Le côté social, commercial et festif a pris une ampleur qu’il aurait été difficile d’imaginer au début du festival… il y a 51 ans.

Saint-Tite: c’est plus que du rodéo

On respire mieux maintenant au Festival western de Saint-Tite.

Il n’y a plus que la co-porte-parole de Québec solidaire, Manon Massé qui ne se soit pas prononcée en faveur du maintien des rodéos.

L’occasion de connaître son opinion là-dessus ne se présentera vraisemblablement pas d’ici la fin du festival puisque ses troupes régionales n’ont pas annoncé sa venue.

Peut-être est-il aussi bien qu’il en soit ainsi. Sans présumer de sa position, il y avait grand risque qu’avec un appui de sa part elle heurte quelques sensibilités montréalaises, la terre «native», féconde et nourricière de Québec solidaire.

D’un autre côté, en dépit du bonheur social élargi à tous à coups de milliards $ promis par QS, les chances de ce parti de former le prochain gouvernement ne sont pariées par personne.

Le Festival a donc pu laisser échapper son grand soupir de soulagement quand, à la suite du chef libéral Philippe Couillard et du chef péquiste Jean-François Lisée, François Legault a, à son tour, affirmé haut et fort que les chevaux étaient très bien traités à Saint-Tite et qu’il continuerait d’y avoir des rodéos.

Comme tous les partis qui ont le potentiel de former le prochain gouvernement sont d’accord là-dessus, on peut dire que la cause est entendue. Tant pis pour les esprits chagrins qui espéraient que le rapport du comité formé par le MAPAQ pour étudier les revendications du professeur montréalais Alain Roy et ses acolytes soit dévastateur.

Cela ne veut pas dire que le festival balaiera du revers de la main les recommandations qu’il pourrait contenir, quand il sera déposé au printemps 2019.

Il était quand même difficile de croire que le Festival western de Saint-Tite, qui, si la tendance se maintient, remportera un vingtième titre d’affilée de meilleur rodéo extérieur en Amérique du Nord, soit évincé du circuit en raison d’une interprétation élastique sur la portée d’une nouvelle loi sur la protection des animaux, tout comme toutes les activités de rodéos au Québec et les activités utilisant des animaux qui pourraient s’en trouver menacées.

Les rodéos, c’est l’essence même du festival, sa quintessence.

Mais au-delà des rodéos et de toutes les épreuves équestres ou concours d’habileté comme la périlleuse monte du taureau, qui contribuent au rayonnement équestre de Saint-Tite, il s’est développé au fil des ans beaucoup d’autres centres d’intérêt qui font que le festival est devenu le deuxième événement en importance au Québec pour les retombées économiques qu’il génère.

Il y a des milliers d’adeptes de rodéos pour qui c’est devenu sacré d’avoir sa place dans les gradins de la grande estrade, mais c’est par centaines de milliers qu’il faut compter les visiteurs, pour l’ensemble du festival, dans les rues de Saint-Tite.

Le côté social, commercial et festif a pris une ampleur qu’il aurait été difficile d’imaginer au début du festival… il y a 51 ans. On se demande quand atteindra-t-on la limite. On a fracassé des records d’assistance l’an passé, pour le 50e : 600 000, 700 000 présences, on est dans les macrochiffres.

Les stationnements débordent et les champs de Saint-Tite et des environs sont passés du vert au blanc tant ils sont remplis de caravanes… une bonne dizaine de milliers, ce qui en fait le plus grand rallye caravanier du Québec.

Oui, les rues prennent des allures de souk et on est loin de n’y vendre que des chapeaux de cow-boy ou des ceintures de cuir. Est-ce que c’est le meilleur endroit pour acheter une laveuse à plancher à vapeur révolutionnaire? On peut se poser la question, mais l’offre est là.

Il y a tellement de variétés dans l’offre que le secteur commercial ne cesse de s’élargir au point qu’on pourrait finir par se demander si à Saint-Tite on ne risque pas d’en arriver à tuer le commerce en ligne.

C’est aussi un grand festival d’odeurs et on ne parle pas que des souvenirs que laissent sur le macadam les chevaux sans couches des caléchiers ou des écuyères et écuyers. Un peu de crottin? Saint-Tite se mérite.

Non, si l’air embaume, façon de dire, c’est qu’on ne compte plus les petits et grands snacks de tous genres avec leurs plaques à cuire et leurs friteuses qui explosent d’odeurs. On n’accueille pas certains jours entre 150 000 et 200 000 personnes sans devoir les nourrir… et les abreuver un peu.

Il y a moins de chanteuses ou chanteurs western de rue pour proposer leurs CD. Par contre, on constate une montée des spectacles, sur les différentes scènes, qui gagnent en nombre et en espace. C’est devenu un must pour les artistes qui ont du country dans le corps de se faire voir à Saint-Tite et d’y présenter en primeur leur dernier album.

Autre phénomène: la danse country. On bat des records de danseuses et danseurs country au Saloon d’Hydro-Québec. C’est devenu tellement couru que les petites pistes de danse se multiplient. C’est devenu une activité phare du festival.

On n’a plus besoin de mentionner le plus grand défilé à traction animale… au Canada.

Les sociologues devraient se pencher sur le Festival western de Saint-Tite, pour nous en expliquer le sens et sa popularité. Il fait «people». Le festival du Québec profond? Une distraction de retraités?

Sous le chapeau de cow-boy se camoufle souvent un banquier ou un «logue» et l’âge moyen des visiteurs, 43 ans.

L’explication est ailleurs. En a-t-on besoin d’une? On pourrait simplement se demander, pourquoi on y retourne chaque année avec le même bonheur?

Saint-Tite, ça ne se dit pas. Ça se vit.

Coup de cœur: 

Tant qu'à prendre une bière avec un de nos chefs de parti politique, vaut mieux s’accompagner d’une Mékinoise ou d’une Rousse… d’À la fût, sur la Notre-Dame à Saint-Tite.

Coup de griffe: 

Pour s’épargner les «cassettes» des chefs politiques lors des débats, on devrait ne s’en tenir qu’au non-verbal, plus révélateur que leurs propos.