Il sera intéressant de surveiller comment le nouveau maire Jean Lamarche parviendra à asseoir ou pas un certain ascendant à l’hôtel de ville.

Muscles politiques et économie expansive

CHRONIQUE / Après une année passablement mouvementée sur le plan politique avec des élections fédérales qui ont modifié la représentation régionale à Ottawa et une élection partielle qui a donné à Trois-Rivières un nouveau maire, 2020 prendra des allures de pause électorale…

On pourrait aussi dire de consolidation ou mieux, d’observation, car les électeurs mauriciens auront un bon moment devant eux pour avoir à l’œil leurs élus, pour commencer à se façonner une tête électorale pour l’année suivante.

Il sera intéressant de surveiller comment le nouveau maire Jean Lamarche parviendra à asseoir ou pas un certain ascendant à l’hôtel de ville.

On a pu constater, jusqu’au budget, qu’on ne marchait pas toujours main dans la main à la table du conseil municipal et que même s’il a été élu par une majorité claire, Jean Lamarche a encore un bout de chemin à franchir s’il veut consolider un leadership que tout son conseil n’est pas encore disposé à lui concéder, disons, aveuglément.

S’il y a des remous politiques en 2020, ils pourraient venir de l’hôtel de ville de Trois-Rivières car il n’est pas dit que certains ne seront pas impatients de commencer à faire sentir leur intérêt pour la mairie, en 2021.

Du côté québécois et canadien, la région aura rarement été en aussi bonne posture pour se faire valoir et se faire entendre tant à Ottawa qu’à Québec.

La région, ce qui comprend Bécancour-Nicolet-Saurel, n’a peut-être pas globalement voté du côté du pouvoir aux élections fédérales en envoyant à Ottawa trois députés du Bloc québécois, mais elle a peut-être mieux joué ses cartes qu’il n’y paraît.

Dans le contexte d’un gouvernement minoritaire, même s’il ne détient pas comme telle la balance du pouvoir, le Bloc québécois profitera d’un poids politique indéniable. Or, son chef thaumaturge, parce qu’il a sorti le parti des soins palliatifs, comme il l’a dit, Yves-François Blanchet, habite Shawinigan. On ne peut pas douter que la région ne puisse profiter de son appui chaque que cela sera nécessaire.

C’est bien sûr la réélection de François-Philippe Champagne, dans Saint-Maurice-Champlain, qui apporte à la région, côté fédéral, ses plus gros muscles politiques.

Ajoutez à cela que le nouveau député de Berthier-Maskinongé, Yves Perron, est président du Bloc québécois et que Louis Plamondon est le doyen de la Chambre des communes.

Bien sûr, il n’y a pas de représentation du côté des conservateurs, la première opposition. La porte s’est refermée sur Yves Lévesque, mais pas brutalement. Ce qui l’incite déjà à vouloir remettre ça aux prochaines élections. Entre-temps, il a acquis de l’influence chez les conservateurs.

Mais c’est bien sûr la réélection de François-Philippe Champagne, dans Saint-Maurice-Champlain, qui apporte à la région, côté fédéral, ses plus gros muscles politiques.

Sa nomination comme ministre des Affaires étrangères n’a que confirmé l’influence grandissante qu’on lui soupçonnait détenir à l’intérieur du gouvernement libéral. D’autant qu’il a été l’un des deux seuls députés libéraux à être élus ou réélus au Québec, en dehors de la région de Montréal. Ce qui le rend incontournable.

Du côté de Québec, la région n’en est pas moins devenue costaude avec trois grosses pointures dans le gouvernement caquiste de François Legault: Jean Boulet, député de Trois-Rivières, ministre du Travail, de l’Emploi et de la Sécurité sociale, Sonia LeBel, députée de Champlain, ministre de la Justice et vice-première ministre intérimaire et Donald Martel, adjoint parlementaire du premier ministre.

La région a et aura dans la prochaine année du «power» sur le plan politique. Tant mieux ou enfin! Ce ne sera pas inutile car il y a encore un gros chemin à parcourir.

Sur le plan économique, l’année qui se termine est quand même loin d’avoir été mauvaise.

Olymel, par exemple, a ouvert à Yamachiche sa nouvelle usine d’abattage de porcs, qui pourra compter jusqu’à un millier d’employés, après un investissement de 120 millions $. Et autant de travailleurs ont recommencé à récupérer leur emploi à l’Aluminerie de Bécancour après un lockout qui a duré dix-huit mois.

