Ce contenu vous est offert gratuitement, il ne vous reste plus de contenu à consulter.
Créez votre compte pour consulter 3 contenus gratuits supplémentaires par jour.
Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste
Jean-Marc Beaudoin

Quel avenir pour le centre-ville?

Article réservé aux abonnés
CHRONIQUE / Avec peu de passants, le trottoir avait beau avoir l’air d’être boudé, Claude Masson, le propriétaire du Centro, faisait balayer les quelques flocons de neige qui traînaient encore devant son établissement.

Comme à l’été, quand les propriétaires de commerces au centre-ville de Trois-Rivières sortent les balais pour dépoussiérer leurs devantures, le restaurateur s’appliquait à mettre ça bien propre, en attendant les clients.

Il faisait frisquet jeudi, mais le soleil déployait assez d’ardeur pour faire fondre les quelques brins de neige restants. Il aurait pu faire la job.

Un vieux réflexe sans doute de la part de notre tenancier, car des clients, il n’en viendra pas.

Peut-être que comme lorsque l’on étend la neige et que l’on creuse des rigoles pour accélérer la fin de l’hiver, Claude Masson tentait-il inconsciemment de pousser sur le temps. Peut-être se voyait-il déjà quelque part en mars au milieu de tables dressées et de chaises occupées par du monde, par beaucoup de monde.

Peut-être surtout avait-il pris connaissance des statistiques du jour sur la situation pandémique dans la région: un seul nouveau cas confirmé de COVID-19 dans toute la Mauricie et aucun dans Trois-Rivières. Et pas d’invasion repérée de variants.

Comme bien d’autres tenanciers, il ne pouvait que se demander comment pouvait-il être encore fermé quand le virus semble avoir jeté les gants.

Comme la clientèle, il lui faudra encore un peu de patience avant que le centre-ville soit rouvert. Certes, une partie des activités commerciales a repris. Mais sans les restos, les bars, les cafés et compte tenu du télétravail qui garde le monde à la maison, le centre-ville manque d’ambiance.

Mais ça va bientôt se réanimer et on peut se demander de quoi aura l’air le centre-ville d’après-COVID. On se doute bien qu’il y aura quelques pertes, des éclopés, de nouvelles affiches «à louer»... ou «à vendre». À court terme, il ne fait pas de doute que dès que les portes «récréatives» seront rouvertes, ce sera l’affluence, la surabondance même, la curée. Après bientôt six mois de réclusion forcée, d’assignation à résidence, les gens sont comme en sevrage de socialisation. Enfin pouvoir voir et se faire voir.

D’autant qu’on sait maintenant que la Santé publique aurait probablement préféré que tout cela reste ouvert, même si c’était avec contraintes et heures réduites, le gouvernement va avoir désormais de la difficulté à faire socialement accepter encore longtemps ces fermetures. Les lunes de miel politiques sont toujours fragiles.

Si le centre-ville devait rapidement reprendre ses airs, on peut aussi se demander de quoi il devrait avoir l’air.

Ça tombe bien, par le biais d’un comité appelé Action centre-ville, la Ville de Trois-Rivières invite présentement ses citoyens à donner leurs points de vue sur ce qu’ils apprécient ou pas de leur centre-ville et comment ils aimeraient qu’il soit.

À travers les différentes réponses qui seront données aux questions du sondage, la Ville établira son plan d’action pour les cinq prochaines années. C’est le moment de jouer à l’influenceur. C’est le moment de passer ses messages, de se donner une importance citoyenne. Enfin...

On veut connaître quels sont les attraits que vous appréciez, ce qu’on pourrait organiser l’hiver, votre satisfaction (ou insatisfaction) à propos du stationnement, si on doit privilégier la piétonisation, s’il manque d’arbres et de parcs, si la mixité commerciale est convenable, etc.

Mais au départ, on veut savoir dans l’esprit des Trifluviens, qu’est-ce qui est considéré comme étant le centre-ville.

Le comité propose trois délimitations. Une première qui présente un centre-ville minuscule qui ne comprendrait que la rue des Forges, une portion de Notre-Dame et des Ursulines et le parc portuaire. La seconde s’étire de Saint-Roch jusqu’à l’amphithéâtre. La troisième engloberait, depuis Bellefeuille et Saint-Maurice, une partie de Saint-Philippe et en totalité les paroisses de l’Immaculée-Conception et de Sainte-Cécile, avec Trois-Rivières sur Saint-Laurent presque au complet.

Ente les deux extrêmes, il y a peut-être la vérité.

On peut se moquer de la version lilliputienne, qui fait plus Rue Principale que centre-ville.

On devrait pourtant réfléchir à nos habitudes. Des Forges aller-retour, une deux ou trois fois, avec une pointe au parc portuaire et sur des Ursulines et de légers écarts sur Notre-Dame... c’est la routine d’une majorité.

On fréquente moins les rues voisines. On ne se surprendra pas de constater que certaines rues ont pris une tournure de dévitalisation, comme Saint-Roch ou Saint-Georges, et même Royale, malgré des airs de brocante qui devraient susciter au moins la curiosité et une marche allongée.

Les touristes, nombreux quand il y a les grands événements et quand le Cirque occupe l’amphithéâtre, visitent un centre-ville qui est beaucoup plus large et, à écouter leurs commentaires, on doit admettre qu’ils en sont ravis.

C’est vrai que, par les beaux soirs d’été, l’expérience qu’offre le centre-ville rivalise sans prétention avec ce qui se fait de mieux ailleurs. Ce n’est pas de l’autogratulation; ce sont les visiteurs qui le disent.

Avec l’ouverture de l’amphithéâtre, le réaménagement de la place Pierre-Boucher, la redécouverte de la rue des Ursulines, l’intérêt s’est déplacé vers l’est. Avec la venue sur Saint-Georges d’un pavillon de l’UQTR et le centre d’expertise en agroalimentaire, le côté ouest pourrait reprendre de la vigueur. On le souhaite.

Il reste que rares sont les endroits qui, comme Trois-Rivières, concentrent place commerciale et festive, un parc portuaire, le secteur historique et un amphithéâtre au confluent d’une rivière et d’un fleuve.

Un centre-ville, c’est la vitrine d’une ville. Gâtons-le!