Julie Boulet a fait ses adieux vendredi à sa vie parlementaire.

On ne l’appelait que Julie

Bien sûr, on la verra encore en plusieurs occasions jusqu’au 1er octobre.

Il ne fait pas de doute que Julie Boulet restera présente jusqu’à la toute fin de son mandat. Elle a d’ailleurs promis de prendre une part active à la campagne électorale et de soutenir ses collègues libéraux dans les autres circonscriptions de la région, ce qui comprend celle de Trois-Rivières, même si son frère Jean y défendra les couleurs de la Coalition avenir Québec.

Il reste que pour tout parlementaire québécois, la dernière journée à siéger à l’Assemblée nationale constitue un grand moment dans une carrière politique. Julie Boulet, on le sait, a fait ses adieux vendredi à sa vie parlementaire.

La Mauricie a produit de grandes personnalités politiques. Qu’on pense à Maurice Duplessis dans Trois-Rivières ou Jean Chrétien, dans Saint-Maurice. Mais elle a aussi connu beaucoup de ministres importants. Julie Boulet est de cette trempe.

Depuis sa première élection, le 1er octobre 2001, la députée de Laviolette a installé une véritable domination politique dans la région.

Elle a toujours obtenu les plus grosses majorités et chaque fois avec un pourcentage de voix en sa faveur supérieur à la moyenne nationale récoltée par son parti. Ce qui illustre l’ampleur de sa popularité personnelle.

C’est pourtant par une défaite électorale que sa carrière politique avait débuté.

Julie Boulet avait été candidate à l’élection générale de 2000 pour le Parti libéral du Canada dans Champlain, une immense circonscription qui s’étalait alors du fleuve jusqu’à l’Abitibi.

Il avait fallu attendre plusieurs heures après la fermeture des bureaux de scrutin pour apprendre qu’elle était déclarée victorieuse. Mais un recomptage des voix dans les heures suivantes avait révélé une inversion des votes qui l’avait indûment favorisée dans un bureau de votation de Saint-Tite, sa terre natale. L’erreur corrigée fut suffisante pour accorder plutôt la victoire, par une poignée de voix, à son adversaire bloquiste Marcel Gagnon.

Un mince échec certes, mais qui l’avait révélée comme une puissante «campaigner». Un petit bout de femme, mais à la poignée de main solide et au sourire contagieux. Elle avait impressionné beaucoup de monde par sa fougue et sa détermination.

C’est donc tout naturellement que les libéraux de Jean Charest se sont tournés vers elle l’année d’ensuite pour les représenter quand la circonscription provinciale de Laviolette est devenue vacante.

La victoire libérale était loin d’être acquise. D’abord, la Mauricie était complètement péquiste et le comté de Laviolette avait réélu sans discontinuité depuis vingt ans, par des majorités solides, Jean-Pierre Jolivet.

Laviolette était perçue comme une véritable forteresse péquiste et souverainiste.

Non seulement Julie Boulet remporta son pari, mais elle le fit d’une façon éclatante en obtenant 61 pour cent des suffrages exprimés. Elle remportera par la suite cinq autres élections. Son comté se transforma comme un abattoir pour les candidats des autres partis politiques. On se souviendra entre autres de Sébastien Proulx, l’actuel ministre de l’Éducation, qui s’y était rivé le nez en défendant les couleurs de l’ancienne ADQ en 2003.

Si elle l’a eu facile sur le plan électoral, il n’en a pas toujours été ainsi au niveau national. Julie Boulet a dû traverser plusieurs tempêtes et en deux occasions, elle a été privée de siège ministériel.

Dès son arrivée au pouvoir, on la nomma ministre déléguée à la Santé et à la Condition des aînés, puis à la Santé, aux Services sociaux et à la Condition des aînés.

Mais parce qu’à sa pharmacie de Saint-Tite, elle avait offert gratuitement à ses clients des dosettes qui lui avaient été données par un représentant pharmaceutique, ce qui était semble-t-il contraire à l’éthique, l’opposition hurla au scandale.

Julie Boulet dut renoncer à son poste de ministre. Pour un temps seulement. Car toute la région se mobilisa, à coup de pétitions et de résolutions, pour réclamer sa réintégration au conseil des ministres. Ce qui arriva quelques mois plus tard en devenant ministre déléguée aux Transports, fonction qu’elle occupera jusqu’en 2007 alors qu’elle deviendra titulaire de ce ministère. On lui confiera en 2010 l’Emploi et la Sécurité sociale.

La surprise fut grande à l’issue de l’élection de 2014 quand le premier ministre Philippe Couillard choisit, pour des raisons encore obscures, de ne pas lui accorder de ministère. Certes, elle ne l’avait pas appuyé dans sa campagne au leadership. On pense surtout que c’est le fait qu’elle allait être appelée à témoigner devant la Commission Charbonneau qui incita son chef à un excès de prudence à son endroit.

On a dit beaucoup de choses à propos de son témoignage, mais Julie Boulet n’a pas reçu l’ombre d’un reproche dans le rapport final de la Commission. On lui redonna donc à nouveau un portefeuille ministériel, cette fois au Tourisme, poste qu’elle occupe toujours.

C’est cependant comme ministre responsable de la région que Julie Boulet a été le plus appréciée en Mauricie.

On a parfois dit d’elle qu’elle avait un caractère bouillant, qu’elle pouvait claquer du talon pour exprimer sa colère et même émailler ses propos de jurons bien québécois. Il lui est même arrivé de faire un doigt d’honneur en Chambre au député de Verchères, Stéphane Bergeron. Elle s’en excusa.

Peu importe la manière. On retiendra d’elle qu’elle a toujours farouchement défendu ses dossiers régionaux. Ce qui lui a valu d’être hautement appréciée et respectée, même de ses adversaires politiques.

On ne s’étonnera donc pas que la région ait été entichée de sa ministre, du début jusqu’à la fin, et que tout le monde ne l’appelait que Julie...

Coup de cœur: On n’a pas ses poings et ses muscles, mais on sera de tout cœur ce soir dans l’arène à Shawinigan avec Simon Kean.

Coup de griffe: C’est les «pushers» qui sont contents de la forte volonté de Québec à interdire la possession personnelle même d’un seul plan de pot.