Du côté de Québec, la région n’en est pas moins devenue costaude avec de grosses pointures dans le gouvernement caquiste de François Legault: Jean Boulet, député de Trois-Rivières, ministre du Travail, de l’Emploi et de la Sécurité sociale, et Sonia LeBel, députée de Champlain, ministre de la Justice et vice-première ministre intérimaire.

Cela ne sera pas sans impacts positifs sur l’économie régionale.

Si la moitié seulement de tous les projets industriels qui sont sur la table se concrétisaient dans l’année, l’économie régionale connaîtrait un bond prodigieux.

Il y a des projets colossaux partout dans la région.

C’est vrai qu’il faut toujours être prudent avec les grands projets industriels promis pour le parc industriel et portuaire de Bécancour.

Après IFFCO, dont on avait tant parlé et la Société internationale métallique (1 milliard et 175 emplois permanents) qui n’est pas encore enterré, il est maintenant question de Premier Tech, un holding de Rivière-du-Loup qui compte 4600 emplois dans le monde. Ce serait un investissement de quelques centaines de millions $, probablement en recherche et développement.

Après Louiseville et Bécancour, Trois-Rivières aura à son tour une usine de production de cannabis. L’usine, qui aura nécessité un investissement de 15 millions $, créera une soixantaine d’emplois.

Mais, bon an mal an, c’est toujours autour de 500 millions $ par année que reçoit Trois-Rivières en investissements.

Shawinigan peut être inquiète parce que Nemaska Lithium vient de se placer sous la loi qui la protège de ses créanciers. Qu’on ne s’en traumatise pas trop. Ce n’est vraisemblablement qu’un passage oublié pour remplacer un groupe d’investisseurs intransigeants par une nouvelle structure financière.

Sonia LeBel

Dans Maskinongé, on est allé cet automne faire de la belle façon en Allemagne, mais principalement au Danemark, où une société s’est montrée intéressée à investir 50 millions $ sur le territoire, plus probablement à Louiseville. Semble-t-il que ça regarde bien.

Et si on monte en Haute-Mauricie, on découvrira que les projets foisonnent.

Hydro-Québec a entrepris d’investir plus de 600 millions $ dans la remise à niveau de la centrale Rapide-Blanc, des travaux qui vont s’échelonner jusqu’en 2026. Ce qui créera une centaine d’emplois.

Mais il y a aussi le projet de la minicentrale Manouane Sipi qui est remis sur ses rails.

Il y a bien sûr cet immense projet de bioraffinerie à partir des résidus forestiers qui serait très avancé. On parle d’un investissement d’un milliard et de quelques centaines d’emplois.

Enfin, s’il fallait que le feu vert soit donné à la construction d’un gazoduc entre le nord-est de l’Ontario et le Saguenay-Lac-Saint-Jean, La Tuque en retirerait de bons bénéfices car un segment de 200 kilomètres traverserait son territoire.

On n’ose imaginer le bond fulgurant que prendrait la région si on assistait à une bousculade de tous ces projets en 2020.

Il resterait au moins deux grandes situations à surmonter.

Agrandissement de l’abattoir A Trahan Olymel à Yamachiche.

La première: obtenir la main-d’œuvre suffisante pour combler tous les postes.

La région n’a jamais affiché un si bas taux de chômage et, en conséquence, un taux d’emploi si élevé.

Malgré cela, il y a en ce moment pas moins de 3000 postes à combler et la région ne semble pas être autant attractive qu’il le faudrait. L’apport venant de l’immigration n’est pas à la hauteur de son poids démographique dans le Québec.

Un peu partout on a vu apparaître des affiches: «On embauche». On a vécu la difficulté chez Olymel: «Le recrutement, c’est tough. On frappe des murs», a-t-on dit.

Si on veut des emplois, il faut du monde pour les combler.

Peut-être faudra-t-il pour y arriver régler l’autre problème régional: la faiblesse des revenus.

Avec un revenu disponible par habitant d’un peu plus de 26 000 $ comparé à près de 29 000 $ dans l’ensemble du Québec, c’est loin d’être tentant.

Mais bon! Les gros projets sont là et la loi du marché fera bien son œuvre.

Nemaska Lithium

Si seulement la moitié de ces projets s’amorcent, on ne se reconnaîtra plus à la fin de 2020 et ce sera pour le mieux.