Jean Charest pourrait passer à l’histoire en étant le premier premier ministre du Québec à devenir premier ministre du Canada.

Que décidera Jean Charest?

CHRONIQUE / Le Parti conservateur du Canada est peut-être en train de perdre ses maigres chances de former le prochain gouvernement, ce qui aurait pu se produire à la faveur d’une légère percée chez les électeurs québécois.

Entendons-nous! Ce n’est pas parce que l’ex-maire de Trois-Rivières et candidat du parti aux dernières élections, Yves Lévesque, a renoncé, après quelques réflexions isolées de sa part, à briguer la direction du parti que les espoirs des conservateurs risquent de s’être évanouis.

Ce n’est pas non plus parce que quand il aura lui aussi terminé sa réflexion, Dominic Therrien, candidat conservateur dans Trois-Rivières en 2015, confirmera à son tour qu’il repousse à une date indéterminée sa tentative de devenir chef de son parti, que les possibilités pour le PC de séduire un peu plus de Québécois vont s’effondrer.

On a beau se concevoir dans le siège de chef du PC et se projeter dans le trône de premier ministre canadien, il faudrait peut-être d’abord parvenir à être élu dans sa circonscription et entreprendre de se bâtir par la suite un bon réseau d’appuis pour se définir une stature nationale.

On ne va cependant pas leur reprocher de manquer d’ambition, même si certains seraient enclins à plutôt y déceler des prétentions.

Ce qui réduit les chances du Parti conservateur d’améliorer pour la peine ses potentiels de remporter les prochaines élections, dans un an ou deux, ce sont les dernières et puissantes bourrasques qui risquent de faire basculer un certain Jean Charest.

Depuis qu’il avait fait connaître son intérêt à reprendre la direction de ce Parti conservateur qu’il avait déjà dirigé, l’ex-premier ministre du Québec semblait être parvenu à résister au violent vent contraire, venant de l’intérieur du parti, que sa candidature potentielle avait fait lever.

Il y avait une forte résistance à son endroit, dont celle assez acquise de l’ex-premier ministre Stephen Harper.

Mais Jean Charest est, on a pu le constater au Québec, toute une bête politique, capable de bien jauger ses chances de succès et disposant de pleins d’appuis, à l’intérieur du Parti conservateur, mais aussi à l’extérieur.

Il peut compter sur une petite armée de l’ombre, ce qu’on pourrait appeler des cellules politiques dormantes ou devenues orphelines, principalement du côté des anciens militants du Parti libéral du Québec, qui s’en ennuient et dont bon nombre d’entre eux se sont spontanément portés volontaires pour se battre à ses côtés.

On ne voit pas très bien dans les autres aspirants probables à la direction du parti lequel serait susceptible de secouer un peu le Québec en faveur du PC.

À l’exception de Pierre Poilievre, ils ont tous une connaissance plus que rudimentaire du français. Certes, Pollievre a des allures pancanadiennes puisqu’il est né à Calgary d’un père francosaskatchewanien, qu’il a épousé une Montréalaise et qu’il représente une circonscription de la région d’Ottawa. Mais on peut douter que ce réputé pit-bull du PC au parlement, puisse faire de grosses vagues au Québec. Et sans le Québec, point de salut.

Il faut bien se comprendre. Avec Jean Charest à la tête du PC, on n’assisterait pas à une Charestomanie québécoise. Pas de déferlante ou de tsunami à l’horizon.

Mais l’homme pourrait générer entre quinze et vingt comtés, ce qui serait suffisant pour atteindre une majorité parlementaire. On peut penser que cette petite poussée que pourrait amener Jean Charest aurait été suffisante, par exemple, à faire élire Yves Lévesque, qui a échappé Trois-Rivières avec à peine 3,3 points de moins que Louise Charbonneau, du Bloc québécois.

Jean Charest pourrait passer à l’histoire en étant le premier premier ministre du Québec à devenir premier ministre du Canada.

Bien sûr, il y a une majorité au Québec qui est plus que disposée à l’empêcher de faire les livres d’histoire.

L’annonce de sa candidature possible à la tête du Parti conservateur a déclenché bien des déchirages de chemise sur la place publique. L’homme ne laisse aucun amateur de politique indifférent.

De nos jours, avec la fragmentation des votes, on peut être élu avec à peine 35 pour cent des voix. Avec ceux qui ne votent pas parce qu’ils s’en foutent, on doit s’attendre à avoir au moins les deux tiers des citoyens qui, quoi que vous fassiez, ne vous aiment pas ou s’en sacrent.

Ce n’est donc pas parce que s’est levé d’instinct un tollé contre lui, avec toute la gamme des émotions, de la colère des uns à l’indignation des autres, que cela pourrait faire trembler un politicien aguerri de la trempe de Jean Charest. Qu’un bloquiste soit enragé dur, ça change quoi au PC?

Bien sûr, il y a l’épouvantail de l’enquête Mâchurer de l’UPAC que les adversaires se sont empressés d’agiter à bout de bras. Mais étant donné qu’après six ans on n’a pas débouché sur la moindre accusation, bien des gens jugent que ça suffit. Qu’on accuse ou qu’on se récuse.

Jean Charest avait les épaules pour passer par dessus cette enquête sans fin.

Mais voilà que la Cour suprême du Canada vient de débouter Marc Bibeau, l’ancien grand argentier du Parti libéral du Québec, en permettant que soient publiés les motifs de leur enquête.

Ce ne sont toujours que des allégations, qui n’ont pas pu être contredites et qui ne mèneront peut-être jamais à la moindre accusation contre Bibeau et encore moins contre Jean Charest.

Rien de vraiment nouveau, mais ça reste du matériel explosif à un moment crucial dans la réflexion de Jean Charest.

Il le sait. Le tribunal public ne s’encombre pas des détails. Il retient ce qui fait son affaire et cela devient comme une bulle papale.

On saura dans quelques jours quelle décision prendra Jean Charest.

Ce qu’on peut dire, c’est que les amateurs de politique trépignaient déjà à l’idée de le voir apparaître sur le champ de bataille.

Coup de cœur: Ce serait le «fun» de voir l’équipe des Canadiens de Montréal de la ECHL dans un match non amical, affronter les Patriotes de l’UQTR… au colisée de Trois-Rivières.

Coup de griffe: Avec sa voix puissante et son gilet de warrior, on pourrait suggérer au Shawin François Thibodeau de prendre la tête d’un grand mouvement «À vos pelles, citoyens!»