Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste
Jean-Marc Beaudoin
Le maire de La Tuque, qui a probablement entendu quelques sons de cloche venant de son milieu d’affaires, s’est montré plus jovial, disons optimiste, à l’idée de la réouverture de ses frontières.
Le maire de La Tuque, qui a probablement entendu quelques sons de cloche venant de son milieu d’affaires, s’est montré plus jovial, disons optimiste, à l’idée de la réouverture de ses frontières.

On ne fera pas sauter les ponts!

CHRONIQUE / C’est sûr que comme premier réflexe de défense, certains pourraient être portés à songer à demander à l’armée d’assurer la protection du Québec profond... ou, dans cette vision plateauiste souvent sous-entendue du «Québec creux», genre le «Québec à Léo», qui traîne un peu de crottin à ses bottes ou dont les habitants, aussi un peu forestiers, sont beurrés de gomme d’épinette.

On sait qu’un premier contingent de l’armée a été envoyé essentiellement dans des résidences et des CHSLD de la région de Montréal, mais qu’un autre va bientôt être déployé au Québec, fort probablement encore dans Montréal et Laval.

Puisqu’on a affaire à l’armée, on peut penser que dans ce nouveau contingent, il se trouve quelques soldats qui ont une formation en plasticage.

De là à penser que, compte tenu de la situation où Montréal est l’épicentre de la pandémie au Québec, il faille absolument protéger le reste du Québec de cette contagion, un moyen vraiment efficace d’y arriver serait d’éliminer les ponts pour que personne ne puisse quitter l’île, ce qui comprend aussi l’île de Laval.

Oublions cette solution extrémiste, mais combien efficace, que serait celle de plastiquer les ponts. Avec l’effondrement économique possible et l’épuisement potentiel des capacités fiscales de nos gouvernements, on n’aurait sans doute pas les moyens de les reconstruire. Alors, protégeons-les... et protégeons-nous.

On doit donc oublier les commandos de l’armée. Par contre, comme on va bientôt lever les barrages à l’entrée des régions, comme celui sur la 155 nord, qui protégeait La Tuque des intrus covidisés, tous ces policiers libérés pourraient être réaffectés sur les ponts de Montréal et de Laval.

Si on veut réussir le déconfinement qui est programmé pour les régions du Québec, il faudra peut-être se prémunir pour un temps encore de toute invasion montréalaise.

Bien sûr, c’est une formule pompeuse, utilisée à tort et à travers, mais qui fait sérieux, presque érudit, qui est surtout péremptoire: il faudrait appliquer le «principe de précaution». Quand cette imprécation tombe, les sceptiques doivent s’incliner.

En général, cela veut dire que si vous n’avez pas vraiment d’argument convaincant à opposer à quelque chose, mais qu’il faille donner une justification à ses craintes et agir en conséquence, on invoque ce commode principe de précaution.

On a le droit d’avoir peur... ou de s’en servir à son avantage.

La préfète de Nicolet-Yamaska, Geneviève Dubois et le préfet de Mékinac, Bernard Thompson, à défaut de pouvoir fermer leurs territoires, avaient invité les villégiateurs et propriétaires de chalet à rester chez eux. Le maire Pierre-David Tremblay de La Tuque avait obtenu un décret isolant une Haute-Mauricie complètement épargnée par la COVID-19.

Avec l’échéancier de déconfinement qui est prévu, mais aussi l’arrivée, même si c’est déjà tardif, de la chaleur et du beau temps, ce ne sera vraiment plus possible de freiner l’assaut de ces visiteurs et, pour beaucoup, de propriétaires fonciers.

Il est même à prévoir que les insulaires montréalais et lavallois vont effectivement vouloir changer d’air et aussi fuir leur environnement empoissonné, et se mettre à l’abri dans les régions.

Ça peut en faire grimacer quelques-uns et en inquiéter d’autres.

En même temps, si on veut relancer plus rapidement l’économie des régions, les capacités économiques de ceux-ci seraient d’une aide précieuse dans plusieurs coins de la Mauricie ou du Centre-du-Québec.

Le préfet de la MRC de Maskinongé, Robert Lalonde, dont le territoire touristique est principalement occupé par des Montréalais, l’a d’ailleurs bien compris en disant d’emblée que ce retour à la clientèle saisonnière sera plus qu’utile pour l’économie locale, à la condition qu’ils respectent les règles usuelles de protection: masques, distanciation, lavage des mains...

Même le maire de La Tuque, qui a probablement entendu quelques sons de cloche venant de son milieu d’affaires, s’est montré plus jovial, disons optimiste, à l’idée de la réouverture de ses frontières.

C’est sûr que l’idéal pour nos communautés, ce serait qu’on puisse imposer aux Métropolitains, les 514-450, un genre de prime de dangerosité. Ce ne serait qu’un juste retour pour la spoliation des régions du Québec qui est faite à leur avantage, en particulier sur le plan fiscal.

À moins d’établir des postes de péage à la sortie des ponts, ce sera difficile à appliquer. C’est dommage! Leur faire payer un peu de leur prétention à l’égard des régionaux, ç’aurait été une petite douceur. Car ils ont grande tendance à prétendre que si Montréal va bien, le reste du Québec ira bien. On peut penser que c’est plutôt le contraire. Ils ne cultivent pas grand-chose, n’exploitent pas de forêt, n’extraient pas de minéraux, ne produisent pas d’électricité, ne pêchent pas beaucoup de homards, mais tout dépendrait d’eux. Eh ben!

Il reste que s’ils doivent se réfugier en Mauricie ou au Centre-du-Québec, on aurait avantage à ce qu’ils dépensent un maximum d’argent ici, que ce soit en épicerie, essence, achats dans les boutiques et magasins, en services en tous genres ou dans les restos, quand ils seront rouverts. Bref, qu’ils contribuent, mais sans contaminer, à l’économie de nos régions.

Le déconfinement sera réussi, pas seulement avec l’affaissement de la COVID, mais dans la mesure où la vie économique, sociale et culturelle aura un certain sens.

Les excès d’impatience sont devenus légions, les ados n’en peuvent plus du confinement et les représentants des aînés commencent à réclamer haut et fort un desserrement des consignes.

Peut-être comme me l’a fait remarquer un philosophie-ami de la moyenne Mauricie, on était habitué de courir, et là on va devoir se contenter pour l’instant de marcher. Mais même en marchant, on avance...