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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste
Jean-Marc Beaudoin
Michel Angers
Michel Angers

Quand Shawinigan s’emballe

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CHRONIQUE / «Si je peux compter sur vous, vous pouvez compter sur moi!»

Avec cette conclusion, Michel Angers, le maire de Shawinigan aurait pu espérer une «spontanée» ovation debout, accompagnée d’applaudissements aussi longs que nourris, venant d’un auditoire rassuré.

De quoi apporter une petite griserie à n’importe quelle personnalité politique.

Car ce que le maire Angers venait de confirmer aux membres de la Chambre de commerce et d’industrie de Shawinigan, c’est qu’il allait être de nouveau sur les rangs en novembre.

Le problème, c’est que pour cette rencontre annuelle, pandémie oblige, le maire Angers ne pouvait voir l’assemblée, qui était quand même importante, si l’on s’en fie aux inscriptions des branchés à la webconférence. Il a donc été privé d’un moment d’enthousiasme, si c’était le cas, ce qui est probable, compte tenu de l’auditoire auquel il s’adressait.

On peut dire que c’était son annonce officielle de candidature, qu’il réserve toujours pour la Chambre, car il avait déjà pas mal confirmé à l’automne cette intention à ma consoeur Paule Vermot-Desroches.

Un maire au pouvoir préfère toujours et de loin, surtout en année d’élection, être en mesure de présenter un bon bilan et de prometteuses perspectives. Ça sert d’argument électoral, dans un sens comme dans l’autre, dépendant de qui s’y réfère, le sortant ou les prétendants.

On peut penser que compte tenu de l’année extrêmement difficile que l’on vient de traverser, le maire de Shawinigan aurait dû se résigner à parsemer son discours d’excuses et d’explications pour une tenue économique médiocre... et tout le monde aurait compris.

Pourtant, sans avoir à torturer les chiffres pour leur faire dire ce qu’ils ne peuvent dire, Michel Angers avait un bilan plutôt positif à dresser pour sa ville et quelques bonnes nouvelles à venir.

On commence à comprendre que la pandémie n’a pas fait que des misérables.

Certes, du côté de la restauration, de l’hôtellerie, du tourisme, des arts, du spectacle, de l’événementiel, des cours privés de toutes sortes, des gyms, etc, les derniers douze mois ont été désastreux.

Mais on découvre de plus en plus que de larges pans de l’économie, loin d’être sur pause, ont progressé et, on l’a appris, que plus vous profitiez d’un gros salaire, plus l’année a été bonifiante.

Mais à Shawinigan...

Le maire reconnaît que ç’a été à Shawinigan comme ailleurs une année de fou où il a fallu constamment se réinventer.

Bien sûr, il a fallu soutenir d’urgence un certain nombre d’entreprises. 158 au total, ce qui n’est pas rien. Mais cette aide, qui a totalisé 3,2 millions $, a généré 6,8 millions $ d’investissements et ajouté 121 emplois. En pleine crise, ça reste un exploit.

Là comme ailleurs, la Ville a initié ou soutenu plein d’initiatives, dont une campagne d’achat local. Il y a un courant généralisé qui va dans ce sens. En espérant qu’il persiste et s’amplifie avec le temps. On ne voit jamais M. et Mme Amazon attablés à un café sur la 5e, ou suants dans une équipe de bénévoles, ou souscrivant avec compassion au Noël des Nôtres.

Ce qui surprend un peu plus, c’est que le secteur industriel aurait été, selon les mots du maire, «en pleine effervescence».

La demande se serait entre autres révélée forte pour des locaux industriels de grandes dimensions. Il y a une dizaine de gros projets industriels qui ont été annoncés durant la dernière année et il y a encore dans les cartons quatre gros projets qui totaliseront 270 000 pieds carrés, l’équivalent de treize terrains de football. «Attendez voir, ça va être impressionnant», prévient le maire.

D’ailleurs, la Ville n’a plus de bâtiments industriels à offrir.

Ajoutez à cela la Zone d’innovation qui est à peu près acquise et on ne reconnaîtra plus Shawinigan-la-désindustrialisée.

Faut-il s’étonner qu’en conséquence, le marché immobilier se soit là aussi un peu emballé.

Les permis de construire pour des résidences principales ont grimpé de 46 pour cent et l’ensemble des constructions, de 58 p.c. Sur le marché immobilier, les ventes résidentielles ont augmenté de 26 p.c. et de 48 p.c. pour les immeubles de logement. Et le grand coup s’est donné vers la fin de l’année, en plein confinement.

Avec des valeurs des permis en hausse.

Shawinigan approche même des 50 000 habitants. Il faut se rappeler que les statisticiens avaient prédit il y a une dizaine d’années une baisse démographique qui ferait descendre la population à un plancher de 45 000 habitants. Il y a plutôt eu une croissance de 1,7 p.c., peut-être la meilleure en termes de pourcentage, en Mauricie.

Faut-il s’étonner que Michel Angers ait conclu que «le virage PME» a réussi et, question de réclamer un peu de reconnaissance, suggéré qu’on «récolte ce qu’on a semé».

Alors pourquoi a-t-il ajouté, sur un ton incisif, avec peut-être des poignards dans les yeux: «S’il y en a qui pensent qu‘à Shawinigan, ça ne va pas bien...»

Il y a toujours des critiques. Peut-être répondait-il à l’ancien député péquiste Luc Trudel, qui déplorait récemment que depuis l’arrivée à la mairie de Shawinigan, il y a douze ans, de Michel Angers, il n’y a pas eu de vrai débat de société.

Mais surtout, qui, même s’il concède un «certain progrès», relève que Shawinigan reste la championne de la péréquation, mais aussi «de la pauvreté, de l’assistance sociale, des revenus de transfert...»

Un candidat potentiel peut-être? On ne l’a pas entendu dire non. Fort en citations, pour l’instant, la réponse de Luc Trudel c’est: «Il ne faut jamais dire fontaine je ne boirai pas de ton eau.»

Michel Angers aura un ou plusieurs adversaires. Pour un quatrième mandat, il ne peut espérer une acclamation.

L’ex-député libéral Pierre Giguère a mis fin à sa réflexion. Mais Roger Castonguay, conseiller chez Mauricie Toyota, s’est mis sur les rangs.

Pour les autres potentiels, on verra ce que réservent leurs coups de sonde et leurs tâtements du terrain.

Coup de coeur: Que les vacances scolaires soient les plus joyeuses. C’est plus que mérité.

Coup de griffe: Si le pop-corn est payé par le gouvernement, peut-on rapporter un gobelet à la maison?