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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste
Jean-Marc Beaudoin

Notre train a-t-il perdu le nord?

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CHRONIQUE / S’il faut en croire l’opposition à Ottawa, en particulier celle venue du chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, l’inscription de sommes au dernier budget destinées au futur Train à grande fréquence ne serait qu’un genre de feu d’artifice pour faire croire qu’on donnera suite au projet.

Alors qu’on l’aurait semble-t-il enterré, du moins dans le tronçon Québec-Trois-Rivières-Montréal.

Selon le chef bloquiste, on ne cherche qu’à «gagner du temps», en raison d’une échéance électorale rapprochée, afin de préserver le siège du ministre François-Philippe Champagne, dans Saint-Maurice-Champlain.

Il faut dire que lorsqu’on traverse les ponts de l’île de Montréal, côté est, c’est le désert politique pour les libéraux de Justin Trudeau. Outre un siège en Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine, il n’y a que François-Philippe Champagne qui a résisté à la forte poussée bloquiste de 2019.

Si on décode à peine l’opposition bloquiste et celle conservatrice, exprimée par le député de Richmond-Arthabaska, Alain Rayes, on doit comprendre qu’on concède au ministre Champagne encore suffisamment de poids dans le cabinet libéral pour qu’on ait accepté, afin de le protéger sur le plan électoral, de masquer l’abandon du projet.

Les libéraux n’ont évidemment pas les moyens d’échapper des circonscriptions au Québec s’ils veulent reformer le gouvernement, surtout si on l’espère majoritaire.

C’est vrai qu’à un certain moment, le député de Saint-Maurice-Champlain était perçu comme l’un des principaux candidats, avec Chrystia Freeland, à une éventuelle succession à Justin Trudeau.

Ça peut jouer dans bien des sens, car en politique, on dit souvent que les adversaires sont en face et les ennemis, à nos côtés.

Depuis, Freeland est devenue ministre des Finances, un siège privilégié pour quiconque a des aspirations supérieures. François-Philippe Champagne lui, avait succédé aux Affaires étrangères avant d’être nommé à l’Innovation, Sciences et Industrie. Mais au lendemain des élections de 2019, il avait surtout été nommé titulaire des Infrastructures et des Collectivités, un ministre avec un gros chéquier, mais surtout, répondant de la Banque des infrastructures, celle qui aurait à investir dans un projet de TGF Québec-TR-Montréal-Toronto.

Au dernier remaniement, on a aussi envoyé aux Affaires internationales Marc Garneau. Ce dernier, qui était aux Transports, était, du moins en forte apparence, vendu au TGF. Il était venu, accompagné d’une grosse locomotive, nous l’affirmer, à la gare de Trois-Rivières, à la veille des élections.

À défaut de parvenir à convaincre le cabinet de la viabilité du tronçon Québec-Trois-Rivières-Montréal, le ministre aurait au moins obtenu, selon l’opposition, qu’on en maintienne au moins l’apparence, ce qui est devenu pour certains, «l’illusion».

Il est vrai que 4,4 millions $, pour semble-t-il, avancer des études, alors qu’on vient d’en compléter une de 71 millions $, qui avait justement été annoncée à Trois-Rivières, ça n’est pas ce qu’il y a de plus convaincant.

Qu’on ait mentionné dans le budget que c’est pour un TGF et non un TGV, cela prouverait, selon le ministre, que le projet d’ensemble est toujours sur ses rails.

Si on en arrivait à changer d’idée, si ce n’est déjà fait, il n’y aurait vraiment rien d’insurmontable à changer un F pour un V.

Il est vrai qu’on ne prévoirait pas non plus investir près de 500 millions $ en six ans pour des travaux d’aménagements ferroviaires liés au projet.

Sauf que ces travaux se feront tous dans la région de Montréal. Il faudra travailler sur le tunnel du Mont-Royal afin de permettre au futur train d’accéder à la gare centrale sans devoir faire une correspondance avec le futur REM.

Le problème, c’est que ça soit pour un TGF qui arriverait de Québec ou un TGV venant de Toronto, cette voie d’accès, sans transfert, est essentielle.

Encore hier midi, dans le contexte d’une web-conférence organisée par l’Alliance des chambres de commerce de la Mauricie, le ministre a réaffirmé avec fermeté que le projet qui est maintenu est celui d’un TGF entre Québec-Montréal-Toronto, avec arrêt à Trois-Rivières.

Politique ou pas, il faut quand même accorder un bénéfice du doute plutôt favorable au ministre Champagne qui, avouons-le, s’est beaucoup démené dans ce dossier.

Il est parvenu à mobiliser en faveur du projet les maires des trois grandes villes du corridor qui ont cosigné une lettre dans laquelle ils font valoir l’importance d’une telle infrastructure de mobilité durable. Les arguments ne manquent pas.

Mais on s’entend que le maire de Québec, Régis Labeaume, n’a pas offert de déchirer sa plus belle des chemises si le projet était écarté, comme il a toujours été prêt à le faire pour son tramway et que la mairesse de Montréal, Valérie Plante a bien plus la tête au REM et à des prolongements vers l’est de son métro.

Le gros des pressions est toujours venu de Trois-Rivières, la ville, mais surtout de la Chambre de commerce et d’industries qui a constamment cherché à mobiliser les opinions et à accumuler les appuis en faveur, d’abord d’un TGV, mais pour être plus réaliste, d’un TGF.

En fait, au tout début, il y a maintenant quelques décennies, la Chambre ne demandait que le retour d’un humble train de passagers entre Montréal et Québec, interrompu depuis que le pont de fer sur la rivière Sainte-Anne s’était effondré. C’était un train plutôt poussif, bruyant, sautillant et brinquebranlant, pas forcément à l’heure, mais il était commode.

La Chambre avait même obtenu la réfection de la gare Champflour, pendant qu’à Québec on restaurait la gare du Palais. Toujours pas de train.

À l’issue du dernier budget fédéral et de l’impression qu’il a pu laisser sur le sort du train de passagers, on a senti une certaine lassitude de ce côté.

Il n’y a plus qu’une certitude. Avant qu’on entende à nouveau un «Tout le monde à bord», il faudra beaucoup de patience. Et, tant pis pour la planète, gardons nos voitures, elles seront encore utiles. «En voiture!»

Coup de cœur: On va garder ça entre nous et se le dire en chuchotant: Ça a l’air de bien aller chez nous. On aurait un été... normal, ou presque!

Coup de griffe: C’était peut-être pas si dur d’interdire les vols venant de l’Inde, maintenant qu’ils gardent pour eux les vaccins qui nous étaient réservés.