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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste
Jean-Marc Beaudoin

On reste dans le petit train

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CHRONIQUE / Peu importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse.

Tout le monde, on le suppose, connaît ce dicton populaire.

En apprenant que dans la région de Toronto, on commencerait à réclamer le fameux Train à grande fréquence qui relierait Québec à Windsor, en Ontario, avec une station à Trois-Rivières, on pourrait être tenté ici d’applaudir à tout rompre.

Même si tout le monde, d’un bout à l’autre du tracé, se dit favorable à cette liaison ferroviaire pour passagers, on a plutôt l’impression qu’il n’y a que Trois-Rivières qui tient le fort en permanence dans ce dossier.

Si les maires de Québec, Trois-Rivières et Montréal ont déjà fait front commun pour réclamer ce train de passagers (à l’époque, on parlait de TGV), on doit bien constater qu’à Montréal, on n’en a que pour le développement du REM et à Québec, Régis Labeaume est impatient de monter dans son tramway.

Alors, même si le ministre François-Philippe Champagne ne cachait pas son enthousiasme cette semaine au collègue Louis Cloutier, de TVA Mauricie, parce que Toronto songerait à monter à bord du TGF, il serait sage d’attendre avant d’éprouver un peu trop d’euphorie.

On ne doute pas que le député de Saint-Maurice–Champlain fasse beaucoup d’efforts pour faire débloquer un dossier qui a un grand assentiment régional, mais au dernier remaniement, il a été nommé à l’Innovation, Sciences et Industrie.

C’est un super-ministère de séduction en prévision des prochaines élections fédérales, car le ministre Champagne va se promener à travers le Québec avec un gros carnet de chèques. Ce sera la grande distribution de ce que Trudeau-père appelait des «candies».

Sans compter que sa nouvelle responsabilité ministérielle comprend aussi l’application du futur grand plan de relance de l’économie canadienne, grandement affaiblie par la pandémie du coronavirus... si on finit par avoir les vaccins pour atteindre enfin l’après-pandémie.

Sauf que Via Rail relève maintenant d’Omar Alghabra, nouveau ministre des Transports, qui est de la région de Toronto. Le ministre Champagne se dit donc que dans les circonstances, si Toronto le veut... le ministre le voudra.

Or, il a souvent été dit que la section la moins rentable du projet était celle de Québec-Montréal alors que dans celle de Montréal-Toronto, le volume potentiel de passagers serait suffisant pour atteindre un seuil de rentabilité.

C’est plate un peu beaucoup parce qu’aux Transports, le ministre Champagne aurait pu s’occuper de ça, mais aussi de débloquer le grand projet de l’administration portuaire de Trois-Rivières qui veut transformer les quais en un formidable Waterfront, avec tours résidentielles et à bureaux (sans masquer la vue sur le fleuve), comme on en retrouve en Europe et aux États-Unis.

Parce qu’il y a des ports dans le reste du Canada qui ne sont pas prêts à évoluer si vite, on étouffe le projet.

Aux Transports, le ministre aurait aussi eu l’autorité de faire accepter l’aide financière demandée pour la construction d’une nouvelle aérogare. On parle d’environ huit millions $ sur un projet d’une douzaine de millions $. Par rapport à ce qui se dépense en ce moment, ce n’est quand même pas beaucoup.

Mais il semble que les fonds du programme auquel aurait pu se rattacher le projet pour son financement sont tombés épuisés justement quand la demande de Trois-Rivières est arrivée.

De la même façon qu’on aurait pu faire sauter toutes les pseudo-excuses qui empêchent, entre autres, que des vols internationaux puissent être organisés à partir de Trois-Rivières.

Il y a toujours une influence obscure quelque part, ailleurs, qui met les bâtons dans les roues à la modernisation et l’expansion de l’aéroport. Et ça marche. Parce qu’on parvient toujours à se justifier d’un règlement pour faire problème.

On a l’impression, mais c’est peut-être plus qu’une impression, comme une culture, qui fait que les programmes du gouvernement fédéral ne sont jamais adaptés pour des projets vraiment structurants ou d’envergure, quand ils ne viennent pas de grandes agglomérations.

Pour des aides ponctuelles, ça va. On saupoudre. Mais quand il s’agit de projets qui viendraient faire comme une certaine concurrence à des services qui existent dans des grandes villes, c’est autre chose.

Quand Jean Chrétien avait voulu installer à Shawinigan ce qui était alors le Centre des données fiscales, le projet ne rentrait évidemment pas dans les normes fédérales sur le plan d’accès aux ressources humaines requises pour un service de tel niveau.

Pour contourner la restriction, il avait dû l’établir à Shawinigan-Sud, ce qui permettait d’inclure Trois-Rivières dans le calcul et obtenir ainsi un bassin démographique suffisant pour satisfaire aux normes fixées dans les hautes tours d’Ottawa par les fonctionnaires fédéraux.

Quelques années plus tard, devenu premier ministre, Jean Chrétien devra jouer d’influence pour que la Banque fédérale de développement autorise un prêt à l’Auberge Grand-Mère. Cela donnera le Shawinigate.

C’est vrai qu’il avait une certaine proximité avec le dossier, mais ce qui l’offusquait, c’est que les règles de la BFD étaient plus qu’accommodantes pour les projets hôteliers venant des grandes villes, mais qu’aucun des projets hôteliers en région, même de haut calibre, ne parvenait à se qualifier.

Si un premier ministre a dû jouer de ruses et même éprouvé de grosses difficultés à faire modifier certaines règles administratives mal adaptées aux réalités régionales, on peut comprendre que malgré toute la volonté de l’actuel ministre Champagne, les gros dossiers comme le port, l’aéroport ou le TGF, des dossiers d’impact, à grande portée, propres à changer le monde, tombent toujours à plat.

Au fait, il y a un laboratoire à Trois-Rivières, Biotechnologies Ulysse, qui travaille sur un vaccin oral contre la COVID-19... Trop régional pour le fédéral?

Alors, on prendra l’ivresse du flacon quand il y aura de quoi dedans.

Coup de coeur: À Robert Lalonde, le maire de Saint-Léon-le-Grand et préfet de la MRC de Maskinongé, qui quittera la vie politique en novembre, pour l’ensemble de son implication et la qualité de ses interventions.

Coup de griffe: Est-ce que ça deviendra une faveur politique que de se faire reconnaître en zone orange?