Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste
Jean-Marc Beaudoin
L'ex-maire de Trois-Rivières Yves Lévesque et le conseiller François Bélisle accusent l'actuel maire, Jean Lamarche, de manquer de leadership.
L'ex-maire de Trois-Rivières Yves Lévesque et le conseiller François Bélisle accusent l'actuel maire, Jean Lamarche, de manquer de leadership.

Nouvelle guerre des clans à Trois-Rivières?

CHRONIQUE / Qui aurait pu imaginer qu’Yves Lévesque et François Bélisle puissent parler de concert, présenter une communion de pensée?

Rassurons-nous un peu. Ce n’est pas pour se congratuler réciproquement, mais ils reprochent tous les deux la même chose à l’actuel maire de Trois-Rivières Jean Lamarche, ce qu’ils décrivent comme un manque de leadership de sa part.

C’était déjà un peu surprenant de la part de Lévesque qui était pourtant très heureux de l’élection de Lamarche jusqu’à aller célébrer sa victoire en mai 2019.

La sortie du conseiller Bélisle l’est peut-être moins, car on soupçonnait qu’il n’y ait jamais vraiment eu d’atomes crochus entre les deux hommes. Mais en reprochant à Lamarche de ne pas exercer un leadership de poing sur la table, comme il l’a dit, cela peut faire un peu sourire, car c’est comme s’il reprochait à Jean Lamarche de ne pas avoir fait de lui un... Yves Lévesque.

On devrait peut-être commencer à se demander s’il ne circule pas dans l’air trifluvien un autre virus que le coronavirus, car la semaine qui vient de s’écouler nous en a fait voir de toutes les couleurs sur le plan de la politique municipale.

Après trois jours d’un débat public survolté, Yves Lévesque a finalement mis un couvercle sur le feu en concluant qu’il ne serait pas candidat en novembre 2021 pour tenter de reprendre la mairie de Trois-Rivières. Mais avant d’étouffer l’ardeur de ses partisans, il n’aura cessé de répéter, avec toute l’intensité qu’on lui connaît, qu’il en «a le goût».

Autant dire que sa décision n’est pas aussi inébranlable qu’il n’y paraît.

L’ex-maire n’a pas caché qu’il était flatté que des gens se soient mobilisés pour tenter de le convaincre de se représenter à la mairie. On a pu même constater qu’il avait à peu près gardé presque intacts ses anciens appuis dans l’électorat. Ce qui reste en soi un exploit pour un homme aussi polarisant que lui qui a quitté ses fonctions dans une grande controverse en raison de la prime de départ qu’il avait pu encaisser.

Comme à ses deux dernières élections, c’était à peu près partagé à égalité entre ceux qui souhaitaient ardemment son retour et ceux qui ne voulaient absolument pas le voir réapparaître à la tête de la ville.

Disons qu’à plus ou moins 50-50, dans une lutte à deux, l’issue demeurait périlleuse. Or, on peut penser que si Lévesque avait laissé entrevoir un possible retour, toutes les autres candidatures potentielles et sérieuses auraient été éliminées de facto.

Sauf qu’en menant en même temps une lourde charge de récriminations sur la façon dont Jean Lamarche mène la ville et sur son apparente collégialité avec l’ensemble des conseillers, on ne peut que déduire que c’est tout le clan Lévesque qui tourne le dos à Lamarche.

Or, c’est de ce côté qu’était venu le gros de ses appuis électoraux.

Pour consommer la rupture, Lamarche a même précisé qu’il n’était pas le dauphin de Lévesque.

On doit dès lors se poser la question: comment le maire pourra-t-il remplacer le soutien qu’il avait obtenu de la constellation Lévesque?

La réponse n’a pas tardé: avec ses nouveaux alliés au sein du conseil municipal.

La sortie du conseiller Bélisle a incité plusieurs de ses collègues à se porter à la défense de Jean Lamarche. Elle a été très révélatrice du nouvel ordre qui s’est installé à l’hôtel de ville. Au point qu’on peut commencer à se demander s’il n’y a pas un nouveau «groupe des huit» en train de se coaliser, mais derrière Lamarche. On n’est pas loin du compte.

Des conseillers ont même suggéré que le représentant de Pointe-du-Lac, en attaquant Lamarche, a voulu placer ses pions en vue de sa candidature à la mairie.

François Bélisle avait été très hésitant aux dernières élections et même s’il assure ne pas avoir d’agenda politique, il a précisé qu’il avait devant lui du temps pour changer d’idée.

Il est peut-être trop tôt, à près de quinze mois des élections, pour annoncer une candidature, mais pas pour en préparer une.

Compte tenu des opinions exprimées, on doit soupçonner qu’une nouvelle division est en train de s’installer au sein du conseil municipal de Trois-Rivières: le clan Lamarche et le clan Bélisle.

Mais comme si ce n’était pas assez, voilà que la conseillère du district des Carrefours, Valérie Renaud-Martin, dont le nom avait aussi circulé à l’élection partielle à la mairie, est à son tour venue réaffirmer l’intérêt qu’elle a toujours eu de faire grandir Trois-Rivières. Une façon de rappeler qu’elle pourrait être assez bien disposée à recevoir des pressions pour la mairie.

Dans son cas, pour l’instant, il est difficile d’établir quels seraient ses alliés à la table du conseil, si elle en a.

Si les hostilités sont encore larvées au sein du conseil municipal, le débat est déjà très vif sur la place publique.

Les membres et sympathisants du groupe Trifluviens contre Vision zéro sont très actifs et préparent déjà des candidatures à de nombreux postes de conseillers, en particulier ceux occupés par les tenants de Vision zéro.

Ils se chercheraient même un candidat à la mairie. Dans le contexte actuel, ni Jean Lamarche, ni François Bélisle ne peuvent faire leur affaire.

Iraient-ils du côté de Valérie Renaud-Martin, qui vient de prendre ses distances avec des projets qui s’inspirent de Vision zéro?

Rien d’impossible. Mais il faudra à ces sympathisants, pour la grande majorité des «lévesquistes», lui pardonner de s’être présentée au fédéral contre «leur homme». Il y en aura des dures à avaler.