Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste
Jean-Marc Beaudoin
En mars 2014, Pauline Marois avait tenu un point de presse à l’usine d’Oriens Technologies, dans le parc industriel de Bécancour. Non seulement Oriens Technologies était une start-up, mais engagée dans le recyclage de résidus d’aluminium elle était aussi l’une des premières, et à ce moment, encore rares entreprises de la rive sud à avoir obtenu une aide financière du Fonds de diversification économique créé pour compenser les pertes économiques causées par le fermeture abrupte de la centrale nucléaire.
En mars 2014, Pauline Marois avait tenu un point de presse à l’usine d’Oriens Technologies, dans le parc industriel de Bécancour. Non seulement Oriens Technologies était une start-up, mais engagée dans le recyclage de résidus d’aluminium elle était aussi l’une des premières, et à ce moment, encore rares entreprises de la rive sud à avoir obtenu une aide financière du Fonds de diversification économique créé pour compenser les pertes économiques causées par le fermeture abrupte de la centrale nucléaire.

Oriens, enfin de l’éclairage?

En ce matin de mars 2014, le temps était gris et venteux.

Rien pour favoriser la prise de belles photos.

Mais ce n’était rien à côté de ce qui attendait la première ministre Pauline Marois, en campagne électorale pour tenter de faire réélire son gouvernement, jusque-là minoritaire.

Après avoir éliminé le quai de Sainte-Angèle-de-Laval pour la rencontre de presse, l’équipe de Mme Marois s’était rabattue en catastrophe sur l’usine d’Oriens Technologies, dans le parc industriel de Bécancour,.

Une bonne idée en principe, puisque Oriens était ce qu’on appelle une «gazelle», selon l’expression de l’ancien professeur de l’UQTR, Pierre-André Julien, une sommité en matière de PME.

Non seulement Oriens Technologies était une start-up, mais engagée dans le recyclage de résidus d’aluminium elle était aussi l’une des premières, et à ce moment, encore rares entreprises de la rive sud à avoir obtenu une aide financière du Fonds de diversification économique créé pour compenser les pertes économiques causées par le fermeture abrupte de la centrale nucléaire... par le gouvernement péquiste.

Sauf qu’il y avait des tracasseries et que l’entreprise n’avait pas encore reçu son permis d’exploitation. C’est donc dans un vaste entrepôt complètement vide et sans âme, où l’humidité froide perçait nos vêtements, que la chef du Parti québécois avait procédé aux annonces du jour.

Il n’y avait absolument rien à montrer aux journalistes et reporters, si ce n’est quelques petits flocons remplis de poudre, des échantillons de l’additif au béton qu’on allait y produire.

Le permis d’exploitation finira par arriver, mais on peut aujourd’hui se demander s’il n’y avait pas cette journée-là les signes prémonitoires du sort qui attendait la «gazelle».

En juin 2016, deux ans après sa mise en production, Oriens Technologies sera contrainte de cesser ses opérations parce que la direction régionale du ministère du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques a refusé de renouveler son permis.

Beaucoup de monde, dans ce dossier, en avait perdu son latin d’incompréhension.

Malgré la faillite qui en a découlé, les dirigeants de la défunte entreprise viennent d’intenter une poursuite de 31 millions $ contre le même ministère.

À défaut d’avoir l’enquête sur les réels motifs ayant amené le ministère de l’Environnement à casser le permis d’Oriens que beaucoup de gens souhaitaient obtenir il y a deux ans, la procédure judiciaire en cours permettra probablement de faire la lumière sur cet intrigant dossier.

Ce que l’on peut dire, c’est que les allégations au soutien de la poursuite apparaissent extrêmement graves et troublantes. Certes, on doit retenir tout jugement hâtif. Mais ce qui est aujourd’hui soumis à la justice correspond aux affirmations qui avaient déjà été avancées contre le ministère dans ce dossier.

L’actuel député de Nicolet-Bécancour, Donald Martel a préféré s’abstenir de commentaires, invoquant les procédures judiciaires en cours.

Mais il ne doit pas être malheureux de cette suite des choses, car il s’était publiquement, en plusieurs occasions, questionné sur ce qu’il redoutait être des abus de pouvoir de la part du ministère de l’Environnement, ce qui est effectivement invoqué dans l’actuelle requête d’Oriens.

On peut certes reprocher à des promoteurs de ne pas user de la plus grande diplomatie verbale, comme ce pourrait être le cas dans ce dossier. Mais on ne peut non plus en contrepartie répliquer en se comportant en matamore.

Avec une technologie semble-t-il révolutionnaire, Oriens se proposait de récupérer les brasques d’aluminium produites par nos alumineries, des résidus fluorés et toxiques qu’il faut autrement enfouir avec soin. Ces résidus, Oriens les transformait en additifs qui accroissaient de façon notable la solidité et la durée du béton.

Tout le monde est gagnant et c’est le genre de solutions qui devrait normalement charmer le ministère de l’Environnement.

Ce n’est pas ce qui s’est passé. Le ministère a été accusé, et il l’est maintenant devant les tribunaux, d’acharnement contre Oriens.

On aurait d’abord au ministère tout fait pour retarder l’entrée en production de l’usine de Bécancour. On aurait par la suite multiplié les interventions pour nuire à l’entreprise.

On se serait attaqué au financement d’Oriens en suggérant par exemple à Investissement Québec de ne pas soutenir une entreprise présumément en non-conformité et qui n’aurait pas de débouché pour son produit. On serait même intervenu auprès de clients et de fournisseurs avec des menaces à peine voilées de risques de poursuites judiciaires contre eux.

On aurait porté plainte à leur ordre professionnel contre les consultants environnementaux retenus par l’entreprise.

Ce n’est là qu’une fraction des mesures intempestives qui auraient été prises contre Oriens et qui auraient mené, sans surprise, au non-renouvellement de son permis.

Qu’on ait tenté de forcer le projet à être soumis à la Procédure d’évaluation et d’examen des impacts environnementaux, ce qu’on appelle un BAPE, ne surprendra pas. C’est un truc pour éloigner dans le temps l’obtention des autorisations d’opération et qui alourdit les coûts financiers de l’entreprise.

Un cauchemar imposé qui a fait mourir dans leur jus beaucoup de projets, en particulier à Bécancour où à peu près plus rien ne peut être mené à terme.

Hasard sans doute, mais l’équipe du ministère qui s’est «occupée» d’Oriens est la même qui avait été accusée d’être à l’origine de la contamination de sols dans un terrain du parc. En exécutant un carottage dans un site d’enfouissement de résidus d’aluminium, la membrane protectrice aurait été perforée. Ce qu’on a cependant nié au ministère.

Ce qui importe, c’est qu’on fasse la lumière sur le nébuleux et trouble dossier d’Oriens... dans un sens comme dans l’autre.

Coup de cœur: À l’Aluminerie de Bécancour qui a accéléré la cadence en rappelant au travail plus rapidement que prévu tous ses employés. Ça se reflète déjà dans l’économie locale.

Coup de griffe: Est-ce que c’est si dur à comprendre au gouvernement? SNC-Lavalin serait bien d’accord à ce que son amende de 285 millions $ devienne sa compensation à ses victimes de la pyrrhotite.