Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste
Jean-Marc Beaudoin
Avec Donald Trump, les Américains retrouvent leurs valeurs patrimoniales et renouent avec leur histoire de cow-boy.
Avec Donald Trump, les Américains retrouvent leurs valeurs patrimoniales et renouent avec leur histoire de cow-boy.

Qu’arrive le temps des lilas!

CHRONIQUE / S’il y a une fois où on aurait pu d’emblée être en harmonie avec le président américain Donald Trump, c’est quand, du haut de toute sa science intérieure, il nous prédisait pour Pâques la fin de la crise de la COVID-19. On voulait le croire.

On ne familiarisera pas plus longtemps avec le chef des brigands voleurs de masques sur les tarmacs du monde, à la manière hussarde avec comme revolver de soumission, des gros dollars US, comme autrefois on détroussait, Colt au poing, les diligences. Et là, en plus, il faut payer au noir.

Que le Québec fasse attention. Il pourrait se faire voler masques et cash.

Ce n’est plus America great again, c’est Far West great again. Peut-être le prochain slogan électoral. Les Américains retrouvent leurs valeurs patrimoniales et renouent avec leur histoire de cowboy.

On peut cependant espérer qu’au Québec, la pointe, le sommet, ou le «pic», au choix, arrive vers Pâques. Ce qui, pour de bons chrétiens, dont on peut à peu près tous se prétendre, apporterait un petit sens de résurrection. Chacun ses références au passé.

Mais pour ce qui est de la pause au confinement imposé, on risque bien de devoir traverser l’odorant temps des lilas, en mai, celui des jolis pommiers en fleurs en début de juin et, ce qui ferait notre bonheur total, obtenir la délivrance conviviale pour la Saint-Jean. Imaginez une libération québécoise le 24 juin, journée de fête nationale.

Si on y arrivait, on pourrait se gonfler le torse au regard d’une grande partie du reste du monde.

C’est le goût qu’on en a. Même avec l’explosion cette semaine des cas d’infection recensés, le Québec reste encore une référence mondiale en regard de sa population pour ce qui est du niveau des cas d’hospitalisation, de patients en soins intensifs et surtout de décès.

Les statistiques font quand même peur et avec leurs visages plus pénétrés pour nous les présenter, Horacio, Frank et Dany sont redevenus Dr Arruda, premier ministre Legault et Mme McCann, ministre de la Santé.

Dans ce bilan quotidien qui s’alourdit, la région fait mauvaise figure en se classant au 5e rang des régions du Québec pour le nombre de personnes victimes de la COVID-19 ou présumées l’être.

Ce n’est pas très glorieux. Il faut cependant préciser que ce sont des statistiques qui englobent deux régions, la Mauricie et le Centre-du-Québec.

Si on retire les cas qui appartiennent au Centre-du-Québec, la Mauricie glisse au 8e rang, ce qui la rapproche de son poids démographique au Québec. La situation pourrait être pire. Entre Québec et Montréal, la Mauricie se retrouve au centre du corridor urbain le plus densément peuplé du Québec et on n’y a pas encore installé de barrages protecteurs, comme on vient de le faire en Haute-Mauricie.

Il y a donc plus de mouvements de population que dans les régions excentriques, ce qui élève les risques de contagion.

On pourrait même penser qu’elle s’en tire mieux, sur un plan relatif, que ce que les chiffres donnent à entendre puisque c’est une des régions parmi les plus âgées du Québec. En fait, après la Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine, la population de la Mauricie est la plus âgée du Québec.

Elle devrait donc en principe être beaucoup plus touchée par le coronavirus puisque plus on avance en âge, plus les défenses immunitaires s’affaiblissent et en conséquence, plus cela est susceptible d’affecter les statistiques qui sont significatives comme les cas d’hospitalisation, de patients aux soins intensifs et de décès.

Si on retranchait le cas particulier du CHSLD-Laflèche, qui a gonflé les chiffres régionaux dont celui des décès (trois sur cinq), la Mauricie se comporte aussi bien, ou pas plus mal, qu’ailleurs.

S’il y a quelque chose d’inquiétant, c’est bien que 20 pour cent de la population régionale affectée par le virus soit du personnel médical. On peut comprendre les craintes qui se manifestent dans le personnel soignant et le manque de personnel, aussi essentiel soit-il, qui en découle par moments.

On sait tous qu’on entre d’ici Pâques dans la phase la plus critique de la pandémie et que les statistiques sur la situation risquent par moments de donner le vertige. Surtout avec les projections qui seront présentées mardi.

Il y a risque de panique chez certains et des dérapages de comportement sont aussi à craindre.

Le premier ministre Legault a durci le ton jeudi, signifié aux policiers d’intervenir lorsqu’il y a fête ou attroupement et même invité les citoyens à dénoncer tout rassemblement.

Après la grande distanciation sociale, la grande délation sociale? Ce n’est pas sans danger.

Il ne faudrait pas voir apparaître des escadrons de la COVID-19, toujours le nez dans les rideaux à espionner les voisins, au cas où, ou à patrouiller dans les rues pour débusquer des contrevenants ou pseudo-contrevenants et à scruter les files à l’épicerie...

Il y a toujours des gens pour se sentir investis de la mission de sauver l’humanité, de se concevoir en bonne conscience autoproclamée, qui ont le syndrome du badge policier.

On pourrait peut-être suggérer à ces croisés, en espérant que ce ne sont pas les mêmes qui avaient fait main basse sur le papier de toilette, que s’ils veulent vraiment aider leur communauté, les organismes communautaires manquent de bras.

On n’a pas le choix de faire carême jusqu’à Pâques et après, de prendre le temps de humer les lilas.

Coup de cœur: À défaut de coups de klaxon, un grand coup de cœur au courageux personnel du CHSLD Laflèche.

Coup de griffe: À notre matamore de voisin qui veut maintenant faire du Canada un Cuba du nord. On comprend l’idée de l’armée à la frontière.