Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste
Jean-Marc Beaudoin
Dans un an jour pour jour, les citoyens seront appelés aux urnes pour statuer sur l’avenir des élus municipaux.
Dans un an jour pour jour, les citoyens seront appelés aux urnes pour statuer sur l’avenir des élus municipaux.

Municipales: ça réfléchit, ça réfléchit

Pendant qu’à Trois-Rivières un certain nombre de personnes reniflent déjà discrètement l’air électoral pour vérifier s’il pourrait avoir une bonne odeur pour eux, à La Tuque une bonne partie de la population serait prête à aller en élections municipales maintenant, si c’était possible.

S’il y a un gros brassage à La Tuque et que le potinage électoral est déjà amorcé dans Trois-Rivières, à un an jour pour jour des élections municipales au Québec, on semble plutôt ronronner dans le reste des principales villes de la région.

À Saint-Tite, Shawinigan, Louiseville, Nicolet ou Bécancour on s’intéresse encore plus au dénouement rocambolesque des élections américaines qu’à mettre en cause les mairesses ou maires sortants.

Dans la plupart des cas, on attendra le dépôt des budgets municipaux pour se faire une idée sur la suite des choses. Cela devrait être sans histoire puisque dans la plupart des villes, on vise le gel des taxes foncières, au pire une augmentation égale ou inférieure à l’inflation. Il y aura peu de prise là-dessus à une grogne citoyenne structurée.

Mais c’est peut-être surtout, plus que de probables élections fédérales au printemps, la fin du confinement pandémique qui déclenchera le début des vraies hostilités municipales. Ce qui devrait nous mener vers Pâques, ou même à la fin du printemps.

À La Tuque, le maire Pierre-David Tremblay est de plus en plus contesté. À défaut d’avoir pu obtenir son invalidation par le Directeur général des élections pour sa présumée non-éligibilité à un poste municipal électif à La Tuque, puisque son lieu officiel de résidence se situe à La Bostonnais, une pétition circule, signée presque à deux mains tellement elle en enthousiasme plusieurs, pour réclamer quand même sa destitution immédiate.

Ça n’arrivera pas. Mais on comprend que la table est déjà toute dressée pour une confrontation électorale épique.

Le maire Tremblay ne manquerait pas d’adversaires. Plusieurs personnes sont prêtes à se porter volontaires au combat. Mais la candidature la plus probable et qui pourrait s’imposer, c’est celle de l’ancien maire Normand Beaudoin.

S’il confirme son intention, il pourrait peut-être éviter une multiplication de candidatures, ce qui rendrait à coup sûr très ardue la réélection du maire sortant.

Si on descend la rivière, c’est beaucoup plus calme. On n’entend pas de mouvement de contestation contre la mairesse Annie Pronovost.

Cela a probablement été réglé en 2017 quand les citoyens de Saint-Tite ont élu avec une majorité consistante la première mairesse de leur histoire. Aura-t-elle de l’opposition? Pour l’instant, ce n’est pas évident.

Cela peut surprendre d’une ville de l’importance de Shawinigan, mais même si par-ci, par-là, on entend toujours quelques récriminations, on ne voit encore personne qui lève la main pour signifier qu’il entend terrasser le maire.

Ce qui fait que Michel Angers ne cherche même plus à faire durer le suspense. Il sera candidat pour un quatrième mandat. Il l’avait quand même eu facile en 2017 en remportant 60 % des voix. Il a donné une bonne impulsion à sa ville en changeant son image et en lui redonnant de bonnes perspectives.

Alors, même si certains peuvent entretenir quelques petits travers à son endroit, ce ne serait pas facile d’en découdre contre lui avec succès.

C’est un peu la même chose à Louiseville.

Il faudra peut-être consoler Yvon Deshaies si les choses tournent mal pour son idole américaine, lui offrir une calotte rouge. Sauf qu’il est assurément en meilleure position que ne l’était Trump pour remporter un troisième mandat à la mairie de sa ville.

Même s’il a un franc-parler cru et des idées bien arrêtées, exprimées sans souci du «politiquement correct», qui peuvent faire sursauter, Yvon Deshaies reste d’une simplicité, peut-être pas si naïve que ça, qui le rend sympathique.

La plupart des politiciens ne survivraient pas à tant de franchise ou à si peu de nuances. Le tribunal public décapite pour moins que ça. Mais dans son cas, cela lui a façonné une personnalité politique rafraîchissante. Il avait obtenu l’un des meilleurs scores électoraux de la région comme maire en 2017.

Si l’on traverse le fleuve, on était presque dans des plébiscites en 2017.

Élue sans opposition, ce serait loin d’être une surprise si la mairesse sortante de Nicolet, Geneviève Dubois, se retrouvait une nouvelle fois sans adversaire en novembre.

On a beau scruter ce «Ô Nicolet qu’embellit la nature», comme l’avait décrite en 1821 un certain Pierre Laviolette, on ne voit pas de braves lever la main pour aller au combat municipal, si la mairesse confirme son retour. Ce qui devrait être le cas.

C’est presque la même chose dans Bécancour.

Avec un peu plus de 75 % des votes, Jean-Guy Dubois avait obtenu la plus forte majorité des maires de la région.

Comme on ne voit pas vraiment d’ombre à son tableau de maire, si on prend la mesure aujourd’hui, on ne voit pas qui pourrait le renverser. Il est en réflexion, jaugeant s’il est encore d’âge pour assumer les responsabilités de la mairie.

Il s’est fait dire que si, septuagénaire, on peut être président des États-Unis, on devrait aussi pouvoir l’être pour assumer la mairie de Bécancour.

Il n’a pas d’adversaire identifié, si ce n’est Karl Grondin qui avait été candidat contre lui en 2013. L’attaché du député Donald Martel est en réflexion instable et fait valoir son plus jeune âge (48 ans l’an prochain) dans l’équation.

Reste Trois-Rivières.

La liste des «mairabile» est longue. Mais s’il y en a beaucoup qui peuvent ressentir l’appel de la nation, la liste devrait finir courte des opposants au maire sortant Jean Lamarche.

D’abord, la conseillère Valérie Renaud-Martin, pressentie à l’élection partielle de mai 2019, serait très avancée dans sa réflexion. Son collègue du district de Pointe-du-Lac, François Bélisle, est lui aussi, une fois de plus, en grande cogitation.

Il y a aussi ces anciens députés, l’ex-ministre régionale Julie Boulet et l’ex-néo-démocrate Robert Aubin, dont le moment n’était pas propice à tenter l’aventure au printemps de 2019, mais qui seraient loin de claquer la porte si on la leur entrouvrait pour la mairie.

Jean-François Aubin, deux fois candidat à la mairie, décline mais n’en convainc pas tout le monde. L’ex-candidat libéral Yvon Boivin ferme la porte pour des raisons de santé et le nom de Patrick Charlebois continue de circuler, même si le principal intéressé dit être ailleurs pour le moment.

Enfin, il y a un nouveau parti politique en formation, Action civique, qui entend bien en mener large.

Ce n’est pourtant pas parce que Jean Lamarche est vraiment contesté. Il y a juste que son arrivée à la mairie de Trois-Rivières est récente et que les contraintes du confinement ont pu faire en sorte que la population n’a pas vraiment pu prendre la mesure de l’homme, entre autres sur le plan du contact humain, dont il est bien doté. Il a été privé d’espace public.

Mais, les élections municipales, c’est dans un an et un an en politique, on le sait, c’est une éternité.