Si le gouvernement libéral de Philippe Couillard, qu’on voit accompagné du maire Régis Labeaume, cherche à sauver quelques meubles à Québec, il aurait tout intérêt à faire de la belle façon à la Mauricie qui compte autant de circonscriptions libérales à risque de basculer qu’on en trouve sur le territoire de la ville de Québec.

Restera des peanuts pour les régions

CHRONIQUE / On ne va pas reprocher au maire de Québec, Régis Labeaume, d’être opportuniste.

L’homme fort de Québec a bien saisi l’importance stratégique que sa ville et ses environs devraient avoir dans les élections provinciales.

Il a compris que le gouvernement libéral de Philippe Couillard, s’il veut se maintenir au pouvoir, n’aura d’autre choix que de sortir la plus grosse artillerie dont il peut disposer pour espérer freiner la poussée caquiste qui se fait déjà fortement sentir dans toute la région de Québec. Cela veut dire du sonnant et trébuchant.

Il est assurément bien avisé de stimuler la surenchère de promesses électorales entre les deux partis politiques les plus susceptibles, selon les sondages actuels, de former le prochain gouvernement.

Alors que la Coalition avenir Québec s’est déjà compromise en promettant de réaliser le troisième lien (pont ou tunnel) entre la ville de Québec et la rive sud, le gouvernement libéral vient de se peinturer dans le projet de trambus (tramway et autobus rapides), qui aura dans certaines sections des airs de métro.

S’il joue bien ses cartes, Labeaume pourrait bien finir par obtenir l’engagement qu’on mette de l’avant les deux projets.

C’est de l’argent, beaucoup d’argent. On parle de trois milliards pour ce nouveau réseau de transport et autant pour le troisième lien. Ça ferait six milliards $ à être assumés par Québec et Ottawa car en général, Régis Labeaume commande mais ne règle pas l’ardoise. Il avait particulièrement bien réussi son coup avec l’amphithéâtre Vidéotron, payé à 100 pour cent par Québec. Il a coûté la jolie somme de 400 millions $. Avec le trambus, il paiera pour les fleurs, le gazon et les banquettes extérieures.

Pourquoi Québec se gênerait? Montréal aura son Réseau express métropolitain, un projet de près de 7 milliards $. On dira que c’est la Caisse de dépôt qui assume le financement. C’est seulement en partie vrai. Pour que le projet génère des rendements positifs, Québec, par différents biais, aura versé près de 2,7 milliards $.

Qui sait si avec la présente campagne électorale, pour peu que l’issue soit incertaine, ce qui est assez probable, le gouvernement sortant ne s’étire pas le coup pour mettre de l’avant la Ligne bleue du métro ou même, pour ne pas trop contrarier Mme la mairesse Plante, la Ligne rose.

C’est une belle valse des milliards en perspective qui va renforcer la force d’attraction de la métropole et la capitale alors que les régions ne cessent de râler, toujours à court de moyens pour assurer leur développement, quand ce n’est pas leur survie. Dans les régions, le mot dévitalisation est connu et ce n’est pas une vue de l’esprit. Ce n’est quand même pas le Fonds d’appui au rayonnement des régions avec un petit 30 millions $ à se partager en ce moment qui va changer le monde régional au Québec.

On pourra invoquer que les régions n’ont qu’à présenter davantage de beaux grands projets «structurants». Ce ne serait pas un problème s’ils avaient l’assurance que ceux-ci seraient subventionnés à 90 ou même 100 pour cent.

On l’a vu à Trois-Rivières avec l’Amphithéâtre Cogeco. Une fois tous les travaux complétés, le soutien gouvernemental venu de Québec et d’Ottawa n’a représenté qu’un peu plus du tiers de l’investissement. Pour son futur colisée, ce sera à peu près la moitié de la facture, mais moins en pourcentage s’il y a des dépassements de coûts. Shawinigan en sait quelque chose. Son amphithéâtre devait coûter 15 millions $. Il a finalement dépassé les 30 millions $. Les subventions de Québec et d’Ottawa sont demeurées inchangées.

On laissera à chaque région le soin d’organiser ses petites ou grandes séductions électorales. Il reste que, comme Québec, la Mauricie est bien positionnée politiquement pour s’établir d’ici les élections d’octobre, un certain rapport de force. Elle a de quoi tenir les aspirants par les parties sensibles.

Si la rive sud, entre autres avec Nicolet-Bécancour, est déjà caquiste et promet de le demeurer, ce n’est pas le cas en Mauricie libérale. Le caquiste Donald Martel, qui n’a que l’embarras du choix dans son recrutement de candidats, s’y promène déjà avec le sourire large du conquérant. Aux libéraux de le lui faire perdre.

Toutes les circonscriptions sont libérales en Mauricie mais elles sont aussi toutes menacées de passer aux mains des futurs candidats du parti de François Legault.

Si le gouvernement libéral cherche à sauver quelques meubles à Québec, il aurait tout intérêt à faire de la belle façon à la Mauricie qui compte autant de circonscriptions libérales à risque de basculer qu’on en trouve sur le territoire de la ville de Québec.

Si Québec mérite d’être traitée aux petits oignons, qui se traduisent en milliards de dollars d’engagements électoraux, sans aller dans l’enflure, ou la mégalomanie, la Mauricie détient électoralement de quoi se faire gâter.

On peut donc suggérer à nos maires et à leurs conseils municipaux de ne pas se gêner et de mettre sur la table, même si c’est à la hâte, quelques projets d’envergure. Le moment est propice pour faire tomber à leur avantage un peu plus d’argent en dehors de Québec et de Montréal. Il suffit d’intégrer dans la présentation quelques mots plus à la mode comme «mobilité», «structurant», «durable»… Le décodage politique fera le reste.

Coup de cœur: S’il advenait à Katy Perry de vouloir me voler un baiser, je promets de ne pas la dénoncer sur #metoo. Mais j’haïrais pas que ça se sache.

Coup de griffe: Que Donald Trump ait menti, ça colle à son personnage. Il raffole des «fake news». La vraie question est: est-ce que Mahatma Trudeau l’a cru?