Le maire de Shawinigan, Michel Angers

Quand Shawinigan rugit

CHRONIQUE / On suggère périodiquement dans les milieux municipaux de tenir les élections municipales quelque part au printemps plutôt que le premier dimanche de novembre, comme c’est le cas présentement.

Pour des raisons très simples. Dès l’assermentation du nouveau conseil municipal celui-ci doit immédiatement passer à l’étude des prévisions budgétaires pour la prochaine année.

Alors le temps presse et il devient presque impossible aux nouveaux élus d’imprégner le budget à être adopté de leur vision des choses. En novembre, le budget dans ses grandes lignes, même presque dans tous ses détails, a déjà été ficelé par l’administratif et le conseil qui était en place jusque-là.

Alors que si on était des élus du printemps, chacun aurait eu le temps de faire valoir ses points de vue, ses priorités et les grandes orientations qu’il souhaiterait privilégier pour sa ville... Exemple, Vision zéro ou 2.0, peu importe la vision.

Mais si les élections municipales étaient fixées au printemps, il faudrait qu’elles aient lieu le plus tard possible, car il y aurait tentation à beaucoup d’endroits, de la part des électeurs, de procéder au grand ménage printanier de leur hôtel de ville.

En début mars, par exemple, les citoyens auraient encore frais en mémoire les ratés de déneigement de leurs rues et de leurs trottoirs et les contribuables auraient toujours coincé dans la gorge leur dernier compte de taxes. Avec un désir irrépressible de faire rouler quelques têtes pour apaiser leurs frustrations, maire en tête.

Un exemple? Mardi midi, Michel Angers, le maire de Shawinigan, dressait, comme il le fait à chaque début d’année à la Chambre de commerce et d’industrie de Shawinigan, le bilan de l’année écoulée et les perspectives de sa ville pour celle qui commence.

Il n’avait pas devant lui un parterre délirant, prêt à l’acclamer debout à la moindre envolée oratoire et sans dire qu’il était en territoire conquis, on peut penser qu’il profitait quand même d’un auditoire... compréhensif, disposé à accepter sans rechigner, au moins publiquement, ses explications sur le dernier rôle d’évaluation, les dernières hausses de taxe et surtout, certaines augmentations vertigineuses de compte qui en ont découlées pour un grand nombre de contribuables shawiniganais.

Mais quelques heures plus tard, c’est une foule grimpée et en colère, compte de taxes et rapport d’évaluation agités au bout du poing, qui avait rempli l’hôtel de ville pour lui demander des comptes. Une foule pas du tout disposée à l’absoudre.

Si des élections municipales avaient eu lieu cette semaine à Shawinigan, Michel Angers n’aurait peut-être pas reçu son bleu comme maire, mais son écrasante majorité de 2017 aurait fondu comme les glaciers de l’Arctique.

Certes, les protestataires avaient raison quand ils lui ont répliqué que s’il n’était pas responsable de la fiscalité municipale, il devait au moins l’être sur les dépenses de la ville.

Il y a là tout un débat, et les points de vue peuvent s’entrechoquer violemment, sur les investissements qu’une ville doit ou pas consentir pour assurer le bien-être de ses citoyens, sa croissance et sa prospérité.

Là-dessus, il peut y avoir débat et c’est même nécessaire à une saine vie démocratique qu’il y en ait.

Par contre, le maire de Shawinigan a raison quand il explique son impuissance à pouvoir intervenir sur le rôle d’évaluation, mais surtout, sur la fiscalité municipale désuète qu’il est contraint, comme dans toutes les autres villes, d’appliquer et qui crée énormément d’injustices.

Le financement des villes qui repose très majoritairement sur l’impôt foncier a de moins en moins de sens. Et c’est plus flagrant encore à Shawinigan, comme d’ailleurs dans toute la Mauricie, ce qui comprend Trois-Rivières.

Au Québec, c’est en moyenne 70 pour cent des revenus des villes qui proviennent de l’impôt foncier, c’est-à-dire de la valeur des propriétés résidentielles. À Shawinigan, c’est 80 pour cent. Juste là, il y a un effort requis du citoyen-contribuable qui est plus élevé qu’ailleurs.

En plus, les valeurs des propriétés résidentielles, et encore là, c’est vrai pour toute la Mauricie, Trois-Rivières comprise, sont parmi les plus basses au Québec. Pour acquitter une dépense, qui d’une ville à une autre se compare, il faut donc adopter un taux de taxe, parfois nettement supérieur, pour obtenir des rentrées d’argent équivalentes.

Là-dessus, Michel Angers et Yves Lévesque ont souvent tenu le même discours pour se disculper d’un taux de taxe foncière qui souffrait de comparaison avec celui de villes plus riches sur le plan foncier. Les prix les plus bas des maisons sont en Mauricie.

Comme si ce n’était pas assez, de nombreuses analyses l’indiquent, c’est aussi en Mauricie que les revenus par habitant ou par ménage sont parmi les plus bas au Québec.

Pour obtenir les mêmes services qu’ailleurs, la part relative du revenu qui doit être consacrée à régler l’impôt foncier municipal n’en est que plus lourde et peut même devenir impossible à rencontrer.

Les évaluations des maisons et des comptes de taxes montent plus vite que la croissance des revenus familiaux.

D’autre part, la part du secteur industriel dans les revenus municipaux n’a cessé de diminuer au fil des ans et la nouvelle économie, celle du savoir, est plus intangible sur le plan immobilier, donc moins taxable. Shawinigan fonce dans le numérique.

Quant au secteur commercial, la montée fulgurante des achats en ligne va réduire l’apport en taxation venant des immeubles commerciaux et des taxes d’affaires.

On nous prédit aussi un ralentissement prochain des mises en chantier résidentielles, une source d’élargissement des revenus des villes.

Leur financement va devoir reposer de plus en plus sur les épaules du contribuable ordinaire qui peut ne plus avoir les moyens de suivre.

À Shawinigan, mardi, le rugissement qu’on entendait ne venait pas des célèbres chutes, mais des riverains de la rivière Saint-Maurice.

Coup de griffe

Le prix des larmes. C’est ce qu’a dû acquitter Yvan Toutant, ex-porte-parole de la ville de Trois-Rivières et de son ex-maire Yves Lévesque.

Coup de cœur

Ça va prendre de bonnes pôles à Frédéric Dion, l’aventurier de Mont-Carmel, pour atteindre les pôles de six continents. On les lui souhaite.