Il faut reconnaître que François Legault a livré jeudi soir une solide performance.

Retour à la tentation minoritaire?

Et si nous assistions dans les prochains jours à un léger retour au bercail d'une partie des déserteurs de la Coalition avenir Québec et à une montée de quelques points dans les intentions de vote à Québec solidaire, peut-être les Québécois pourraient se retrouver le 7 avril au soir avec à nouveau un gouvernement minoritaire.
Il s'agira de savoir si cela ne les dérange pas.
Il faut reconnaître que François Legault a livré jeudi soir une solide performance qui pourrait être suffisante à faire regretter leur récente infidélité aux caquistes qui se sont précipités dans le clan libéral au milieu de la campagne pour faire échec au Parti québécois et au parfum référendaire qu'il a répandu.
Le chef caquiste a été direct et incisif tant à l'endroit de Philippe Couillard que de Pauline Marois, avec des lignes déstabilisantes auxquelles ces deux adversaires n'ont pas toujours pu répondre avec conviction. Il les a souvent placés le dos au mur et fortement embarrassés avec ses affirmations, même si elles pouvaient être parfois douteuses et un peu tordues. Il reste que ses coups portaient.
Il est aussi parvenu à bien planter son clou sur ses intentions de couper dans les effectifs administratifs en santé, d'abolir les commissions scolaires et de réduire le fardeau fiscal des contribuables, tout en négligeant de parler vraiment de son Plan Saint-Laurent.
Il lui fallait tout faire pour secouer un électorat que l'on présume déjà fortement branché derrière le PLQ et le PQ.
Les prochains sondages nous diront s'il y est parvenu. Il faut quand même savoir qu'il ne suffit pas de dominer un débat pour créer un mouvement électoral favorable à sa formation. La preuve en a été faite lors de la dernière campagne fédérale qui a résulté en un effondrement du Bloc québécois alors que son chef, Gilles Duceppe avait été particulièrement brillant et efficace au débat des chefs en français... et même à celui en anglais.
Quant à Françoise David, sereine et souriante, même si elle n'a pas ménagé le chef libéral, en particulier sur la question de la langue, c'est avant tout à Pauline Marois qu'elle s'est attaquée, sur la question la plus sensible qui divise leurs deux partis, la souveraineté. La chef de Québec solidaire lui a lancé: «Vous ne faites pas rêver les Québécois d'un pays». Et sur la question de la charte sur la laïcité, le point fort du PQ: «Vous divisez les Québécois.»
Tous les souverainistes ne sont pas à l'aise avec le projet de charte du PQ et les indépendantistes les plus durs souhaitent la tenue le plus rapidement possible d'un nouveau référendum. C'est dans ces terres instables du PQ que Françoise David a le plus joué jeudi soir, là où elle peut faire ses ultimes gains électoraux. Ajoutez à cela une sincérité de gauche qu'elle sait toujours bien exprimer et s'il y a des chancelants, ils risquent d'en avoir été conquis.
Pauline Marois a bien sûr multiplié ses attaques contre Philippe Couillard, qui restait l'homme à abattre. Mais ce n'est pas à ses dépens qu'elle pouvait vraiment faire des gains électoraux et remonter le PQ dans les intentions de vote. Mme Marois n'a pas mal paru. Mais tout le monde s'entendait pour dire qu'il lui fallait jouer le match parfait. Ce n'est pas tant le chef libéral qui l'en a empêché comme François Legault et Françoise David. Peut-être parce qu'elle tenait à conserver une image de femme d'état bien en possession de ses moyens, elle est restée d'une sobriété générale qui a affadi sa personnalité de combattante ou de femme «déterminée».
Avec les accusations et les propos des derniers jours, il y avait lieu de craindre que le débat ne dérape totalement. On a bien pénétré à un moment dans un étang un peu boueux, mais on ne s'y est pas enlisé. Il faut dire que le segment sur l'intégrité, un thème cher au Parti québécois, pouvait ouvrir la porte toutes grandes aux pires allégations. C'est avant tout Philippe Couillard et son parti qui ont été mis au banc des accusés, comme il fallait s'y attendre.
On a parlé de ses liens avec Arthur Porter, de son ancien compte bancaire dans les îles britanniques Jersey, d'une activité de financement qui aurait déjà rapporté au PLQ 428 000 $ et de la perquisition de l'UPAQ à la permanence du parti. Le chef libéral s'est défendu tant bien que mal, peut-être parce que la formule du débat ne lui facilitait pas les répliques. Il a tout de même été cinglant à l'endroit de la chef péquiste quand il lui a dit: «Vous n'avez aucun scrupule.»
Bien sûr, il fallait s'attendre que Philippe Couillard, puisque son parti mène dans les sondages, soit la cible de tirs groupés des trois autres chefs. Il a peut-être un peu trop voulu garder son calme et se présenter comme le plus respectueux des adversaires. Ça finissait dans son cas par manquer de sanguinité.
Philippe Coullard n'a pas été mauvais. Il lui fallait certes résister, mais aussi donner de l'impulsion au mouvement électoral qui s'était dessiné en sa faveur pour asseoir une victoire électorale. Il lui fallait surtout ne pas céder un pouce à celui chez qui il est allé chercher les intentions de vote.
Finalement, au 7 avril, pour le vrai grand débat des chefs.