françoise David, deux à François Legault mais un seul vote est allé à Pauline Marois. Pourquoi, dans ce dernier cas?
«Parce que cela est une bonne idée de créer un référendum pour le Québec car le Canada et son premier ministre nous endettent beaucoup et nous devons nous séparer pour être indépendant et pouvoir prendre nos propres décisions», écrit la jeune fille.
Pour Philippe Couillard, les raisons sont variées. Trois répondants ont relevé le fait que l'homme avait entrepris ses études universitaires à l'Université de Montréal à l'âge de seize ans, ce qui les a impressionnés.
Mais il n'y a pas que cela, bien sûr. «Je trouve que Philippe Couillard, au débat, était calme et n'était pas méchant», commente Camille. «Je voterai pour Philippe Couillard car je sens que c'est un homme de confiance et qu'il est en mesure de prendre de bonnes décisions», s'explique Adèle, qui le défend sur le compte offshore qu'il a détenu à Jersey. «Il ne veut pas faire un référendum, c'est ce que je veux», se justifie Jordan, qui apprécie l'expérience du chef libéral.
Mégane ne désire pas non plus de référendum et que le Québec puisse se séparer du Canada. Mais elle juge aussi que puisqu'il a été médecin et ministre, il a de l'expérience et que s'il a pris soin des gens comme médecin, «il va sûrement aussi prendre soin du Québec». Daphney relève qu'au débat des chefs, il a argumenté «sans s'énerver» et qu'il a bien accepté les attaques portées contre lui. Il apparaît à Marie-Soleil que Philippe Couillard «doit avoir le sens des priorités» et qu'il doit être «autonomique», comprendre autonome et économique.
La préoccupation pour l'environnement de Françoise David sera partagée par tous ceux qui auraient voté pour elle. Gabrièle ajoutera qu'elle est d'accord avec son idée de rendre les autobus gratuits. Karol Ann aime l'idée de se débarrasser du pétrole. Anny apprécie les éoliennes et souhaite que le Québec devienne un pays. Leïla partage l'idée des éoliennes, mais, regrette-t-elle, «ça va gâcher le paysage».
Comme François Legault, Maude trouve qu'il y a trop de commissions scolaires et que leurs dirigeants sont trop payés. Mathys ne veut pas se séparer de son pays et voit dans le chef caquiste celui qui bloquera cette avenue.
Ils sont jeunes, mais il faut reconnaître qu'ils ont déjà des idées politiques affirmées et constater qu'elles sont bien différentes de celles de leurs grands-parents. Ce sera la sagesse populaire de demain. Elle sera à gauche... et à droite.