Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste
Jean-Marc Beaudoin
O’Toole est encore peu connu. On pourrait demander «Erin who?» comme on l’avait fait au lendemain de la victoire de Joe Clark, en 1976, lui aussi élu par les seconds choix des délégués conservateurs.
O’Toole est encore peu connu. On pourrait demander «Erin who?» comme on l’avait fait au lendemain de la victoire de Joe Clark, en 1976, lui aussi élu par les seconds choix des délégués conservateurs.

Que réserve TR avec O’Toole?

CHRONIQUE / Certains malins, qui ne sont certainement pas des partisans, se sont empressés de dire que c’est à la faveur de la nuit que le Parti conservateur du Canada a élu son nouveau chef, suggérant qu’il était plutôt moyen.

On est en politique et c’est de bonne guerre d’attaquer sans attendre l’adversaire.

C’est vrai qu’en raison d’ennuis techniques majeurs, l’organisation du congrès au leadership des conservateurs a mis d’interminables heures avant de proclamer Erin O’Toole vainqueur, à l’issue de trois tours de scrutin.

S’il y avait quelque chose de gênant, c’est bien cet interminable retard qu’il a fallu avant de produire les résultats, au début de la nuit, alors que la plupart des mordus de politique avaient déjà abandonné leur veillée télévisuelle. D’autant qu’au Québec, le membership conservateur est relativement faible et que la campagne à la direction du PCC, pandémie n’aidant pas, s’est faite dans une presque quasi-indifférence générale.

On attendait Peter Mackay et on a élu Erin O’Toole.

Ce qui peut surprendre a priori, c’est que les conservateurs québécois inscrits à la votation ont accordé très majoritairement leurs votes à O’Toole alors qu’un seul des dix députés du Québec l’appuyait, que sept s’étaient rangés derrière Mackay et que deux étaient restés neutres.

Dans l’ensemble des provinces canadiennes, c’est d’ailleurs le Québec qui a apporté l’appui le plus déterminant au nouveau chef.

Il faut peut-être en déduire que tant sa personnalité que ses idées politiques correspondent au fond des bleus québécois, ce qui pourrait générer quelques enthousiasmes électoraux.

O’Toole est encore peu connu. On pourrait demander «Erin who?» comme on l’avait fait au lendemain de la victoire de Joe Clark, en 1976, lui aussi élu par les seconds choix des délégués conservateurs.

Le grand public le connaît donc encore peu, mais il faut reconnaître qu’il a fait assez bonne impression dès ses premières apparitions publiques.

O’Toole s’est immédiatement appliqué à séduire le Québec.

Il s’est entre autres empressé à préciser qu’il était pro-choix, conscient que les balbutiements sur la question de son prédécesseur Andrew Scheer ont coulé la dernière campagne électorale. D’ailleurs, le nouveau chef devrait remercier ce dernier pour son misérable discours d’adieu, qui étalait toute sa frustration. Car les comparaisons entre les deux hommes et leur hauteur politique se sont révélées un formidable faire-valoir pour O’Toole.

Le nouveau chef conservateur a compris qu’il ne pourra porter son parti au pouvoir sans améliorer la position de celui-ci au Québec. Les ralliements conservateurs ont été rares au Québec et sans une bonne collecte de circonscriptions, cela ne sera pas possible.

Alors, il n’a pas hésité, en dépit d’une extrême-droite très influente dans le PCC, à rallier certaines valeurs des Québécois. Il a indiqué que sa première rencontre avec un premier ministre provincial sera réservée à François Legault et a même assuré que les nationalistes ont leur place au sein de son parti.

En plus, même si son français est celui d’un «Anglo», comme il l’a reconnu, il est d’un bien meilleur niveau que celui de Scheer.

Erin O’Toole pourra certainement plaire à une partie des Québécois. Mais qu’on ne s’illusionne pas. Il n’y a quand même aucune «O’Toolemania» en perspective dans la Belle Province.

Ce qui ne veut pas dire que le PCC ne pourrait pas y réaliser une percée. Il n’a pas besoin d’un balayage pour former un gouvernement, mais peut-être de doubler sa députation québécoise.

Le sondage de Léger et de l’Association d’études canadiennes publié en début de semaine ne révélait pas d’engouement pour le PCC au Québec. Il y avait cependant une donnée intéressante qui indiquait que huit pour cent des électeurs qui n’ont pas voté conservateur pourraient dorénavant joindre le PCC dirigé par O’Toole. C’est le double dans le Canada anglais.

Cela paraît négligeable, mais si les troupes de Scheer avaient obtenu 8 % de plus de votes au Québec, il y aurait d’autres circonscriptions qui auraient basculé dans le clan conservateur.

L’une de celles-ci: Trois-Rivières.

Yves Lévesque a certes terminé au troisième rang, mais à 3,3 points seulement de moins que la bloquiste Louise Charbonneau.

Or, on sait que l’ex-maire, qui avait justement appuyé O’Toole et qui lui a vraisemblablement livré lundi les votes la région, sera en conséquence de nouveau candidat.

Il ne faudrait pas une grosse vague conservatrice au Québec pour que Lévesque pense vraiment pouvoir arracher la circonscription.

À huit points de plus, il l’aurait emporté l’an passé. Mais en politique, on peut faire bien des mathématiques, ça ne concorde pas toujours.

D’ici le scrutin, beaucoup de facteurs peuvent faire valser dans un sens comme dans l’autre les électeurs.

Il y a surtout que dans Trois-Rivières, il faudra voir vers quel parti se dirigeront les néo-démocrates. Si au Québec, le NPD de Jagmeet Singh a obtenu un maigre 10,8 % des votes, à Trois-Rivières, avec Robert Aubin, le parti avait mieux résisté, à 16,7 %.

Comme on ne sent pas que le NPD ait du vent dans ses voiles, il y aura bien un 6 à 7 % à se partager à Trois-Rivières. Ces votes ne devraient pas aller au PCC. Peut-être au Parti vert, peut-être un peu aux libéraux, mais plus vraisemblablement au Bloc québécois, pour lequel personne ne prédit de recul électoral possible. Bien au contraire...

Alors oui, il pourrait y avoir un élu conservateur à Trois-Rivières, mais c’est loin d’être acquis.

Dans les autres circonscriptions de la région, si on s’en rapporte aux résultats de 2019, on ne voit vraiment pas où le PCC pourrait devenir menaçant.

Certainement pas dans Bécancour-Nicolet-Saurel où le député bloquiste Louis Plamondon ira chercher, les deux mains dans le dos, s’il le voulait, mais ce n’est pas son genre, sa... douzième victoire. Maintenant ainsi comme doyen des députés à la Chambre des communes, ce que Jean Chrétien appellerait... un séparatiste.

Tout un pied de nez au ROC!