Un mémoire a été déposé par le conseiller Claude Gagnon lors de l'assemblée du conseil municipal, mardi soir.

Porteur d'eau un jour, porteur...

CHRONIQUE / «J'irai jusqu'au bout et même plus», a promis cette semaine à La Tuque, le conseiller municipal Claude Gagnon, dans son offensive pour obtenir d'Hydro-Québec le versement de dividendes en compensation de son exploitation hydroélectrique sur l'ensemble du territoire de la ville.
«Jusqu'au bout», cela témoigne d'une solide volonté de sa part. Mais quand il rajoute «et même plus», ça peut laisser sous-entendre bien des choses. On a déjà vu, aux États-Unis, des petites communautés faire sauter leur vieux barrage pour retrouver la beauté jusque-là confisquée de leur petite chute.
On s'entend que ça ne s'est pas produit souvent, que cela s'est passé dans de toutes petites localités et que les ouvrages attaqués n'avaient rien de comparable avec n'importe laquelle des six centrales d'Hydro-Québec qui harnachent la rivière Saint-Maurice sur le territoire de La Tuque.
On peut penser qu'il n'est pas dans les intentions du conseiller Gagnon de se transformer en terroriste. Mais il lui faudra certainement autant de combativité musclée qu'à Rambo s'il espère un jour faire infléchir Hydro-Québec ou le gouvernement en faveur du versement de redevances hydroélectriques. 
La porte d'Hydro-Québec a toujours été rapidement fermée chaque fois qu'une telle perspective lui a été soumise, fermée en claquant et verrouillée à double tour.
D'ailleurs, il ne devrait pas parler de redevances. C'est devenu un mot sacrilège à la société d'État. 
Dans son mémoire d'une cinquantaine de pages, le conseiller apporte en exemple les compensations qui sont versées ailleurs pour les champs d'éoliennes ou l'exploitation de petits barrages. Il cite même le cas de la ligne de transport à 735 kV qui traversera le territoire de La Tuque et pour les inconvénients de laquelle La Tuque touchera 900 000 $. 
Il mentionne surtout les 18 millions$ qui seront versés sur 50 ans à sa ville à la suite de la construction des barrages de Chute-Allard et de Rapide-des-Coeurs. 
Il faudra sans doute réexpliquer l'affaire pour rentrer dans la tête au conseiller Gagnon et dans toutes celles de ceux qui comme lui, et ils sont légions, ne comprennent pas, qu'il ne s'agit pas de redevances. Pour la cicatrice de la ligne de 735 kV, c'est un Programme de mise en valeur intégré et pour les deux petites centrales, c'est pour la création d'un Fonds. Faut sans doute avoir l'esprit vraiment tordu pour associer ces versements à des redevances.
Alors, le conseiller Gagnon aurait sans doute intérêt à caviarder et deux fois plutôt qu'une au gros crayon-feutre le mot «redevance» dans son mémoire pour lui substituer une formule plus adaptée comme Fonds réparateur pour bris majeur du patrimoine paysager et exploitation impérialiste d'une richesse naturelle. 
Lâchons la perte de jouissance de chutes superbes et soyons plus diplomates en parlant plutôt d'un Fonds compensatoire de ce que vous voulez qui ferait sympathique.
Le conseiller et la Ville de La Tuque, car le maire Normand Beaudoin appuie la démarche, vont être confrontés, une fois de plus, à une fin de non-recevoir.
Une porte-parole d'Hydro-Québec l'a rappelé en début d'année. «La question de ne pas verser de redevances est un choix de société qui a été fait pour que l'ensemble des Québécois profite de manière équitable des retombées de tous les actifs d'Hydro-Québec.» C'est, semble-t-il, un pacte social sacré fortement protégé par une loi autant sacrée.
Quand bien même elle le voudrait, Hydro aurait donc les mains attachées. 
On n'a jamais compris que les Québécois aient pu favoriser la nationalisation, en particulier de la Shawinigan Water and Power, en insistant pour que les pertes mauriciennes qui en découleraient sur le plan de l'avantage énergétique dont elle disposait pour attirer les grandes entreprises énergivores ne lui soient absolument pas compensées. Il y avait de l'argent pour les riches propriétaires anglos de la SW&P et pas une cenne noire pour les Mauriciens? 
On ne devrait pas parler d'équité, mais de spoliation.
C'est vrai qu'il y a une loi salvatrice qui interdit à Hydro-Québec de verser des redevances pour les anciennes installations hydro-électriques. Une loi...
En 2006, pour garnir le Fonds des générations qu'il venait de créer, le gouvernement libéral de l'époque a adopté une loi décrétant des redevances sur l'eau. 
En vertu de cette mesure, pour l'ensemble de la puissance installée et utilisée sur la rivière, Hydro-Québec doit verser chaque année dans ce fonds au-delà de 25 millions$. Juste pour les installations de Shawinigan, c'est plus de 10 millions$. Pour celles de La Tuque, qui avec ses six centrales, représentent 60 % de la puissance installée sur le Saint-Maurice, c'est une quinzaine de millions $.
Personne ne contestera la pertinence du Fonds des générations. C'est quand même cynique que l'eau de le Saint-Maurice puisse servir à aider les générations futures en privant la Mauricie de revenus qui seraient nécessaires à son développement et qui lui permettraient de garder ses filles et ses fils dans la région.  
Quand le gouvernement libéral a décrété le versement de redevances sur l'eau au Fonds des générations, dans un communiqué signé par Luc Trudel, les députés péquistes Claude Pinard et Noëlla Champagne s'en étaient indignés. 
Mais quand le Parti québécois a repris le pouvoir en 2012, ni Noëlla Champagne ni Luc Trudel, devenu député de Saint-Maurice, n'ont cherché à réparer l'injustice libérale. Pas un mot sur le sujet. Il faut dire qu'interrogée sur la question, leur chef Pauline Marois avait été on ne peut plus claire. Pas question d'accorder des redevances compensatrices. Alors que le chef libéral Jean Charest laissait entendre que peut-être...
Alors, sur cette question des redevances, libéraux et péquistes s'entendent comme larrons...
Les installations hydroélectriques de la Mauricie sont très payantes pour Hydro-Québec, le gouvernement et les Québécois. Les kilowatts qu'on y produit sont parmi les plus profitables du réseau d'HQ. Les profits générés en Mauricie dépassent largement les 200 millions $ par année.
Est-ce que la campagne du conseiller de La Tuque va changer les choses? Tout le monde a abdiqué depuis longtemps sur cette demande pourtant parfaitement justifiable. 
Les Mauriciens ont dans leur passé une grande tradition de porteurs d'eau... Il en est resté quelque chose. Hein Boss!
Coup de griffe
C'est fou les volontaires en ce moment pour remonter le bas du Cap. Est-ce que c'est dangereux pour que le bas remonte trop haut?
Coup de coeur
On aurait toujours cru que c'était des amours impossibles, même interdits. Mais non! Alexandre Cusson, maire de Drummondville et Yves Lévesque, maire de Trois-Rivières, dans le même wagon! Wow!